TAM

Un site utilisant unblog.fr

31
déc 2014
Posté dans Non classé par gbessay à 6:00 | Pas de réponses »

 

Les Amants

 

Quand les regards des amants lisent

La peur de bientôt se quitter

Les mains s’entrecroisent et se disent

Des mots trop durs à prononcer

 

Ce n’est plus le temps des serments

Des élans des verbes au futur

Chacun sait bien que l’autre ment

Qu’il n y a pas d’amour qui dure

 

Les amants aux mains enlacées

Ne parlent plus, ils savent bien

Que l’amour est une rosée

Qui s’envole avec le matin

 

Ils étaient pourtant bien sincères

Quand ils parlaient d’éternité

Promesse au goût pourtant amer

Car tout n’a duré  qu’un été

 

Faut-il croire ce que l’on dit

La parole est-elle un poison

Même les mots que l’on écrit

Deviendront un jour trahison

14
déc 2014

 

le temps n’a plus de raison d’être

Le temps n’a plus de raison d’être

Quand la passion n’existe plus

Le temps n’as plus de raison d’être

Quand l’espérance a disparu

 

Désormais, je n’attends plus rien

Ni les jours, ni d’autres saisons

Désormais je n’attends plus rien

Le temps est comme en suspension

 

Oubliée l’angoisse obsédante

Qui me faisait douter de tout

Oubliée l’attente troublante

Qui me faisait devenir fou

 

Je n’ai plus de ces emballements

De ces élans incontrôlés

Je n’ai plus ce curieux tourment

D’espoir, de crainte entremêlés

 

Je vois les jours qui se consument

Des nuits qui remplacent les nuits

Je vois passer sans amertume

Ce temps qui maintenant m’ennuie

16
nov 2014
Posté dans Non classé par gbessay à 7:17 | Pas de réponses »

 

L’aumône du dédain

 

Donnez-moi  s’il vous plait des raisons d’espérer

Depuis longtemps déjà j’attends ce signe retenu

Dites-moi quelques mots qui pourraient tout changer

Une vague promesse, un espoir ambigu

Non, je n’espère plus un aveu proclamé

Encore moins un élan, une déclaration

J’espère de votre part quelques banalités

Afin d’alimenter cette vaine passion

 

Ne me condamnez pas à votre indifférence

Arrachez-moi enfin de mon inexistence

 

Suspendu à vos lèvres, fasciné par vos yeux

Je suis là immobile plus fidèle qu’un chien

Je guette ma récompense, un ordre délicieux

Je vous obéirai , la soumission n’est rien

 

Je vous supplie Madame de rompre le silence

De faire semblant au moins d’accorder un regard

A cet être tremblant qui attend la sentence

Et qui ne sait comment mériter vos égards

9
nov 2014
Posté dans Non classé par gbessay à 6:20 | Pas de réponses »
  • Vieilles habitudes
  •  
  • Il me prend brusquement des envies d’évasion
  • Je voudrais bien quitter mes vielles habitudes
  • Partir sans rien laisser vers d’autres horizons
  • Abandonner sur place ma pauvre solitude
  • J’imagine déjà des iles sans saison
  • Où le soleil se couche toujours au même endroit
  • Des pays ignorant toute forme d’oppression
  • Où le mot liberté est le premier des droits

 

  •  Mais je reste figé, coincé dans ma routine
  • Et chaque soir, je rentre dans mon petit meublé
  • Je regarde la télé en faisant la cuisine
  • J’espère que mon départ est seulement retardé
  • Mes désirs de voyages ne sont que duperies
  • Je suis déjà perdu en dehors du quartier
  • L’idée du changement, c‘est la paralysie
  • Et  je préfère croupir dans mon bain routinier
Image de prévisualisation YouTube
9
nov 2014
Posté dans Non classé par gbessay à 6:13 | Pas de réponses »

 

Parfum de grenade

J’ai conservé sur moi ton parfum de grenade

Il flotte sur ma peau des senteurs de ton corps

Mes idées s’entremêlent  pour partir en chamade

Quand je veux réveiller le souvenir qui dort

 

Je ne sais si je rêve, si je suis éveillé

Mythe ou réalité, rêve, imagination

Tout ce qu’on a vécu a-t-il bien existé ?

Quelle  part a  réel et quelle part l’invention ?

 

Ton parfum reste en moi

Les effluves de nos émois

Ton parfum reste en moi

Comme un arôme de toi

 

Je sais que sur cette ville nous nous sommes aimés

Loin du monde, loin du bruit, loin des agitations

Là que j’ai tout reçu, là que j’ai tout donné

Et que tu m’as offert ma plus grande passion

 

Car tu m’as accordé le plus beau des présents

L’amour le plus précieux : l’amour inachevé

Celui qui ne meurt pas et qui résiste au temps

L’amour qui aura l’âge  de notre éternité.

 

comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A mort les vieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jean vallière

 

 

A mort les vieux

 

(Scène 1)

 

Le directeur

Monsieur le Directeur, nous avons trois pensionnaires qui ont disparu.

Le directeur

Disparus ? Vous voulez rire, ils doivent pas être bien loin.

Agathe

Là où ils sont maintenant, je ne crois pas qu’ils puissent revenir.

Le directeur

Qu’est-ce que vous me racontez ? Cherchez les et quand vous les aurez retrouvé, revenez m’en informer.

Agathe

Je vous dis qu’on les a perdu.

Le directeur

Ah maintenant ça suffit. J’ai pas le temps de m’occuper de vos petites fugues. J’ai du travail moi !

Agathe

Mais vous ne comprenez pas, je vous dis qu’ils ont disparu, ils sont morts quoi !

Le directeur

Morts ? Trois d’un coup ?

Agathe

Oui, monsieur le Directeur, je vous avais prévenu avec cette chaleur, nos pensionnaires ont du mal à résister.

Le directeur

C’est vrai que cette température est insupportable et en plus cette foutue climatisation tourne au ralenti.

Agathe

Dans la plupart des chambres elle ne fonctionne même plus.

Le directeur

Ça tombe bien, comme ça, on va pouvoir faire un peu de places.

Agathe

A part les trois chambres qui vont se libérer, vous savez bien que nous sommes complets.

Le directeur

Pourtant, il faudra bien qu’on les mette quelque part mes trente nouveaux clients.

Agathe

Trente clients ! Vous n’y pensez pas.

Le directeur

C’est comme tous les étés, mademoiselle Agathe, je n’y peux rien c’est comme ça.

Agathe

Mais pourquoi précisément au début de l’été ?

Le directeur

Tout simplement parce que les gens partent en vacances et que c’est la période où on met son chien à la SPA, les gosses en colonie et les vieux à l’hospice.

Agathe

 

C’est tout de même pitoyable de se séparer ainsi de ses proches uniquement pour jouir de davantage de liberté.

Le directeur

C’est la société des loisirs, qu’est-ce que vous voulez, on y peut rien. En plus on ne va quand même pas s’en plaindre, c’est ce qui nous fait vivre. Et c’est grâce à cela que vous avez du travail mademoiselle Agathe.

Agathe

Abandonner ses vieux parents comme on abandonne son chien, tout ça pour jouir des vacances c’est quand même lamentable, surtout pour ces vieux.

Le directeur

Vous avez raison parce qu’à la SPA, le chien a peut être une chance d’être adopté mais adopter un vieux, surtout sans pedigree, c’est plus difficile.

Agathe

Monsieur le Directeur !

Le directeur

Bon, soyons positif mademoiselle Agathe. Je vous ai dit qu’il me fallait trente places pour début août alors vous allez vous mettre au travail et tachez de me serrer un peu tout le monde.

Agathe

Ah non, Monsieur le Directeur, on ne peut pas serrer davantage ; dans certaines chambres, on a déjà deux pensionnaires. J’ai même deux impotents qui dorment dans les couloirs.

Le directeur

Faut quand même bien trouver une solution. On a besoin d’argent frais sinon la boite risque de couler. Mademoiselle Agathe, vous connaissez la situation financière de la pension des Mimosas ?

Agathe

Oui je sais, monsieur le Directeur.

Le directeur

Alors pas d’autre solution que de prendre de nouveaux pensionnaires. Comme on leur fait payer trois mois d’avance, ça va nous faire une trésorerie dont nous avons un besoin urgent. C’est ça ou en coule. Bon dites-moi, en s’arrangeant un peu, on pourrait pas mettre trois lits dans la même chambre.

Agathe

Vous n’y pensez pas, les chambres sont trop exiguës.

Le directeur

Et en installant des lits superposés, ça gagnerait de la place.

Agathe

Des lits superposés ? Mais la plupart des vieux seront incapables d’accéder aux niveaux supérieurs. Sans parler des risques d’accidents.

Le directeur

Il faut pourtant bien trouver une solution. Au fait vos trois disparus, ils sont morts de quoi exactement ?

Agathe

De la chaleur, tout simplement monsieur le Directeur, je vous l’ai dit la climatisation ne marche pratiquement plus.

Le directeur

Je sais et je n’ai pas argent pour la faire réparer. Mais dites-moi, il me vient une idée et si nous la coupions définitivement. Ça nous ferait d’abord des économies et ensuite ça pourrait hâter la fin des plus vieux.

Agathe

Monsieur le Directeur, vous ne voulez pas dire que nous allons achever nos pensionnaires.

Le directeur

Mais non pas directement, ce ne serait pas bon pour notre image de marque. Non, mais en favorisant les malaises, on pourrait en refourguer une bonne trentaine à l’hôpital.

Agathe

Et après, ils vont revenir.

Le directeur

Mais non, vous savez bien que les urgences aussi sont surbookées. Quand les vieux auront passé une semaine dans les couloirs de l’hôpital, il n’y en pas beaucoup qui risquent de revenir.

Agathe

C’est purement criminel comme démarche. Ne comptez pas sur moi pour m’impliquer dans un tel plan machiavélique.

Le directeur

Ah, mademoiselle Agathe, vous m’agacez à la fin avec vos scrupules. Comment croyez-vous qu’on peut gérer une telle boite ? Avec de bons sentiments ? Non, c’est le taux de remplissage qui nous permet de boucler les fins de mois. Alors on va faire comme les compagnies aériennes, du surbooking.

Agathe

Louer davantage de lits que nous n’en avons ?

Le directeur

Dans le transport aérien, il y a  toujours des gens qui se décommandent au denier moment. Statistiquement c’est bien connu. Alors si on prévoit d’avoir 25 lits de disponibles, il faut en louer trente. D’abord parce que certains avec cette chaleur ne pourront pas supporter le voyage de leur domicile jusqu’à notre maison de retraites, ensuite parce qu’il faut anticiper les décès prévisibles de nos pensionnaires, enfin réguler l’offre et la demande en transférant nos excédents sur l’hôpital. C’est ça la gestion prévisionnelle par objectif. Une boite de vieux, c’est comme une boite industrielle, ça doit se gérer scientifiquement avec des objectifs de coûts, de prix, de volumes et de marges. J’ai fait des calculs précis. Jusqu’à maintenant on a toujours été dans le rouge. Avec ma nouvelle méthode on peut dégager une marge nette d’impôt de 10% sur chaque vieux.

Agathe

Mais c’est atroce monsieur le Directeur, atroce de raisonner ainsi.

Le directeur

Et alors comment voulez-vous qu’on s’en tire autrement ? Faut quand même bien équilibrer nos comptes. Et je vais vous dire autre chose mademoiselle Agathe, la France vieillit, les vieux refusent de mourir à temps, ils s’incrustent. La France est un pays où on vit le plus âgé. Forcément avec la sécurité sociale, on soigne, on prolonge. Du coup la sécurité sociale est en déficit. Bientôt la France comptera plus de vieux que de jeunes. Les soins aux personnes âgées vont devenir la première activité économique française. Et qui va payer cette débauche d’acharnement thérapeutique ? Je vous le demande. Savez-vous qu’il manque 100 000 chambres dans les hospices français. Alors cette vague de chaleur est une véritable aubaine pour nos comptes publics. C’est en même temps l’émergence d’une nouvelle  méthode de gestion populations du quatrième âge.

Agathe

Une nouvelle méthode de gestion ?

Le directeur

Oui,  la gestion des populations âgées par la température, uniquement par la température.

Agathe

Il va quand même pas faire 40 degrés toute l’année !

 

Le directeur

Non, mais si on descend en dessous on coupe la clim et on met le chauffage pour maintenir à 40 degrés.

Agathe

Monsieur le Directeur, vous n’allez quand même pas faire ça. L’opinion publique n’acceptera jamais de telles pratiques. Et de toute manière, votre méthode de gestion par la température n’est valable que l’été pas l’hiver?

