TAM

Un site utilisant unblog.fr

5
nov 2014
Macron dit Jean Edouard 1er
Posté dans Non classé par gbessay à 6:44 | Pas de réponses »

Macron dit Jean Edouard 1er

 

 

 

 

 

 

 

Comédie

Une satyre à peine théâtralisée de la gouvernance macronienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gaston René Bessay                                 juin 2019

 

 

Jean Edouard 1er

 

(Jean Edouard et sa mère)

 

-Jean Édouard, vous n’avez pas encore  terminé vos devoirs ?

- Si, mère, je suis en train d’écrire une lettre,….une lettre officielle

–une lettre officielle mais à qui grand Dieu ?

-au Père Noël

- quand allez-vous donc cesser d’écrire au Père Noël. À 16 ans, il serait bon que vous cessiez ce type de correspondance. De toute manière, vous n’ignorez que  vous serez comblé cette année, comme les précédentes. Que souhaiteriez-vous donc comme cadeau ?

-Je voudrais être président de la république.

- Vous déraisonnez, Jean Édouard. En plus, à votre âge !

- Justement je serai ainsi le premier monarque aussi jeune.

–Jusque-là,  j’ai satisfait la quasi-totalité de vos caprices mais cette fois-ci,  votre demande dépasse l’entendement.

–Je le veux, je le veux, je le veux  (il se met à crier comme un dément)

–je vous en supplie cesser de pleurer et venez essuyer vos larmes dans les bras de maman.

–Je veux une couronne de monarque pour Noël

-Mais oui, mais oui, mon petit,  mais pour Noël ce sera peut-être un peu juste. En outre, il faut que vous compreniez que la monarchie a été abolie et qu’aujourd’hui le, le seul monarque  républicain toléré est le président de la république.

–Peu m’importe ;  l’essentiel est que je sois ce monarque.

–Pour ce Noël, c’est trop tôt.  Les élections présidentielles n’auront lieu que l’année prochaine,  en mai.

-Mère, s’il le faut,  j’attendrai jusqu’en mai.

-Même en mai, Jean Édouard, le délai paraît particulièrement court mais avec nos relations, nous pourrons sans doute réduire de manière substantielle le temps  de cette procédure.

-Ah  mère, il faut que je vous embrasse.

- Comment pourrais-je ne pas satisfaire votre requête mon enfant. Vous êtes si doux, si beau, si intelligent.

- Dites-moi mère ce que je dois écrire exactement au Père Noël.

-Jean Édouard, il ne s’agit dans cette affaire de père Noël mais de stratégie pour parvenir au pouvoir suprême. Pour cela, il vous faudra d’abord une lettre de recommandation auprès du prince républicain qui nous gouverne. Nous solliciterons auprès de lui qu’il vous prenne comme secrétaire. Il ne pourra pas refuser ; il est comme nous,  de noblesse d’État ….et d’affaires

- Et après, il me nommera président de la république ?

- Jean Édouard vous allez un peu vite en besogne. La démarche est  plus complexe que vous ne le pensez.

- Je ne comprends rien à ces contraintes, mère. Je vous en supplie dites m’en davantage.

- Et bien mon enfant,  d’abord il, vous faudra un parti politique.

- Qu’à cela ne tienne nous en achèterons un.

- Mais Jean Édouard les partis s ne s’achètent pas, enfin ….pas directement.  Vous devrez donc monter une sorte de groupement d’amis qui vous supportent et qui répandent dans le pays le même discours que vous. Une sorte de groupement de partisans.

- Comme un club de supporters alors ?

- Oui, exactement avec des maillots au nom de votre parti et qui applaudiront dès que le chauffeur de salle leur  en aura intimé l’ordre.

- Pourquoi ne pas acheter le club des supporters de Paris Saint-Germain ? Le groupe existe déjà. Il y a des partisans à Paris bien sûr mais aussi dans toute la France et même à l’étranger

-Jean Édouard, il faut que vous compreniez que le football et la politique sont deux spectacles différents. En outre, il vous faut absolument donner l’impression de créer un club de supporters tout à fait nouveau,  porteur d’espérance, de changement et de transparence.

- Tout cela est-il bien nécessaire ?

- C’est même indispensable, au moins pendant la période électorale. L’espérance est en quelque sorte l’opium qui fait croire à un nouvel Éden. Le changement est un exercice obligé car chaque électeur souhaite modifier son positionnement à son profit. En bougeant et en s’agitant,  on donne l’impression de disposer de l’énergie pour cette transformation.

- Et pourquoi la transparence mère ?  Le pouvoir pour être efficace n’existe-t-il pas une certaine opacité ?

- Il ne s’agit pas là de transparence à proprement dit mais d’une promesse de  transparence… relative et de toute façon qui ne dure que le temps d’une campagne.

- Bien mère, je crois avoir compris votre discours de la méthode. Je vais donc, de ce pas, annoncer ma candidature comme prochain monarque républicain.

- Surtout pas,  Jean Édouard. Il vous faudra vous déclarer le plus tard possible et même affirmer avec netteté et autorité que vous n’êtes pas  candidat.  Si par hasard on vous  interroge sur le sujet,  vous devrez cacher le plus longtemps possible votre ambition d’autant qu’il vous faudra franchir un obstacle de taille.

- Mais lequel ne m’avez-vous pas  tout  dit ?

- Si, mais il reste cependant à connaître les volontés du monarque actuel. Ce dernier est largement discrédité dans l’opinion du bas peuple mais il pourrait bien se laisser tenter par une nouvelle candidature. Ce sera donc à vous de trouver les moyens de l’évincer.

- Mais comment faire ?

- Soyez tout simplement son ami, son meilleur ami même afin qu’il ne puisse soupçonner à aucun instant l’ambition qui vous habite. Il suffira le moment venu de le tuer politiquement

- Avec violence ?

- Surtout pas avec au contraire avec affection beaucoup d’affection ; celle qui étouffe et qui prive d’oxygène celui qui s’honore de votre amitié. Serrez-le dans vos bras jusqu’à l’étouffement ; Il  faut  le séduire, l’endormir le flatter et tuer chez lui toute lucidité à propos de vos intentions.

- Mère cette fois,  je crois bien avoir tout compris. Je vais, de ce pas, modifier ma lettre au Père Noël.

- Jean