Le directeur

L’hiver, on coupera le chauffage pour favoriser les grippes avec complication pulmonaire. Vous voyez c’est bien d’une révolution méthodologique qu’il s’agit. Quant à l’opinion publique, rassurez vous, c’est une question de communication. Si on dit qu’on tue les vieux avec la température, ce sera forcément l’indignation générale mais si on dit qu’on gère les flux gériatriques pour optimiser l’utilisation des équipements  dans l’intérêt des grands équilibres économiques et sociaux, ça passe quand même mieux.

Agathe

En tout cas, ç’est incompréhensible.

Le directeur

Justement, c’est ce qu’il faut afin de donner bonne conscience aux français qui finalement se foutent pas mal du quatrième âge.

Agathe

Autant dire tout suite à mort les vieux. Si c’est ça la nouvelle exception culturelle française.

Le directeur

De la nuance Agathe, de la nuance ; notre société a horreur de la violence des mots simples qui démasque son hypocrisie générale. En outre, on doit toujours positiver le contenu d’un message politique ; « A mort les vieux » c’est effectivement très négatif. Ne disons pas non plus qu’il faut moins de vieux, disons plus positivement qu’il faut une France plus jeune et qu’il convient donc de favoriser la mise en oeuvre de nouveaux mécanismes d’équilibre démographique. C’est plus sexy comme formulation n’est ce pas ?

Agathe

Monsieur le Directeur votre mauvaise foi fait froid dans le dos.

Le directeur

Et bien voilà une excellente raison pour que vous coupiez la clim immédiatement.

 

(Scène 2)

 

Le directeur

Oui, entrez. Ah, c’est vous docteur, c’est gentil de vous être déplacé aussi vite.

Le docteur

Je suis un peu en retard mais en ce moment les affaires reprennent. J’ai encore 15 visites à faire et 20 patients qui attendent dans mon cabinet.

Le directeur

Et moi, j’ai 15 malades sur les bras.

Le docteur

15 ? Mais je ne vais pas avoir le temps de tous les examiner.

Le directeur

Si vous voulez, je peux en faire conduire à votre cabinet.

Le docteur

Mais ça changera rien, ce n’est pas ça qui va faire diminuer le nombre de consultations.

Le directeur

Ecoutez, ici, ça peut aller plus vite.

 

 

Le docteur

Comment ça plus vite ?

Le directeur

Mais oui, mes malades ont tous la même chose.

Le docteur

Ah bon ?

Le directeur

Et en plus je ne vous demande pas de les soigner docteur, surtout pas.

Le docteur

Mais alors pourquoi vous m’appelez ?

Le directeur

Parce que j’ai besoin d’un acte médical pour faire hospitaliser tout ce monde là.

Le docteur

Vous savez aussi bien que moi que l’hôpital est plein, les urgences débordent de patients.

Le directeur

Ah ça c’est pas mon problème, chacun son métier. Je peux quand même pas les garder ici, vous voyez un peu ma réputation si on sait qu’il y a quinze morts d’un coup à la pension des Mimosas. C’est un coup à bousiller mon fond de commerce.

Le docteur

Et ma réputation à moi ?

Le directeur

Justement, vous ne voulez tout de même pas qu’on dise que vous avez été le dernier à les soigner avant leur mort.

Le docteur

Non évidemment, 15 morts d’un seul coup ça plomberait mes statistiques à l’ordre des médecins.

Le directeur

Vous voyez, on a les mêmes problèmes.

Le docteur

Bon je peux quand même en voir un ?

Le directeur

Mais non, ne vous dérangez pas, de toute manière ils sont tous dans le coma. Je vais appeler Agathe. Elle connaît bien la situation médicale. (Il téléphone) Agathe, vous pouvez venir. Vous connaissez Agathe, c’est quelqu’un de remarquable et très pointue même en matière médicale.

Le docteur

Je croyais qu’elle avait un diplôme d’assistante vétérinaire ?

Le directeur

Oui c’est ce que je vous dis, elle est très pointue.

Le docteur

Vétérinaire et médecin, c’est tout de même pas la même chose ! En plus elle n’est qu’assistante.

Le directeur

Quelle différence, je vous demande.

Le docteur

Chez mon collègue vétérinaire, le patient fait rarement des reproches au soignant.

Le directeur

Et bien ici c’est pareil, la plupart sont complètement séniles.

 

(Entrée d’Agathe)

Le directeur

Ah mademoiselle Agathe, veuillez faire un bilan médical détaillé au docteur.

Agathe

C’est simple docteur, la chaleur les a assommé et j’en ai une quinzaine dans un été de coma avancé.

Le directeur

Ah, qu’est que je vous disais.

Le docteur

Bon écoutez, effectivement il n’y a que l’hospitalisation qui puisse les soulager. Je vous fais un bon d’hospitalisation pour 15 patients.

Le directeur

Mettez plutôt une vingtaine, ça vous évitera de revenir trop rapidement.

Le docteur

Bon d’accord mais je vous préviens, je ne sais pas comment vous allez pouvoir les transporter rapidement, les ambulances sont aussi prises d’assaut.

Le directeur

Ne vous inquiétez pas, je vais louer un camion.

Le docteur

Un camion, vous n’y pensez pas.

Le directeur

Si, mais un grand. Un 44 tonnes. Vous savez c’est très spacieux. Dans un poids lourd, on peut mettre 33 palettes d’un mètre vingt sur un mètre. Deux palettes ça représente un lit. 15 patients ça tient parfaitement. Et si on a davantage de malades on peut encore gerber.

Le docteur

Gerber ?

Le directeur

Oui, mettre une pile supplémentaire sur la première.

Le docteur

Mais ceux qui sont en dessous vont étouffer de chaleur.

Le directeur

Mais non entre les deux, on mettra une couche de glace.

Le docteur

Moi, je veux pas êter au courant des conditions de transport, j’inscrit seulemenet transport pas véhicule médicalisé.

Le directeur

Ne vous inquiétez pas, le chauffeur a une trousse de secours dans la cabine.

Le docteur

Bon je vous laisse, j’ai encore des visites.

Le directeur

Merci docteur et à bientôt j’espère.

 

(Sortie du docteur)

Le directeur

Il est sympa le toubib, vous trouvez pas mademoiselle Agathe.

Agathe

Evidemment, il fait à peu près tout ce que vous lui demandez.

 

 

Le directeur

Vous savez bien que c’est pour la forme que je le fais venir, c’est obligatoire. De toute manière, qu’est que vous voulez qu’il fasse ?  Bon, excusez-moi mais maintenant il faut que je prévois tout pour ce petit voyage organisé.

Agathe

Je vous quitte mais je vous signale que le cuisinier attend à la porte, il souhaite vous parler.

Le directeur

Ah non, ce n’est pas le moment.

Agathe

Il n’a pas l’air très content.

Le directeur

Bon je sais pourquoi, faites-le entrer un moment, on va le calmer.

 

(Entrée du cuisinier)

Le cuisinier

Monsieur le Directeur, vous savez que nous n’avons pas été livrés et que nos frigos sont presque vides. Moi je ne peux pas faire la cuisine avec rien.

Le directeur

Je sais, je sais. J’ai des problèmes financiers en ce moment et je dois faire avec.

Le cuisinier

Et moi, je ne peux pas nourrir 150 personnes avec rien.

Le directeur

De toute manière ce soir il en aura déjà 15 en moins ; En outre, il y en a une cinquantaine qui ne mange pratiquement plus à cause de la température. Pour la moitié restante c’est simple faudra réduire les parts.

Le cuisinier

Vous savez bien qu’on a déjà fait tout ça. On est passé du beefsteak à 100 grammes à celui de 80 grammes, puis à 50 grammes. On va quand même pas donner 30 grammes de viande par personne.

Le directeur

Si, si, ça suffit, à cet âge là et avec les conditions climatiques 30 grammes de viande et 20 grammes de légumes c’est grandement suffisant. Par contre l’eau, c’est à volonté. L’eau, c’est très bon pour la santé, surtout en ce moment et en plus ça remplit le ventre tout autant que le reste. Ah évidemment, par des chaleurs pareilles le vin est supprimé.

Le cuisinier

Il n’en avait déjà qu’un verre par jour.

Le directeur

C’est trop.

Le cuisinier

Bon écoutez, de toute manière je vous l’ai dit, je n’ai presque plus rien dans mes stocks. Alors je cuisine pour l’équivalent d’une vingtaine de personnes et les serveuses se débrouilleront.

Le directeur

C’est ça 20 portions pour 150 ça suffit grandement.

Le cuisinier

Et si certains ont un petit creux dans la journée et réclament à manger on fait quoi ?

Le directeur

Vous leur faites un vin chaud.

Le cuisinier

Un vin chaud en plein été. Mais vous allez les assommer.

 

Le directeur

C’est ce qu’il faut ça nous permettra d’en hospitaliser encore une quinzaine de plus.

 

(Scène 3)

 

 

Le directeur

Allo l’hôpital, passez moi le service des urgences. Merci. Bonjour, c’est la pension des Mimosas, voilà je vous envois un chargement d’une quinzaine de vieux, des comateux. Comment vous ne pouvez pas les prendre ? Quoi, vous êtes complet ? Mais c’est pas possible, on a jamais vu un service d’urgence refuser des patients. Et qu’est ce que je fais en attentant ? Je les garde au chaud ? Ah pour ça ils sont déjà gâtés. Demain ? Il faut que je téléphone demain ? Demain il risque d’être trop tard. Les pompiers ? Non je ne les ai pas appelé. Bon je vais le faire merci. ( il raccroche). Mademoiselle Agathe, venez vite c’est urgent.

Le directeur

Allo, les pompiers, bonjour c’est la pension des Mimosas. Voilà j’ai une quinzaine de malades comateux. J ‘ai téléphoné au service des urgences de l’hôpital mais ils sont déjà pleins. Quoi, qu’est ce que vous pouvez faire ? Mais j’en sais rien  moi. Les secours d’urgence, c’est vous c’est pas moi. Bon je vous attends.

 

(entrée d’Agathe)

Le directeur

Ah mademoiselle Agathe, faut décharger le camion, le voyage organisé aux urgences de l’hôpital est annulé.

Agathe

Comment ? Mais vous  ne vous rendez pas compte du travail. Ah non, on a mis déjà plus de deux heures pour les transférer. Si vous voulez les réinstaller, faites-le vous même. On  est complètement sur les nerfs en ce moment, forcément la moitié du personnel est en congé.

Le directeur

Et qu’est-ce que j’y peux moi ? Fallait pas m’imposer les 35 heures. Si on ajoute les congés annuels, les repos hebdomadaires, les RTT et les jours de maladie, les gens travaillent à mi- temps.

Agathe

Ce ne sont pas les 35 heures qui vous ont coûté très cher car vous n’avez pas embauché.

Le directeur

Non mais j’ai bien été obligé de rationaliser les emplois du temps.

Agathe

Vous voulez dire de supprimer tous les temps morts. Maintenant, on a plus une minute à nous. Même pas le temps de déjeuner.

Le directeur

Inutile de polémiquer, de toute manière les pompiers vont arriver.

Agathe

Les pompiers ?

Le directeur

Oui les pompiers, il n’y a plus qu’eux comme service de secours. Tiens justement je les aperçois. Mais c’est une ambulance, ils ne vont jamais tenir tous là-dedans. Et il n’y a qu’un pompier mais ce n’est pas possible.

Agathe

De toute manière s’ils étaient dix ça ne changerait pas grand- chose.

 

Le directeur

Bon Agathe, faites-le entrer.

 

(Entrée du pompier)

Le pompier

Caporal Bertrand, je suis venu aussi vite que possible.

Le directeur

Mais vous êtes seul et avec une ambulance.

Le pompier

Oui c’est tout ce qui nous reste à la caserne.

Le directeur

Mais vos collègues !

Le pompier

Ils sont tous partis.

Le directeur

En congés ?

Le pompier

Non, ils ont été détachés à la rave party du Larzac.

Le directeur

Avec le matériel ?

Le pompier

Oui, mais j’ai un extincteur dans l’ambulance.

Le directeur

Mais vous rigolez qu’est ce que vous voulez qu’on fasse avec un extincteur. Je vais appeler votre capitaine et lui passer un savon.

Le pompier

Inutile, il est aussi au  Larzac.

Le directeur

Lui aussi mais c’est quoi ce pays maintenant il n’y a plus que les jeunes qui comptent, les vieux peuvent bien crever.

Le pompier

Moi j’obéis aux ordres.

Agathe

Bon alors moi qu’est-ce que je fais avec les vieux dans le camion ?

Le directeur

Mademoiselle Agathe, ne compliquez pas la situation. J’ai besoin de réfléchir. Moi, je ne veux pas porter le chapeau des dysfonctionnements des services publics, j’avertis immédiatement la direction départementale de la santé.

Le pompier

Bon,  en attendant j’utilise l’extincteur ?

Le directeur

Mais pour quoi faire, vous voyez bien qu’il n’y a pas le feu dans le camion.

Agathe

Avec la température extérieure, ça ne devrait pas tarder.

Le directeur

Mademoiselle Agathe, épargnez-moi vos commentaires. Trouvez-moi plutôt le numéro de la direction départementale de la santé.

Agathe

Tenez, monsieur le Directeur.

 

Le directeur

Merci. Allo, la direction départementale de la santé, bonjour. Je suis le directeur de la pension des Mimosas et j’ai un très grave problème sanitaire dans mon établissement. Vous pouvez me passer le directeur ? Ah bon il est en congé. Bon alors passez moi son adjoint. En congé aussi. Donnez-moi, un chef de service ou quelqu’un de responsable. Le sous-chef de bureau ? Si vous voulez ; allo, oui, bonjour.  C’est la pension des Mimosas, voilà j’ai quinze pensionnaires dans le coma, à cause de la chaleur. J’ai téléphoné aux urgences de l’hôpital, mais ils ne peuvent pas les prendre tellement ils sont déjà débordés. Alors j’ai appelé les pompiers mais ils sont tous à la rave party au Larzac. Il n’en reste plus qu’un avec une ambulance et un extincteur. On va vers une véritable catastrophe si on ne prend pas rapidement des mesures. Comment…… faire un rapport circonstancié ? C’est urgent, on a pas le temps de faire un rapport ; vous ne pouvez rien faire sans document écrit ? Mais je rêve dans quel pays sommes nous ? En France, merci je m’en doutais. Vous prenez note mais il faut confirmer. D’accord. En trois exemplaires ? Comme d’habitude. Ah, vous savez que la poste est en grève ? Oui, ce n’est pas votre problème. Ah bon si c’est le cachet de la poste qui fait foi alors on est sauvé. Oui, oui, au revoir.

Agathe

Alors qu’est ce qu’il dit ?

Le directeur

Vous avez entendu, il faut faire un rapport écrit qu’il transmettra au ministère. De toute manière toute la hiérarchie est en congé.

Agathe

Mais qu’est ce qu’on va faire de nos vieux, on peut quand même pas les laisser plusieurs jours dans le camion.

Le directeur

Il y a pas d’autres solutions, faut le décharger.

Agathe

Pas question, c’est trop de travail et en plus  un nouveau transbordement risque d’en faire mourir la moitié.

Le directeur

Vous avez raison ; ça ne réglerait pas mon problème de nombre de lits. En plus, je ne veux pas qu’ils meurent ici.

Agathe

Monsieur le Directeur, il y a quelqu’un qui appelle par la fenêtre.

Le directeur

C’est qui ? Allez voir, je ne peux pas m’occuper de tout.

Agathe

Oui, oui, d’accord.

Agathe

Monsieur le Directeur c’est le chauffeur du camion, il dit qu’il ne peut plus attendre car dès demain matin il doit être vide pour un transport de paille.

Le directeur

Mais je deviens fou moi, plus personne n’a le temps de s’occuper des urgences. Qu’est-ce qu’on peut faire mais dites-le moi.

Le pompier

Je peux utiliser l’extincteur si vous voulez.

Le directeur

Je m’en fouts de votre extincteur vous comprenez ça ?

Le pompier

Moi, je disais ça pour rendre service.

Le directeur

Vous ne pouvez pas me les prendre pendant 24 heures dans la caserne, si le matériel est parti, les garages doivent être vides.

Le pompier

Ah non ça c’est pas possible, c’est interdit  de stocker  des marchandise périssables dans nos locaux.

Le directeur

C’est pas des marchandises périssables ce sont des malades, des malades âgés.

Le pompier

C’est bien ce que je vous dis, c’est particulièrement périssable.

Le directeur

Ecoutez, si personne ne veut m’aider, c’est bien simple moi je les envois directement à la morgue.

Agathe

Monsieur le Directeur, vous devenez complètement fou.

Le directeur

Oui parfaitement, je deviens fou parce que plus personne n’est responsable de rien et que si ça continue moi aussi je vais faire une crise et tomber dans le coma.

Le pompier

Vous voulez que j’aille chercher l’extincteur.

Le directeur

Foutez-moi la paix vous et votre extincteur.

Agathe

Bon alors, on fait quoi ?

Le directeur

J’en sais rien. Et ce n’est pas cet abruti de pompier avec son extincteur qui va nous aider.

Le pompier

Vous avez tort de parler comme ça des pompiers.

Le directeur

Ah le téléphone maintenant, il manquait plus que ça. Pension des Mimosas, j’écoute (plus bas), c’est la préfecture. Oui, ah vous avait été informés pour mes pensionnaires comateux. Bah oui je sais plus quoi en faire. En ce moment, ben ils ont été chargés dans un camion il y a deux heures, ils attendent de partir. Le problème c’est que je ne sais pas où. Faut faire vite ? Oui ça je le sais. Ah bon vous avez besoin du camion ; je croyais que c’était mes vieux qui vous intéressaient ; Le camion est réquisitionné pour le transport de la paille ? Manquait plus que ça. Alors dites-moi ce que je fais sinon les vieux je les fais décharger à la préfecture. Ah vous avez une solution, tant mieux. Quoi il faut les expédier au Larzac ? Et pourquoi ? Ah évidemment là bas, là bas ils trouveront tous les services d’urgence.

Agathe

Au Larzac ?

Le directeur

Oui mademoiselle Agathe au Larzac. La France peut pas s’occuper en même temps des gens qui s’amusent et des vieux qui meurent.

 

(Scène 4)

 

Agathe

Ça y est ils sont tous installés. Tous les lits sont occupés. Cette fois on est encore complet ; faudrait pas que ceux qui sont partis au Larzac reviennent.

 

 

Le directeur

Ne vous inquiétez pas mademoiselle Agathe, ils n’ont pas supportés le voyage.

Agathe

Ça, je vous avais prévenu, c’est inhumain de transporter des vieilles personnes comme du bétail. Et encore on prend davantage de précaution avec les animaux puisqu’on ne peut les faire voyager que de nuit afin d’éviter le stress.

Le directeur

Bon on ne va pas revenir là dessus. C’est fait, c’est fait ; mieux vaut s’occuper désormais de nos nouveaux pensionnaires.

Agathe

Justement je crois que vos nouveaux pensionnaires vont vous causer quelques soucis.

Le directeur

Ah bon et pourquoi ?

Agathe

Parce qu’il y a parmi eux un gauchiste, enfin un ancien gauchiste.

Le directeur

Mais il a quel âge ?

Agathe

75 ans environ, il avait une quarantaine d’années en 68 quand il terminait ses études de sociologie.

Le directeur

Une sorte de vocation tardive ; et qu’est-ce qu’il a fait avec son diplôme de sociologie.

Agathe

Il est devenu animateur d’immeuble.

Le directeur

C’est quoi ça ?

Agathe

C’est le nouveau nom pour les anciens gardiens.

Le directeur

Et il a  75 ans, c’est fou ce que le temps passe. C’est vrai que Johnny va bien sur ses 70.

Agathe

Justement, il est encore vert comme Johnny ; Et pardonnez l’expression mais il fout un vrai bordel dans la pension.

Le directeur

Mademoiselle Agathe, je ne vous ai jamais entendu parler comme ça.

Agathe

Maintenant c’est la guerre aux Mimosas, il n’arrête pas de remonter les pensionnaires contre les matons, c’est comme ça qu’il appelle le personnel.

Le directeur

Les matons ?

Agathe

Oui monsieur le Directeur et vous ne connaissez pas la nouvelle ? Il a crée un comité d’action populaire.

Le directeur

Un comité d’action mais contre quoi ?

Agathe

Contre tout.

 

 

Le directeur

Mais qu’est ce que c’est que cet oiseau là,  ah je vais le calmer le gauchiste. Allez me le chercher votre excité.

 

(Elle part)

Le directeur

Ah ce n’est pas vrai, il manquait plus que ça, un ancien gauchiste aux Mimosas. Où sont nos vieux d’antan ? Au moins ceux-là se tenaient tranquilles. Toute leur vie on leur a imposé la soumission alors il n’y avait pas de raison pour qu’ils changent de comportement en maison de retraite. Encore quelques années et ce sont les anciens gamins du Larzac qu’on va récupérer. Soirée techno tous les jours, bonjour l’ambiance.

 

(Agathe revient)

Monsieur Guevara est là.

Le directeur

Guevara ?

Agathe

Guevara, oui c’est son nom.

Le directeur

Bon bah faites entre le Tché.

Le directeur

Ah cher monsieur Guevara, je suis heureux de vous rencontrer. Vous savez aux Mimosas c’est comme une  grande famille alors je vois tous les pensionnaires, je veille à leur confort et quand ils ont un petit coup au moral ma porte est toujours ouverte. Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue. Et j’espère surtout que vous resterez le plus longtemps possible chez les Mimosiens.

Guevara

Les Mimosiens ?

Le directeur

Oui c’est comme ça qu’on appelle les pensionnaires à l’extérieur. Alors monsieur Guevara vous êtes bien installé ? N’hésitez pas si vous voulez une couverture de plus  ou un peu plus de chauffage mademoiselle Agathe se fera un plaisir de vous satisfaire. Mademoiselle Agathe c’est un peu notre agent d’ambiance à nous, vous voyez ce que je veux dire.

Guevara

Non pas très bien ; de toute manière je ne veux rien pour moi-même. Je connais vos méthodes paternalistes. C’est pour mes camarades emprisonnés que je revendique.

Le directeur

Emprisonnés ? Mais vous plaisantez, je suppose ; ici c’est une maison de retraites.

Guevara

C’est pire que la prison.

Le directeur

Comment cela ? Expliquez-vous monsieur Guevara je ne comprend pas.

Guevara

Parfaitement, en prison on peut espérer sortir, ici quand on sort, c’est la fin. Vos pensionnaires comme vous dites ce sont en fait des condamnés à perpétuité. Alors je vais vous dire, faudra pas compter sur moi pour mettre de l’huile dans les rouages entre les matons et les taulards.

Le directeur

C’est une menace en quelque sorte.

Guevara

Parfaitement et pour commencer vous allez rétablir la ration de vin rouge du soir.

Le directeur

Du vin rouge le soir mais c’est uniquement pour raison de santé qu’il a sans doute été supprimé il y a plusieurs années.

Guevara

Ça fait partie des avantages acquis et ça il n’est pas question d’y toucher. Les avantages acquis sont le fruit des luttes historiques des travailleurs et toute remise en cause par les forces capitalistes et bourgeoises serait considérée par nous comme une agression supplémentaire à l’égard de la classe ouvrière.

Le directeur

Le vin rouge le soir comme avantage acquis !  Juridiquement, ce n’est pas très fondé.

Guevara

On sait bien que le droit est fait pour et par les intérêts dominants. Pour nos camardes le fait précède le droit. On avait du vin avant, alors le fait devient la loi.

Le directeur

Oui mais si je fais abstraction de l’aspect juridique vous devez bien comprendre que le rétablissement d’un verre de vin a un coût économique et que je dois veiller à l’équilibre entre les recettes et les dépenses dans l’intérêt commun.

Guevara

Discours de patron qui ne saurait avoir aucune prise sur notre détermination.

Le directeur

Détermination, mais vous êtes déterminé à quoi ?

Guevara

A occuper les locaux jusqu’à satisfaction totale de nos revendications.

Le directeur

Occuper les locaux mais cela n’a aucun sens puisque vous les occupez déjà 24 heures sur 24.

Guevara

J’ai dit tous les locaux y compris la cuisine, la cave et même votre bureau.

Le directeur

Mon bureau mais vous plaisantez. Mon bureau n’a aucun intérêt stratégique. Vous confondez une maison de retraite avec une entreprise.

Guevara

Maison de retraite ou usine c’est la même chose. La même idéologie aux services des grands intérêts, la même exploitation, la même domination, la même aliénation. Vos discours larmoyants, on les connaît par cœur. Ton bureau on s’en fout.

Le directeur

Ah parce qu’on se tutoie maintenant.

Guevara

Oui le vouvoiement est une forme de relation inégalitaire qui ne fait que perpétuer l’organisation hiérarchique de la société. Je l’ai dit, ton bureau, on s’en fout ce qui nous intéresse c’est toi en tant que représentant des forces capitalistes.

Le directeur

Moi mais qu’est que vous allez me faire ?

Guevara

Te séquestrer le temps qu’il faudra et jusqu’à l’aboutissement de nos justes revendications.

Le directeur

Mademoiselle Agathe, dites quelque chose, moi séquestré dans ma propre maison de retraites mais c’est le monde à l’envers. Agathe faut prévenir la police.

Guevara

Inutile, on a coupé le téléphone.

 

Le directeur

Bon écoutez monsieur Guevara, ce n’est pas parce qu’une légère divergence nous oppose qu’il faut pour autant s’énerver.

Guevara

Mais je ne m’énerve pas, le combat des travailleurs est déterminé mais responsable.

Le directeur

Oui, oui bien sûr. Bon alors pour le vin rouge il faudrait que je fasse faire une étude de faisabilité.

Guevara

Non pas d’étude de faisabilité et pourquoi pas une commission aussi. On a l’habitude de tous les coups tordus patronaux, ce n’est pas la peine de nous faire croire au père noël. On a plus l’âge pour ça. C’est du concret qu’on veut.

Le directeur

Ecoutez, il y a sûrement un malentendu parce fondamentalement je n’ai jamais été opposé à votre revendication.

Guevara

Alors pourquoi n’y a-t-il plus de pinard le soir ?

Le directeur

Pourquoi, pourquoi, je ne sais pas moi, c’est sûrement un dysfonctionnement hiérarchique, je ne peux pas tout contrôler dans cette maison.

Agathe

Ah je vois c’est le personnel qui va êter responsable maintenant.

Le directeur

Agathe, ne compliquez pas la situation.

Guevara

On s’en fout de vos histoires. Nous on met tous les matons dans le même sac, les chefs comme les larbins.

Le directeur

Bon je vais donner des ordres, voilà le malentendu est levé. Maintenant soyez gentil libérez mon bureau parce que j’ai vraiment beaucoup de travail.

Guevara

Pas question.

Le directeur

Mais pourquoi vous avez satisfaction maintenant.

Guevara

Oui mais je dois rendre compte à mes camarades réunis en assemblée générale dans le réfectoire.

 

(Il sort)

Le directeur

Mais je rêve, je rêve Agathe réveillez-moi. Il est complètement dingue ce type.

Agathe

Je vous avais prévenu c’est un soixante-huitard.

Le directeur

Avec l’âge, c’est une maladie qui devrait s’atténuer.

Agathe

En général oui, mais il peut y avoir des rechute vers l’age de la retraite.

Le directeur

Bon et bien je vais le soigner moi le papy gaucho. Allo la cuisine. Oui, c’est le directeur, désormais vous servirez un verre de vin aux pensionnaires. Oui j’ai dit du vin mais vous ajouterez de très fortes doses de Lexomil et de bromure pour monsieur Guevara, c’est pour faciliter son sommeil.

Agathe

Du bromure et pourquoi ?

Le directeur

Parce que je ne voudrais pas que votre Ché Guevara fasse un bâtard à une jeune pensionnaire de 70 ans encore innocente. Faut se méfier avec les gauchistes, il ne respecte aucun ordre établi même pas l’ordre moral.

 

(Scène 5)

 

Le directeur

Bon alors comment ça va ce matin, il est calme ?

Agathe

Oui il dort encore.

Le directeur

A dix heures !

Agathe

Forcément avec la tisane d’hier soir.

Le directeur

Bon alors vous allez le réveiller sans ménagement et me l’amener ici avec les menottes.

Agathe

Les menottes ?

Le directeur

Oui j’ai tout prévu, j’en ai acheté une paire. Et pendant qu’il sera ici vous balancez un demi seau d’eau dans ses draps et je vais l’accuser d’avoir pissé dans son plumard.

Agathe

C’est une ignoble machination.

Le directeur

Non c’est la lutte des classes ; allez, faites ce que je vous dis.

(Agathe sort)

Non mais, il se prend pour qui ce sale vieux. Je vais l’écrabouiller le révolutionnaire gâteux.

Le directeur

Oui, entrez.

Agathe

Je vous amène monsieur Guevara, il dort encore à moitié.

Le directeur

Vous pouvez vous asseoir matricule 1968

Guevara

Matricule ?

Le directeur

Oui, désormais, plus de nom pour les détenus uniquement des numéros. C’est le nouveau règlement intérieur.

Guevara

Mais vous n’avez pas le droit de nous traiter ainsi.

Le directeur

Si et même de prendre des mesures disciplinaire. Matricule 1968, vous n’avez pas respecté l’article 8 du règlement qui prévoit que les détenus doivent se lever au plus tard à  9 heures. En outre vous avez sciemment uriné dans votre couchette.

 

Guevara

Uriné ? Moi ?

Le directeur

Oui, votre lit est trempé. Pas étonnant avec la beuverie hier soir. Si vous ne supportez pas le vin, il ne faut pas en boire.

Guevara

C’est pas possible j’ai pas pu pisser au lit.

Le directeur

Si monsieur, on a les preuves. Comme sanction je vais vous mettre au mitard pendant trois jours.

Guevara

Au mitard, il y a un mitard aux Mimosas ?

Le directeur

Comme dans tous les centres de détention.

Guevara

Vous n’avez pas le droit, je vais alerter SOS racisme.

Le directeur

Ah oui, SOS racisme s’occupe aussi des vieux qui pissent au lit.

Guevara

Mon grand père était espagnol, c’est du racisme pur et simple.

Le directeur

Et bien ça va vous rappeler la guerre d’Espagne.

Guevara

Fumier.

 Le directeur

Insulte au chef maton, 4 jours de mitard.

Guevara

Exploiteur, vendu

Le directeur

Mise en cause de l’intégrité morale du chef maton : 5 jours de mitard

Guevara

Pourri, ordure

Le directeur

Diffamation : 6 jours de mitards. Vous voulez encore ajouter une formule de politesse.

Guevara

CRS, SS

Le directeur

7 jours de mitard. Allez, emmenez le condamné. Ah autant vous prévenir au mitard fini le Château Margaux. Vous avez droit au pain sec et à l’eau, c’est tout.

Le directeur

Fasciste.

Le directeur

8 jours. Allez dehors le gâteux.

 

(Il sort.)

Le directeur

Vous avez vu comment on les gère les révolutionnaires. Dans 8 jours il sera doux comme un agneau.

Agathe

Vous n’allez pas le  laisser huit jours dans la cave.

Le directeur

Mais si ça va lui rappeler des bons souvenirs.

Agathe

Vous savez qu’il pourrait se plaindre.

Le directeur

Se plaindre à qui ?

Agathe

A la direction départementale de la santé.

Le directeur

Ça ne risque pas, ils sont tous en congés.

Agathe

Et si sa famille lui rend visite.

Le directeur

On dira qu’il été hospitalisé suite à une overdose.

Agathe

De la drogue à 75 ans ?

Le directeur

Et alors à quoi vous pensez qu’ils carburent les gauchistes, à la limonade ?

Agathe

Monsieur le Directeur je me désolidarise totalement de ces méthodes répressives ; on n’a pas le droit de traiter ainsi nos anciens même s’ils ont un passé gauchiste.

Le directeur

Votre sensiblerie est ridicule Agathe, les méthodes pédagogiques doivent s’adapter à l’environnement.

Agathe

Vous allez créer une atmosphère conflictuelle permanente et c’est le petit personnel qui va en subir les conséquences.

Le directeur

Mais qu’est que c’est que ce raffut ? Qu’est qui crie comme ça dans la cour ?

Agathe

C’est une manif monsieur le Directeur.

Le directeur

Quoi une manif ?

Agathe

Oui vous n’entendez pas, ils crient, libérez nos camarades, libérez nos camarades.

Le directeur

Faut les faire taire.

Agathe

Et comment ? Sans compter qu’ils vont ameuter le voisinage.

Le directeur

Surtout pas ça, je n’ai pas besoin de publicité en ce moment surtout avec tous ces morts.

Agathe

Il n’y a qu’une solution, négocier avec Monsieur Guevara.

Le directeur

Bon d’accord, c’est bien parce je peux pas faire autrement. Ah celui- là, il réussi à transformer les Mimosas en Sorbonne du quatrième âge.

 

(Scène 6)

 

 

Le directeur

Ah cher monsieur Guevara, entrez je vous en prie. Je suis très heureux de vous apprendre que votre excellente conduite m’a amené à prendre une mesure de clémence exceptionnelle. Je vous autorise à vous réinstaller dans votre chambre.

Guevara

Ce n’est pas une mesure de clémence mais seulement le rapport de forces qui vous y a contraint.

Le directeur

Qu’est-ce que vous allez chercher là monsieur Guevara, dans une maison familiale comme les Mimosa il n’y a pas de rapports de forces.

Guevara

Et la manif ?

Le directeur

Quelle manif ?

Guevara

Vous n’avez pas entendu ?

Le directeur

Ah oui les cris des vieux qui jouent aux boules dans la cour.

Guevara

Vous capitulez mais vous n’osez l’avouer.

Le directeur

Non je ne capitule pas Simplement je pense que votre état de santé justifie cette exception disciplinaire.

Guevara

Je suis en parfaite santé et autant vous prévenir je n’autoriserai la dissolution officielle de la manif qu’après totale satisfaction de nos justes revendications.

Le directeur

Qu’est-ce que vous voulez encore ?

Guevara

L’annulation des sanctions bien entendu, la suppression de ce règlement intérieur répressif et le droit pour chaque pensionnaire de revoir leur partenaire dans leur chambre.

Le directeur

Leur partenaire de scrabble ?

Guevara

Non leur partenaire sexuel.

Le directeur

Mais vous voulez transformez ma pension en lupanar.

Guevara

Sinon, j’avise la Ligue des droits de l’homme.

Le directeur

Guevara vous m’emmerdez avec vos revendications permanentes, si vous continuez je vous fais muter dans un autre centre de détention.

Guevara

Si vous faites ça, j’avise l’inspection du travail car il s’agira d’un licenciement uniquement justifié par mon activité syndicale.

Le directeur

Manquerait plus que l’inspection tu travail débarque dans ma pension, je voudrais bien savoir avec quelle légitimité.

 

 

Guevara

Oh par exemple pour vérifier dans quelles conditions vous appliquez les 35 heures au personnel et si vous payez bien les heures supplémentaires. 

Le directeur

Vous n’allez pas me foutre le bordel parmi le personnel non plus.

Guevara

Ça dépend de vous. On veut la liberté de recevoir qui en veut dans nos chambres y compris des personnes de l’extérieur.

Le directeur

D’accord, d’accord, je plie, je plie Guevara mais vous allez me le payer

Guevara

C’est au patronat à payer, la classe ouvrière a déjà été assez exploitée.

Le directeur

Bon, je me calme. Une condition Guevara, je ne veux pas de bâtard dans mon établissement alors les préservatifs seront obligatoires. Le port en sera obligatoire à partir de 22 heures.

Guevara

C’est ridicule, ça va servir à quoi ?

Le directeur

Au moins à empêcher des pensionnaires comme vous de pisser au lit.

 

(Scène 6 )

 

Agathe

Monsieur le Directeur, il y a de la visite pour monsieur Guevara. Sa fille.

Le directeur

Vous avez bien fait de me prévenir car il faut absolument que je m’entretienne avec elle du cas de son père.

Agathe

Je la fais entrer ?

Le directeur

Oui bien sûr. Je vous souhaite la bienvenue madame. Je vous remercie d’être passée me voir avant de rendre visite à votre papa.

La fille de Guevara

Il va bien le vieux ?

Le directeur

Pour ça on peut dire qu’il est en pleine forme, trop même.

La fille de Guevara

Tant mieux parce qu’on se demandait mon mari et moi, comment il allait se comporter l’ancêtre.

Le directeur

Bon je ne vous cache qu’il y a quand même quelques petits problèmes d’adaptation. En fait votre papa fait preuve d’une vitalité assez exceptionnelle au point que l’équipe pédagogique des Mimosas se demandait si c’était vraiment sa place ici. Vous comprenez ce que je veux dire. Bref, il est un peu jeune pour une maison de retraites.

La fille de Guevara

Bah qu’est-ce que vous voulez qu’on en fasse nous ?

Le directeur

Je sais pas, le reprendre quelque temps encore chez vous, juste le temps qu’il mûrisse un peu.

 

Mais on n’a pas de place chez nous, c’est un F4. Avec les enfants c’est plein. En plus on a un chien, un Doberman et un chien ça tient de la pace, sans compter qu’il faut voir ce que ça mange.

Le directeur

Qui ça le Doberman ?

La fille de Guevara

Non le vieux.

Le directeur

Oui, oui bien sûr mais un parent c’est différent. On peut toujours lui trouver une petite place.

La fille de Guevara

C’est ça pour bouziller nos vacances et nos week-end.

Le directeur

Oui, oui bien sûr. Mais dites-moi vous l’aimez bien votre papa.

La fille de Guevara

Bah oui.

Le directeur

C’est bien ça. Je comprends que vous ne puissiez le prendre en permanence mais de temps en temps, ça lui ferait du bien de retourner dans sa famille.

La fille de Guevara

Ah non, on a eu assez de mal pour lui trouver une place. Maintenant qu’il est casé, on ne va pas le reprendre. De toute manière le cagibi où il dormait est occupé par le Doberman.

Le directeur

Alors là évidemment. Mais il pourrait revenir tous les soirs aux Mimosas pour dormir.

La fille de Guevara

Et qui va payer sa nourriture du midi ? Nous pas question ; ce n’est pas le moment avec les traites de notre mobil home à Royan.

Le directeur

Il mange quand même pas tant que ça.

La fille de Guevara

Que vous dites. Sans compter les dépenses d’électricité, de chauffage et la télé qui marche toute la journée. On l’a eu pendant plus de dix ans à la maison, maintenant ça suffit, on voudrait bien vivre un peu nous aussi.

Le directeur

Mais dites-moi vous avez bien quelqu’un dans la famille qui disposerait de davantage de place, quelqu’un qui vit à la campagne par exemple.

La fille de Guevara

Ah mais c’est que personne n’en veut. Surtout qu’on ne sait pas à quel âge, il va mourir. C’est qu’il peuvent durer des années, ils ont la peau dure les anciens. Forcément, ils sont plus solides que nous. On les a habitué tout petit à travailler, ils n’avaient pratiquement pas de dimanches, ni de congés, des conditions de travail difficiles ;  pas étonnant qu’ils résistent. Nous c’est pas pareil, on est plus fragile, plus stressé, bref on est vieux avant l’âge. On tient grâce aux antidépresseurs et grâce au lifting qu’il faut refaire tous les deux ans. Et justement cette année je dois me refaire faire les seins. Et vous savez combien ça coûte une paire de beaux seins aujourd’hui ?

Le directeur

En vérité non je n’ai pas encore eu l’occasion d’en acheter.

La fille de Guevara

Six mois de pensions au Mimosas.

Le directeur

A propos de pension ce n’est pas vous qui la payez.

 

Encore heureux ; on allait quand même pas supporter les séjours en hôtels quatre étoiles du vieux pendant que nous on se serre la ceinture.

Le directeur

Enfin, enfin, il y a encore quelques crans à la ceinture.

La fille de Guevara

Que vous croyez ; tenez, cette année on devait acheter la dernière BM turbo en version coupé, toit ouvrant, couleur métallisée et vous savez quoi ?

Le directeur

Vous avez dû renoncer à cet achat.

La fille de Guevara

Non mais on a pas pris couleur métallisé c’était trop cher.

Le directeur

Oui je comprends, c’est dramatique ; bon bah qu’et ce que vous voulez que je vous dise, on va le garder.

La fille de Guevara

Encore heureux. Bon c’est pas tout ça mais on bavarde, on bavarde et le temps passe. J’ai plus le temps de le voir. Vous lui remettrez ça, c’est sa paire de charentaises mais faut que je file à la salle de gym. Tchao.

 

(Scène 7)

 

Le directeur

Oui entrez

Le directeur

A c’est vous Guevara. Vous tombez bien j’ai  un petit cadeau pour vous.

Guevara

Je n’accepte aucun cadeau de la part du patronat.

Le directeur

C’est votre fille qui l’a apporté.

Guevara

Ah parce que maintenant vous m’interdisez les visites.

Le directeur

Non mais elle était très pressée. Vous savez ce que c’est avec le travail. Elle vous embrasse bien et vous fait dire que toute la famille pense bien à vous.

Guevara

Ça, ça m’étonnerait. Bon, je suis pas venu ici pour raconter mes histoires de famille mais pour déposer une plainte.

Le directeur

Encore ?

Guevara

Oui mais là c’est grave, plusieurs de nos camardes ont encore été victimes de violence policière et sont morts. On en a retrouvé une dizaine sans vie ce matin.

Le directeur

Ce ne sont pas des violences mais la chaleur tout simplement. En ce moment, ils tombent comme des mouches.

Guevara

Vous n’avez pas le droit de laisser mourir nos camarades emprisonnés, c’est une violation des droits de l’homme.

 

Le directeur

Et qu’est ce que vous voulez que j’y fasse ? Tout le monde s’en fout. Les services d’urgence de l’hôpital sont pleins, les pompiers sont surchargés, quant à l’administration, le temps qu’il s’aperçoivent de la catastrophe sanitaire on sera rendu à Noël et à ce moment là je pense que la vague de chaleur sera passée.

Guevara

Faut aviser la presse et dénoncer le génocide.

Le directeur

Mais ce n’est pas seulemenet aux Mimosas, c’est partout en France.

Guevara

Alors il faut alerter l’opinion internationale et saisir le conseil d sécurité de l’ONU.

Le directeur

L’ONU ?

Guevara

Oui, il n’y a qu’en France qu’on traite ainsi nos populations, c’est un génocide je vous dis et organisé en plus. D’abord on commence par repousser l’âge de la retraite, ensuite on diminue les pensions et enfin on abrège la vie des cotisants. La voilà la vraie reforme des retraites.

Le directeur

Je sais pas si on peut aller jusque là, en tout cas ce qui est sûr c’est que les français se moquent  pas mal de ses anciens. D’ailleurs en ce moment, ils sont en vacances et les vacances c’est sacré. Moi je sais vraiment plus quoi faire de tous ces morts. J’ai expédié la première vague au Larzac à la rave party. Mais maintenant je sais vraiment plus quoi faire.

Guevara

Puisque vous êtes responsables de leur extermination, vous leur devez au moins des obsèques dignes.

Le directeur

Guevara, foutez-moi la paix avec votre vocabulaire révolutionnaire. Revenez un peu sur terre on est plus en 68. Fini le grand rêve collectif, maintenant c’est chacun pour soi comme au temps des cavernes. Les gens ne vont même plus voter alors c’est pas pour porter secours aux moins favorisés. Les vieux, les clochards, les handicapés peuvent attendre, ce n’est pas demain qu’on va faire quelque chose pour eux. Moins il y en aura et mieux ce sera. On veut plus voir la souffrance, la misère ou tout simplement la vieillesse, ça passe mal à la télé. Aujourd’hui, il faut être beau, en bonne santé et financièrement à l’aise. C’est ça la nouvelle société mon vieux Guevara.

Guevara

Moi je m’oppose à cette société libérale triomphante.

Le directeur

Mais qu’est ce que vous voulez opposer ? Vos pancartes ? Pardonnez-moi mais vous êtes complètement à coté de vos pompes. Regardez dans votre propre famille comment ça se passe. Oui votre fille est venue mais c’est elle qui n’a pas voulu vous voir. Elle a dit qu’elle n’avait pas le temps car elle devait se rendre à la salle de gym. Quant à vous reprendre ne serait-ce que quelques jours pas question. Elle a trop de souci avec son chien, son mobil home à Royan sans compter la nouvelle BM et ses seins qui sont à refaire.

Guevara

Oui je sais et pourtant ils étaient bien contents quand, ils ont hérité de ma maison.

Le directeur

En plus c’était votre maison, bravo. Savez-vous ce qu’elle a dit, qu’il fallait choir entre le vieux et de Doberman.

Guevara

Ce n’est pas vrai.

Le directeur

Si .

Guevara

Mon Dieu, mon Dieu (il pleure).

Le directeur

Et bien Guevara qu’est ce qui vous arrive, il faut pas pleurer comme ça.

Guevara

Je veux mourir, je veux mourir.

Le directeur

Mais non Guevara. Excusez-moi d’avoir été un peu brutal en vous révélant la vérité, je ne voulais pas vous blesser. Allez Guevara, c’est fini. C’est fini.

Guevara

Personne ne m’aime

Le directeur

Mais si, mais si. Maintenant votre vrai famille c’est aux Mimosas allez venez que je vous embrasse.

Guevara

Merci.

Le directeur

Bon ça va mieux.

Guevara

Oui. Monsieur le Directeur, ça ne fait plus de dix ans qu’on ne m’avait pas embrassé.

Le directeur

Je sais Guevara, vous n’êtes pas tout seul dans c cas là. Maintenant les gens ont tellement peur de la vieillesse qu’ils ne veulent même pas voir leur parents vieillir. L’image de leur futur leur fait peur. Ici on ne peut pas remplacer la vraie famille mais on peut donner un peu de fraternité pour que nos vieux puissent vivre leurs derniers jours dans la sérénité voire dans un certain bonheur. Il y a une chose que vous avez oublié Guevara dans votre révolution de 68, une chose qui ne se décrète pas mais qui est pourtant essentiel à la vie de l’homme. Cette chose, Guevara, c’est l’amour. Vous avez combattu pour la justice et la liberté mais vous avez oublié l’amour. L’homme  ne se réalise pas seulement dans le progrès matériel, il se réalise aussi dans ses rapports affectifs ; le vrai ressort qui donne un sens à la vie, c’est l’amour, l’amour de l’autre. Un sentiment qu’on ne pourra jamais décréter, jamais imposé qui dépend de chacun de nous, l’amour Guevara, oui l’amour.

Guevara

Monsieur le Directeur…

Le directeur

Oui Guevara.

Guevara

Je peux vous embrasser.

Le directeur

Ah bah ça alors

 

(Scène 8)

 

Agathe

Maintenant, on a encore vingt morts sur les bras. Il faut faire quelque chose.

Le directeur

Qu’est-ce que vous voulez que je fasse, je vais téléphoner à la morgue. Alla, oui ici c’est la pension des Mimosas. J’ai une vingtaine de personnes qui sont décédées. Comment ? Quoi ? Vous ne pouvez pas venir avant trois mois. Mais ce n’est pas possible. Et moi qu’est ce que je fais en attendant. Ce n’est pas votre problème, bravo. (Il raccroche). Non mais c’est pas vrai, maintenant il faut réserver trois mois à l’avance avant de mourir, vous entendez bien Agathe trois mois.

Agathe

Qu’est-ce qu’on va faire en attendant.

Le directeur

Je sais pas je suis comme vous complètement désorienté. Je vais appeler la préfecture. Les Mimosa bonjour, voilà  j’ai vingt morts dans ma pension et les pompes funèbres refusent de les prendre. Moi évidemment je peux pas les garder. Comment, je ne suis pas tout seul dans ce cas, oui et alors. Il faut trouver une solution d’urgence. Ah bon le gouvernement va prendre des mesures et on sera rapidement avisé. Bien. Mais vous savez que le gouvernement est aussi en congé. Ah faut attendre qu’il rentre. Bah oui bien sûr.

Agathe

Ils ont rien prévu évidemment.

Le directeur

Si ils ont prévu de procéder à une étude ensuite on sera informé.

Agathe

C’est ça, comme d’habitude.

Le directeur

Ça veut dire que c’est à nous de nous débrouiller. Alors on va se débrouiller ; Agathe vous allez aller à la poissonnerie centrale et vous allez leur demander si on peut louer une partie de leur frigo.

Agathe

Mais ce sera jamais assez grand.

Le directeur

Vous irez aussi à la boucherie, à la charcuterie et chez le marchand de glace. Un par ci, un par là on va bien finir par les caser provisoirement.

Agathe

Ils ne vont jamais accepter vos commerçants

Le directeur

Ils n’auront pas le choix. Moi je vais aviser la préfecture pour qu’ils me délivre un ordre de réquisition. C’est ça où je dépose mes morts dans la cour du préfet. Et si ça suffit pas on réquisitionnera les congélateurs des particuliers. Au lieu de bouffer des surgelés, les français vont se mettre au légume frais quelque temps, ça leur fera pas de mal.

Agathe

Et pour le transport ?

Le directeur

Je sais, pas Agathe. Ce qui est sûr c’est que ça m’étonnerait que le boucher ou le poissonnier vienne chercher la marchandise. En plus avec cette chaleur, on ne peut pas utiliser le camion de paille du Larzac.

Agathe

Non  faudrait un véhicule réfrigéré.

Le directeur

Vous savez bien qu’on n’en trouvera pas. Le poissonnier n’acceptera jamais qu’on utilise sa camionnette. Question d’image de marque. Marée et pompes funèbres ce n’est pas une enseigne très commerciale. Ah mais j’y pense, il aurait peut-être une solution et si on les congelait au départ.

Agathe

Les congeler ?

Le directeur

Oui, on les met un moment dans le congélateur des cuisines et quand il sont à température on peut les transporter en toute sécurité, en bon état de conservation.

Agathe

Ça m’étonnerait que le cuisinier apprécie beaucoup.

Le directeur

Le cuisinier je me charge de le convaincre.

Agathe

Monsieur le Directeur c’est horrible.

Le directeur

Oui je sais c’est horrible. Tout est horrible, c’est un retour à la société primitive, seuls ceux qui sont utiles survivent. Vous allez voir, on n’a pas encore touché le fond. Un jour la chasse aux vieux sera officiellement ouverte. A certaines périodes de l’année comme la bécasse.

Agathe

Vous voulez dire qu’on va les chasser à coup de fusil.

Le directeur

Ça se pourrait bien ; Qu’est que voyous voulez, le gibier est de plus en plus rare, alors un de ces jours le lobby des chasseurs va demander qu’il puisse chasser le vieux. Ils feront un lâcher de vieux la veille et le lendemain avec des chiens et des rabatteurs ils les abattront comme de vulgaires sangliers.

Agathe

Ah c’est horrifiant ce que vous dites, taisez vous je vous en supplie. Je ne vous crois pas.

Le directeur

Vous avez tort. Regardez, la chasse aux promeneurs est déjà ouverte, celle aux cueilleurs de champignon aussi. Ce n’est pas rare que chaque dimanche on en tue pas un ou deux. Maintenant c’est même ouvert tous les jours depuis qu’on a supprimé la journée sans chasse. Ça pèse politiquement les chasseurs, faut bien leur donner quelques satisfactions. C’est pas bon quand il n’y a pas plus de gibier, les chasseurs deviennent nerveux et parfois même ils n’ont pas d’autre solution que de tuer l’un d’entre eux pour ne pas renter bredouille. Ou bien ils tuent leur chien. Alors un vieux de temps en tant ce serait politiquement acceptable.

Agathe

Arrêtez de dire de telles horreurs.

Le directeur

Mais non c’est possible, tout est possible maintenant, on a pas encore touché le fond. Vous verrez un jour même la chasse aux chômeurs sera ouverte ; un chômeur comme gibier ce sera encore plus intéressant qu’un vieux.

Agathe

Et pourquoi plus intéressant ?

Le directeur

Parce que ça court plus vite. C’est plus long à tuer. A mon avis ce sera comme pour les faisans, il y aura des chômeurs sauvages qui se reproduiront dans la nature mais aussi des chômeurs d’élevage. Ceux qu’on lâchera juste avant le début de la battue. Faudra bien réguler le gibier en fonction de la situation de l’emploi.

Agathe

Ah non taisez-vous, taisez vous.

Le directeur

Vous avez raison autant ne pas imaginer l’avenir le présent est déjà suffisamment triste. Bon allez donc dire au cuisinier de venir un moment.

 

(Il regarde se papiers)

 

(Arrivée du cuisinier).

 

Vous m’avez appelé ?

Le directeur

Oui, j’ai apporté un changement dans le menu de demain. Vous allez me cuisiner un vieux en pot au feu.

Le cuisinier

Quoi ?

Le directeur

Vous m’avez bien entendu, demain vous faites cuire un vieux en pot au feu.

Le cuisinier

Un mort ou un vivant.

Le directeur

Un mort bien entendu ; c’est pas ce qui manque, j’en ai une vingtaine sur les bras.

Le cuisinier

Vous êtes devenu complètement fou.

Le directeur

Oui je suis en train de devenir fou parce que les morts s’entassent dans mon établissement et que personne n’en veut maintenant faut réserver trois mois à l’avance pour les obsèques. Alors dites-moi, je fais quoi ?

Le cuisinier

Ce que vous voulez mais moi je suis un professionnel du fourneau alors la cuisine des vieux, je connais pas. Si vous voulez les préparer en pot au feu vous le ferez vous-même.

Le directeur

C’est un ordre.

Le cuisinier

Non.

Le directeur

Alors écoutez, c’est ça ou vous acceptez que je les mette un moment dans le congélateur afin de les transporter ensuite en bon état.

Le cuisinier

Ça si vous voulez.

Le directeur

Voyez, un trouve toujours un compromis, c’est une question de dialogue.

 

(Scène 9)

 

Le directeur

Guevara, j’ai besoin de votre aide. Je vais vous demander un grand service.

Guevara

Si je peux et si ce n’est pas contraire à mes convictions.

Le directeur

Bon, vous  avez bien souhaité qu’on organise des obsèques pour nos décédés ?

Guevara

Bah oui c’est la moindre des choses.

 

 

 

Le directeur

Je suis d’accord, Seulement voilà ce ne seront pas vraies obsèques pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’on ne parvient pas à aviser les familles ; jusque là personne n’a réclamé le moindre corps.

Guevara

Ce n’est pas normal.

Le directeur

Oh si c’est normal, il y a d’abord ceux qui sont en vacances et qui veulent pas les interrompre.

Guevara

Les vacances ça devrait quand même passer après.

Le directeur

 Il y a ceux qui ont oublié qu’ils avaient un parent âgé. Ça aussi, c’est fréquent et il y a aussi les radins qui ne veulent pas à payer la facture pour un vieux qui leur est indifférent.  Ceux-là sont absents aux abonnés. Alors on laisse le soin à l’Etat de remplacer la famille.

Le directeur

Malheureusement l’Etat a beaucoup de chats à fouetter et en ce moment ne peut pas faire face à une telle catastrophe. Donc ce sera à nous de nous débrouiller.

Guevara

On va les enterrer sans personne, comme des chiens.

Le directeur

Non, justement, vous qui avez le sens de l’organisation, vous allez mobiliser quelques pensionnaires qui feront office de famille.

Guevara

Ça je veux bien.

Le directeur

Comme je vous l’ai dit ce ne seront pas des obsèques officielles mais provisoires. En plus il n’y a plus de place actuellement dans les cimentières de plus  les pompes funèbres sont surbookés.

Guevara

Ç’est vraiment égueulasse comme politique. Pire que tout ce qu’on pouvait imaginer.

Le directeur

Et oui mais le gouvernement est débordé, l’économie plonge, le chômage augmente, les impôts rentre moins bien et les rues sont pleines de mécontents. Sans compter la Corse qui fête le 14 juillet tous les jours, les feux de forêt ou encore les conséquences de la sécheresse. Qu’est-ce que vous voulez ce ne sont que des hommes.

Guevara

Oui mais des hommes politiques, alors s’ils ont été élus c’est pour prendre des responsabilités. Quelle incompétence et quel mépris des réalités sociales.

Le directeur

Mais non, mais non. Pour les vieux, ils ont prévu une grande politique qui consiste à promouvoir la solidarité des plus jeunes.

Guevara

Foutaise.

Le directeur

Je vous assure, on envisage de travailler un jour de plus dans l’année pour financer l’aide aux anciens.

Guevara

Ah bon ?

Le directeur

Oui et les français sont d’accord mais à condition que ce temps de solidarité soit réparti sur toute l’année. Ça devrait faire autour de 5 minutes par jour ;

Guevara

Vous croyez que ça va faire quelque chose ? Jamais les patrons n’accepteront de payer 5 minutes de travail en plus.

Le directeur

Ça c’est très probable. Mais on envisage aussi de supprimer une fête légale.

Guevara

Ah oui et lequel.

Le directeur

Ce n’est pas encore décidé.

Guevara

De toute manière ça changera rien non plus. Il y aura une journée de travail en plus et les salaires ne seront pas augmentés pour autant.

Le directeur

Effectivement mais les entreprise pourraient reverser à l’Etat l’équivalent du salaire de cette journée.

Guevara

Une sorte de nouvelle vignette pour les vieux.

Le directeur

En quelque sorte.

Guevara

Donc un impôt supplémentaire qui ira se perdre dans le trou du budget général et dont les vieux ne verront jamais la couleur.

Le directeur

C’est aussi possible. Il est évident que le plus efficace serait quand même de tenter d’insérer le maximum d’anciens dans leurs familles, enfin quand c’est possible et évidemment à condition que ça ne gêne pas trop le chien.

Guevara

Vous dites ça pour moi ?

Le directeur

Non, Guevara, je dis ça en général ? La France est le pays qui compte le plus d’animaux par foyer. C’est bien d’aimer les animaux, qui pourraient être contre ? Mais ce serait quand même bien également d’aimer aussi nos anciens.

Guevara

Ça évidemment, je suis bien placé pour le savoir.

Le directeur

Bon alors pour nos obsèques je dois vous préciser qu’elles se dérouleront de manière un peu particulière.

Guevara

Oui je comprends.

Le directeur

Ce n’est pas ce que vous croyez. Voilà j’ai reçu les ordres du gouvernement via la préfecture. Les cimetières sont débordés et il faut attendre plusieurs mois avant d’envisager une sépulture. On va donc les enterrer nous-mêmes provisoirement en espérant qu’un jour la famille organise des obsèques plus officielles.

Guevara

Bon mais si les cimetières sont plein, on va les mettre où ?

Le directeur

Le gouvernement a tout prévu, il faut faire un trou dans le jardin.

Guevara

C’est ce qu’ils ont dit, un trou dans le jardin ?

Le directeur

Oui et comme la France ne lésine pas sur les moyens, le ministère de la santé va nous fournir des pelles.

 

(Scène 10)

 

Agathe

Monsieur le Directeur, monsieur le Directeur !

Le directeur

Mais qu’est-ce qui se passe encore.

Agathe

C’est monsieur Guevara, il veut tuer le cuisinier.

Le directeur

Quoi ? Il recommence ses folies ?

Agathe

Oui il menace le cuisinier avec un couteau de cuisine.

Le directeur

Qu’est-ce qui lui prend ?

Agathe

Je sais pas mais les personnels et les pensionnaires sont complètement affolés.

Le directeur

Il doit bien avoir une raison.

Agathe

Vous savez quand il est en plein délire c’est difficile de comprendre ce qu’il raconte. Il me semble pourtant qu’il reprochait au cuisinier d’avoir supprimé le vin au repas d’hier soir.

Le directeur

Bon, dites lui que ce soir il aura son pinard et qu’il vienne ici pour qu’on règle cette affaire.

Agathe

Mais vous ne craignez pas qu’il vous menace vous aussi.

Le directeur

Ne vous inquiétez pas j’ai de quoi le calmer avec les instructions que je viens de recevoir du ministère.

Agathe

Des bonnes nouvelles ?

Le directeur

Non pas tellement mais je vous en parlerai. Allez me chercher l’excité

 

(Entrée de Guevara qui tient le cuisinier en otage)

Le directeur

Dites-donc Guevara, ce n’est pas bientôt fini ce cirque.

Guevara

Ce n’est pas du cirque mais une action révolutionnaire pour protester contre nos conditions de détention ; vous n’avez pas le droit de supprimer le pinard c’est une atteinte aux droits acquis.

Le directeur

Bon écoutez, ce soir il y aura exceptionnellement vin à volonté pour tout le monde. Mais autant vous prévenir, ça va pas durer.

 

 

Guevara

Ah non, si c’est encore une manœuvre patronale pour désamorcer le conflit, moi, je le saigne le marmiton.

Le directeur

Mais non c’est pas une manœuvre patronale comme vous dites, ce sont de nouvelles instructions du ministère et elles vont aller dans le sens que vous donnez ici à votre présence.

Guevara

Ah bon ?

Le directeur

Oui, tout à fait. Mais je vous en donnerai lecture que si vous consentez à lâcher ce pauvre cuisinier qui n’a fait qu’appliquer mes propres ordres.

Guevara

Bon d’accord, alors c’est quoi vos nouvelles instructions, la suppression du pinard à midi aussi ?

Le directeur

Oh non c’est bien plus grave. Vous feriez mieux de vous asseoir pour éviter un choc trop violent. Voilà, je vous avais dit que le gouvernement, avait mis à l’étude une nouvelle politique à l’égard des vieux.

Guevara

Oui l’histoire de la suppression d’une fête légale.

Le directeur

Cette fois c’est de bien d’autre chose dont il s’agit.  D’abord les pensions sont désormais rattachées au ministère de l’intérieur.

Guevara

Et alors ça change quoi ?

Le directeur

Tout. En fait comme il n’y a que le ministre de l’intérieur qui semble régler les problèmes en France, on a décidé en haut lieu de lui refiler les vieux.

Guevara

Je ne vois pas la différence.

Le directeur

Elle est pourtant de taille en effet comme il fallait s’y attendre il n’y aura pas de nouveaux crédits pour les maisons de retraite, au contraire il faudra gérer avec moins de subventions. Comme il faut quand même que l’opinion publique ait l’impression que les choses ont bougé on va donc transformer les maisons de retraites en centres de détention gériatriques

Guevara

Ils veulent faire de nous des taulards.

Le directeur

C’est bien ainsi que vous vous considériez ? Alors maintenant vous serez de vrais détenus et nous de vrais matons. Et ce n’est pas fini, comme les moyens financiers vont diminuer, on devra supprimer du personnel et les tâches seront réparties entre les pensionnaires comme en prison. Evidemment le régime disciplinaire va changer aussi ; Les visites par exemple auront lieu au parloir sur mon autorisation expresse et après fouille des détenus comme des visiteurs.

Guevara

Mais c’est inimaginable.

Le directeur

Inimaginable mais pourtant bien réel. Le gouvernement a très mal apprécié que les vieux  fassent autant de bruits en mourrant cet été pendant que les ministres étaient en vacances. Ils ne veulent plus que cela se reproduise.

 

Guevara

Pourtant on ne peut écarter l’hypothèse d’une éventuelle nouvelle canicule ou autre catastrophe du même type.

Le directeur

Evidemment mais personne ne le saura, ni les familles, ni les journalistes.

Guevara

Si il y a des morts, il faudra quand même bien prévenir quelqu’un.

Le directeur

Non pas si on dépasse notre quota.

Guevara

Un quota ?

Le directeur

Oui un quota ; chaque centre de détention gériatrique aura droit à un contingent de morts pas mois, si on le dépasse, il faudra congeler les corps et étaler les funérailles dans l’année.  S’il y a trop de morts congelés au cours de la même année dans un centre, on les transfère dans un autre.

Guevara

Les français vont quand même accepter qu’on traite ainsi les vieux,

Le directeur

Oh les français ils s’en foutent, ils souhaitent comme le gouvernement qu’on entende plus parler du problème ; évidemment le gouvernement va mettre de la sauce autour du projet en faisant croire qu’il s’agit de réinsérer les vieux par le biais d’activités pédagogiques ; En plus la plupart seront très contents que le droit de visite soit restreint, ça leur évitera une corvée.

Guevara

Il faut tout de suite organiser une réplique à la hauteur de l’enjeu.

Le directeur

Ah oui et quoi.

Guevara

Je sais pas, moi, un grève de la faim par exemple.

Le directeur

Bonne idée comme ça, ça va vous entraîner pour vous habituer au nouveau menu qui autant vous le dire sera plus spartiate. Quant au pinard n’en parlons plus. Uniquement de la bière sans alcool et aux frais des détenus.

Guevara

La cantine comme en taule.

Le directeur

Et oui, pareil pour le tabac, le savon, le dentifrice et autres bricoles. Par contre j’ai quand même une bonne nouvelle à vous annoncer.

Guevara

Je voudrais bien savoir laquelle.

Le directeur

Et bien à partir de cet instant je vous nomme chef cuistot car je n’ai plus les moyens de payer le cuisinier.

Guevara

Ah ça pas question.

Le directeur

Très bien alors j’applique le nouveau règlement refus de remplir un ordre de mission, un mois de mitard au pain sec et à l’eau évidemment.

Guevara

Mais je vais vous casser la gueule.

Le directeur

Menace de mort sur le personnel de détention, deux mois de mitard.

Guevara

Fumier de maton.

Le directeur

Insultes réitérées à l’égard du personnel de direction du centre carcéral, 6 mois de mitard.

Guevara

Bon.

Le directeur

Vous voulez ajouter quelque chose ?

Guevara

Non, j’ai pas l’intention de mourir au mitard.

Le directeur

Ah vous voyez, vous devenez raisonnable. Allez acceptez ma proposition et j’efface tout.

Guevara

Bon, c’est d’accord.

Le directeur

Comment, je n’ai pas entendu .

Guevara

C’est d’accord.

Le directeur

Et bien voilà avec de l’enthousiasme en plus ; Vous devriez vous réjouir Guevara, pour vous c’est la lutte de classes qui recommence. Avouez que c’était inespéré dans le cadre feutré de nos anciennes maisons de retraites. Finalement un peu d’ambiance fera du bien à tout le monde. Y compris à moi, je commençais à m’ennuyer chez les vieux.

Guevara

Salaud ?

Le directeur

Pardon ?

Guevara

Non, je demandais seulemenet su on fera les patates à l’eau pour midi.

Le directeur

Ah bon j’aime mieux ça.

 

( Scène 11)

Le directeur

Ah c’est vous Agathe, entrez.

Agathe

Monsieur le Directeur, j’ai décidé de partir.

Le directeur

Bon si vous êtes fatiguée, je vous autorise à rentrer chez vous.

Agathe

Vous ne me comprenez pas monsieur le Directeur, je pars, définitivement.

Agathe

Et pourquoi ?

Agathe

Pourquoi ? Parce je ne supporte plus qu’on traite nos vieux comme des délinquants. Qu’on les maltraite, qu’on les humilie. Désolée, monsieur le Directeur, mais c’est au dessus de mes forces de m’occuper des vieux dans ces conditions.

 

Le directeur

Très bien alors vous allez vous occuper des jeunes.

Agathe

Des jeunes ? Quels jeunes ?

Le directeur

Ceux qu’on va recevoir dès demain. Une cinquantaine qui viennent tout droit de Fleury Mérogis. Maintenant que nous dépendons du ministère de l’intérieur, il a été décidé d’organiser des transferts de populations entre les différents établissements pénitentiaires. Pour faire baisser les chiffres du chômage, on incarcère de plus en plus de jeunes. C’est toujours autant en moins sur les listes de l’ANPE. Alors forcément les prisons débordent et Fleury est complètement dépassé par le nombre.

Agathe

Mais qu’est ce qu’ils vont faire les jeunes ici ?

Le directeur

Comme les vieux, ils vont se réinsérer socialement par le biais d’activités pédagogiques.

Agathe

Je voudrais bien savoir lesquelles.

Le directeur

Moi aussi mais ce sont les ordres. Ne vous tourmentez pas l’activité pédagogique se bornera sans doute à quelques corvées obligatoires. Le ministère pense que le brassage des générations sera de nature à favoriser une meilleure compréhension des uns et des autres.

Agathe

Et vous croyez ça.

Le directeur

Oh moi, il y a longtemps que je crois plus à rien ; j’obéis, c’est tout et j’attends avec la plus grande impatience l’heure de la retraite.

Agathe

Et il vous reste combien à faire.

Le directeur

 Normalement, c’est cinq ans mais maintenant, pour avoir une retraite pleine il faut que j’aille jusqu’à 75 ans. Ça fait encore vingans à tirer. C’est pas sûr que j’aille jusqu’au bout. Enfin c’est comme ça, c’est ce que le gouvernement appelle des réformes structurelles. Bon revenons à nos moutons, je veux dire à nos jeunes, vous êtes d’accord pour vous occuper de nos sauvageons ?

Agathe

Je veux bien essayer mais c’est uniquement pour vous faire plaisir. Vous savez toute l’affection que je vous porte.

Le directeur

Je sais, je sais Agathe, mais je vous déjà dis que j’étais marié. Si vous êtes en mal d’affection vous allez être servi par les gamins. Parmi eux, il y a pas mal de chauds lapins.

Agathe

Oh, monsieur le Directeur, vous n’y pensez pas.

Le directeur

Moi, non mais eux, si. Jusque là vous risquiez au pire de vous faire pincer les fesses par un vieux qui ne se souvient même plus pourquoi il fait ça mais là attendez vous à quelque chose de plus hard.

Agathe

Et vous comptez les mettre ou ? Vous savez que toutes nos chambres sont déjà occupées.

Le directeur

Faudra serrer les vieux. On en mettra quatre par cellule, pareil pour les jeunes.

Agathe

Tout cela est vraiment indigne surtout pour nos anciens. Je n’approuve pas le sort réservé aux jeunes délinquants mais nos vieux, eux n’ont rien fait, strictement rien.

Le directeur

Oh si, ils encombrent la société, coûtent de l’argent au contribuable et sont complètement improductifs, des inutiles quoi.

Agathe

Comment peut-on admettre ça. Nous revenons en pleine sauvagerie.

Le directeur

Détrompez vous les sauvages comme vous dites n’ont jamais méprisé les anciens, au contraire on leur confère toujours un  statut particulier dans la famille et dans le village. Vous avez déjà été en Afrique ?

Agathe

Oui une fois ou deux avec le Club Med.

Le directeur

Bon évidemment vous n’avez rien vu à part le sable, les cocotiers et la mer. Sachez Agathe qu’aucune famille africaine n’aurait la cruauté d’abandonner un ancien. On le respecte et bien souvent c’est lui qui a le dernier mot quand les palabres tournent au vinaigre. Ils sont considérés comme des personnes très respectables, des sortes de sages et jouissent donc de tous les privilèges liés à ce statut particulier.

Agathe

Ils n’ont peut-être pas de maison de retraites.

Le directeur

Et avec quoi les paieraient-ils. Non il n’y a pas de parc à vieux ; la famille a gardé tout son sens et la solidarité est une valeur inaliénable.

Agathe

Oui mais c’est parce que ce sont des pays sous-développés.

Le directeur

Ah parce que vous croyez que c’est le développement de parquer les vieux d’un coté, les SDF dans un autre et les sauvageons dans un troisième ? Avant de vouloir  imposer notre mode de développement, on ferait mieux d’y réfléchir à deux fois ; Arrêtons de nous  gargariser avec nos concepts de progrès.

Agathe

Je vous trouve bien sévère à l’égard de notre société, il y a quand même des choses positives.

Le directeur

Ah oui quoi par exemple ?

Agathe

Le progrès matériel en général.

Le directeur

Lequel ?

Agathe

Bah je sais pas la télé, la voiture,  les vacances, tout ça quoi.

Le directeur

Ah oui la télé poubelle ça c’est un vrai progrès, ça c’est sûr ; C’est comme la voiture qui permet de passer plusieurs heures par jour dans les bouchons et de polluer un peu plus notre atmosphère ; Quant aux vacances, c’est l’occasion d’aller s’empiler sur des plages aussi encombrées que le métro à 18 heures. Drôle de progrès en vérité.

Agathe

Mais je ne pensais pas que vous étiez désabusé à ce point, vous ne nous feriez pas une petite déprime par hasard ?

Le directeur

Oui, peut-être je ne sais pas. Mais j’ai de la peine à suivre toutes ces évolutions. Mais comme je dirige cette boite, je suis bien obligé de faire semblant de croire à leur bien-fondé.

Agathe

Monsieur le Directeur, je vous admire.

Le directeur

Il n’y a vraiment pas de quoi parce moi parfois je me dégoûte. Vous ne connaissez pas la dernière, la préfecture m’a pratiquement imposé d’être membre fondateur de la SPV.

Agathe

La SPV, c’est quoi ?

Le directeur

La société de protection des vieux. Une idée du ministère de l’intérieur pour amuser l’opinion.

Agathe

Elle va faire quoi cette SPV. ?

Le directeur

Pas grand chose sans doute ; Ah si une grande campagne publicitaire sur le thème adopter un vieux, c’est pas plus cher qu’un chien et c’est beaucoup plus propre.

Agathe

Ils vont quand même pas faire ça ?

Le directeur

Mais si mais si. Il y aura même une émission spéciale à la télé pour lancer l’opération. Avec présence du ministre évidemment. On parle même d’organiser une sorte de loft des vieux. On en lâcherait une dizaine sur une île déserte  avec jusque ce qu’il faut pour survivre, le tout filmé en permanence évidemment.

Agathe

Je ne vois pas l’intérêt que cela pourrait susciter ?

Le directeur

Vous pensez aux histoires de fesses évidemment.

Agathe

Bah oui.

Le directeur

Non rassurez vous le « concept » comme ils disent pour qualifier leur télé poubelle reposera sur un suspense encore plus odieux. Il s’agira de savoir qui va êter bouffé pour que les autres ne meurent pas. Et les téléspectateurs pourront voter bien entendu. On s’attend à que audience inégalée jusque là et il y a déjà de nombreux annonceurs pour passer leur pub pendant l’émission.

Agathe

Ça risque de ne pas êter très bon pour leur image.

Le directeur

Détrompez vous, il s’agit notamment des pompes funèbres, des fabricants de cercueils, des marchands de pierres tombales. Des marchés en pleine croissance depuis plusieurs mois et qui va croître de 10% par an avec le vieillissement de la population.

Agathe

Mais tout cela est ignoble, absolument ignoble.

Le directeur

Mais non, mais non, si on donne un caractère festif à tout ça les français vont adorer. Tenez une dernière information,  j’oubliai de vous dire que demain le sous-secrétaire d’Etat aux personnes âgées viendra visiter notre établissement. Une visite sur le terrain.

Agathe

Et pourquoi nous ?

Le directeur

Parce que paraît-il nous sommes un établissement modèle, c’est dire dans quel état sont les autres.

Agathe

On va lui montrer les conditions scandaleuses que vivent nos pauvres pensionnaires.

Le directeur

Non surtout pas, il y aura la télé. Les ordres sont clairs ne montrer que le positif, illustrer le changement impulsé par le gouvernement.

Agathe

Bah alors, on peut rien montrer.

Le directeur

Ah Agathe, soyez un peu positive. C’est sûr qu’on ne va pas montrer les chambres.

Agathe

Mais quoi alors ?

Le directeur

Je ne sais pas les cuisines par exemple. Et comme il veut voir un vieux en bonne forme, il pourra serrer la main à Guevara. Le ministre arrivera à 10 heures, soyez à l’heure.

Agathe

Bien monsieur le Directeur

 

(Scène 12)

 

Le directeur

Alors Agathe tout se passe bien ? Tout est prêt ?

Agathe

C’est la catastrophe monsieur le Directeur.

Le directeur

Comment vous n’avez pas suivi mes instructions ?

Agathe

Si monsieur le Directeur mais le ministre est déjà, là.

Le directeur

Déjà là mais il ne devait arriver qu’à 10 heures.

Agathe

Il est venu avec deux heures d’avance pour éviter une manifestation d’agriculteurs.

Le directeur

Mai il est où en ce moment ?

Agathe

Dans le congélateur.

Le directeur

Quoi qu’est que vous racontez ?

Agathe

Il est dans le congélateur, Guevara l’a enfermé.

Le directeur

Mais comment ça s’est produit ?

Agathe

Au début Guevara s’est montré très affable, il a fait visité la cuisine, toutes ses installations ; ensuite il a insisté sur le caractère sanitaire de ses préparations culinaires et pour le prouve,il a demandé au ministre de vérifier la température du congélateur. Là-dessus il a brusquement fermé la porte et l’a cadenassé.

 

Le directeur

Mais il est fou, vous vous rendez compte ? Et l’entourage du ministre n’a pas régi ?

Agathe

Il est venu seul, sa visite devait être  très discrète pour ne pas attirer l’attention des manifestants.

Le directeur

Allez me chercher Guevara et vite.

Agathe

Il est là monsieur le Directeur, il attendait votre arrivée pour négocier comme il dit.

Le directeur

Faites-le enter.

Le directeur

Guevara, vous êtes devenu complètement cinglé. Je vous ordonne de décongeler immédiatement le ministre.

Guevara

Pas question ; Il voulait connaître la condition des vieux alors il faut qu’il fasse le parcours complet.

Le directeur

Guevara, si vous n’obéissez pas, j’appelle la police et je vous fais interner pour le restant de vos jours.

Guevara

C’est déjà fait monsieur le Directeur.

Le directeur

Guevara n’abusez pas de ma patience ; si vous refusez j’appelle le groupe d’intervention anti-terroriste. Et c’est pas des tendres croyez moi. Votre carrière de gauchiste pourrait bien s’arrêter là.

Guevara

Et vous me donnez quoi en échange ?

Le directeur

Quoi ?

Guevara

Oui, je lâche le séquestré mais il me faut une compensation.

Le directeur

Mais quelle compensation à la fin ?

Guevara

Le rétablissement du vin midi et soir.

Le directeur

Encore mais c’est une obsession chez vous ; Bon D’accord, c’est d’accord ; allez maintenant libérez le ministre la télévision va arriver.

Guevara

Il faut le temps qu’il décongèle.

Le directeur

Et ça va demander combien,

Guevara

Normalement au moins 4 heures et encore parce qu’il est pas resté trop longtemps.

Le directeur

Mais c’est pas possible la télévision va arriver.

Guevara

Alors je ne vois qu’une solution, le  bain marie. Pour la tête ça devrait aller mais le reste ce sera plus long.

Le directeur

C’est pas grave on demandera à la télé de cadrer la tête. Allez le chercher Guevara. Vous vous rendez compte Agathe me faire ça à moi en fin de carrière. Si je ne suis pas muté en Nouvelle Calédonie, j’aurai bien de la chance.

Agathe

Monsieur le Directeur, avouez qu’une visite du ministre en ce moment c’est une véritable provocation.

Le directeur

Ce n’est pas une raison pour le refroidir.

Agathe

Voilà le ministre.

Le directeur

Monsieur le Ministre, mes respects.

Le ministre

Atchoum.

Le directeur

Oui je sais monsieur le ministre la climatisation marche très mal et on attrape vote un rhume ici.

Le ministre

Atchoum.

Le directeur

Vous voulez un petit whisky pour vous remonter monsieur le Ministre avec ou sans glaçon.

Le ministre

Non surtout pas de glaçons

Le directeur

Ah oui c’est vrai.

Le ministre

On a voulu m’assassiner.

Le directeur

Vous assassiner, vous plaisantez monsieur le Ministre.

Le ministre

Si on m’a enfermé pendant plus d’une heure dans le congélateur.

Le directeur

Mais ce n’est pas possible, c’est une méprise.

Le ministre

Non un acte délibéré de cet individu.

Le directeur

Monsieur Guevara ? Je ne puis y croire monsieur le Ministre. C’est notre cuisinier.

Le ministre

Un terroriste. Ah ça ne va pas se passer comme ça, je vais tout raconter à la télé. Atchoum.

Guevara

A vos souhaits monsieur le ministre.

Le ministre

Et ça va vous coûter cher, très cher. Ah oui je vais dire en public que vous avez voulu me congeler.

Guevara

Vous allez sans doute dire que pendant votre séjour vous avez aussi vu des vieux congelés qui attendent leurs obsèques pour ne pas perturber vos statistiques.

 

 

Le ministre

Vous êtes fou ou quoi vous voulez briser ma carrière.

Guevara

Pourtant vous les avez bien vu.

Le ministre

Evidemment.

Guevara

Alors si on parle des congelés on parle de tous ou pas du tout et si vous ne le faites pas c’est moi qui vais le faire. Ce sera d’autant plus facile que c’est moi qui dois vous serrer la main et bavarder avec vous.

Le ministre

Ah non pas lui.

Le directeur

C’est le seul qui soit présentable les autres sont tous grabataires ou dans un très mauvais état ; ce serait pas bon pour votre image qu’on voit des vieux aussi mal en point.

Le ministre

Bon d’accord j’oublie tout, le congélateur et le terroriste mais qu’on en finisse avec ce cauchemar. Bon la télé vous êtes prêt.

Un journaliste

On est prêt, on tourne.

 

« Ici la charmante pension des Mimosas où près de 200 personnes âgées coulent des jours heureux. Une pension modèle en quelque sorte. Le ministre de la santé s’est rendu sur place pour vérifier les effets de la nouvelle politique du gouvernement. »

Un journaliste

Coupez maintenant on va faire des plans serré alternativement sur la tête du ministre et sur la tête du vieux. Bon pépé, le ministre va vous demander si votre séjour se passe bien ici et vous répondez que tout va pour le mieux. Ensuite, il vous demandera si vous avez souffert de la chaleur et vous répondrez qu’aux Mimosas, tout a été fait pour éviter les conséquences de la canicule. T’as compris pépé ?

Guevara

Evidemment pas la peine de me parler comme si j’étais débile.

Un journaliste

Très bien alors on tourne.

Le ministre

Alors mon brave, on est content d’être ici, la soupe est bonne ?

Guevara

Hein, ah oui les jours sont plus longs maintenant.

Le ministre

Non, je dis vous êtes content ?

Guevara

Ah oui il fait beau temps, c’est même un peu chaud.

Le ministre

Justement vous supportez bien la chaleur ?

Guevara

Oui monsieur le curé, heureusement il y des endroits frais pour se reposer.

Le ministre

C’est bien ça et où ?

Guevara

Vous le savez bien, Monsieur le Ministre, dans le congélateur.

Le ministre

Coupez

Le directeur

Guevara, vous aviez promis de vous tenir tranquille, cette fois c’est 6 mois de mitard, salopard.

Guevara

Je vous emmerde tous, vous, le ministre. C’est la lutte finale, groupons-nous et demain, l’internationale ……….

Le ministre

Coupez, mais coupez

Guevara

L’internationale…..

 

 

Je ne  regrette rien

Non ! Rien de rien
Non ! Je ne regrette rien
Ni le bien qu’on m’a fait
Ni le mal tout ça m’est bien égal !

Non ! Rien de rien
Non ! Je ne regrette rien
C’est payé, balayé, oublié
Je me fous du passé !

Avec mes souvenirs
J’ai allumé le feu
Mes chagrins, mes plaisirs
Je n’ai plus besoin d’eux !

Balayées les amours
Et tous leurs trémolos
Balayés pour toujours
Je repars à zéro

Non ! Rien de rien
Non ! Je ne regrette rien
Ni le bien, qu’on m’a fait
Ni le mal, tout ça m’est bien égal !

Non ! Rien de rien
Non ! Je ne regrette rien
Car ma vie, car mes joies
Aujourd’hui, ça commence avec toi !

 

1
nov 2014
Posté dans Non classé par gbessay à 8:16 | Pas de réponses »

J’ai decouvert dans ton regard

Image de prévisualisation YouTube

 

Regard bavard

 

J’ai découvert dans ton regard

Des raisons qui me font douter

Pourquoi tes yeux sont si bavards

Et pourquoi donc m’interroger

 

Absence pire que la parole

Qui traduit ton indifférence

Car tu me refuses l’obole

Du faux semblant de ta présence

 

Je redoute ta transparence

Ce vide que tu ne combles plus

Pas l’ombre même d’une apparence

Dans ton rejet, rien de confus

 

J’aimerai tant que tu me dises

Les raisons de cette froideur

Je préfère que tu me méprises

Ton mutisme est trop destructeur

 

Mais je crains tout autant les mots

Qui pourraient signifier la fin

Et  je refuse les propos

Qui sépareraient nos destins

 

J’ai donc choisi l’incertitude

En cultivant l’ambigüité

Ainsi,  je fuis la solitude

Tes yeux sont ma perplexité

 

1
nov 2014

 

S’il suffit d’une plainte

S’il suffit d’une plainte pour que naisse une larme

Sil suffit dune violon pour que les cœurs s’entrouvrent

Il faut que l’on écoute que nos sens en alarme

Sachent enfin s’émouvoir quand la rose se découvre

 

Que les larmes soient bleues quand coule une cantate

Et que telle une feuille portée par le courant

On se laisse partir sur les vagues délicates

Du ruisseau  qui soulève des sentiments mouvants

 

Que les larmes soient roses quand part du fond des bois

Le chant d’un rossignol qui célèbre l’hymen

De l’homme retrouvé et sa nouvelle foi

Vêtue  d’un très grand voile couleur de cyclamen

 

Que les larmes soient rouges quand passent les bourreaux

Et que les corps d’enfants revêtus d’uniformes

S’allongent dans les champs recouverts de drapeaux

Pour leurs dernières nuits les jeunes corps s’endorment

 

Que les larmes soient noires quand passent les bourreaux

Et que la peur de l’autre fait naître l’injustice

Que ces larmes débordent pour noyer la démence

Des faiseurs d’assassins et des pulsions complices

 

Sil suffit d’une plainte pour que naisse une larme

Sil faut un adagio pour réveiller l’enfant

Que coule le grand fleuve et qu’on prenne ces armes

Pour combattre l’ignoble que l’orchestre soit grand

21
oct 2014
Posté dans Non classé par gbessay à 12:19 | Pas de réponses »

 

Hiver tropique

Quand le ciel est trop gris, quand le temps est trop triste

J’ai des envies d’Afrique, de rivages alanguis

Quand le ciel est trop gris, que le temps est trop triste

Je rêve d’iles  tièdes et de plages fleuries

 

Dans un monde grisaille, dans un monde glacé

Les visages blafards témoignent de l’ennui

Dans un monde grisaille, dans un monde glacé

Le jour a des couleurs qui ressemblent à la nuit

 

Quand le ciel est trop gris, quand le temps est trop triste

J’ai des envies d’ailleurs, des envies exotiques

Quand le ciel est trop gris, quand le temps est trop triste

Je rêve d’un  hiver aux couleurs des tropiques

 

 

Quand les hommes s’enveloppent dans leurs pelures d’hiver

Qu’ils vont se réfugier dans leurs terriers chauffés

Ils sont comme prisonniers de cette souricière

Cette affreuse saison qui tient paralysé

 

J’imagine déjà le ciel des Caraïbes

La langueur qui s’installe, la grâce de la nuit

J’imagine ces corps au soleil qui s’exhibent

Et  la mer amoureuse dont la douceur séduit

123456

ZEF - un souffle d'air... |
Lovelymusics |
2013violon |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Passion2
| Thesoundofsilence
| radyo dinle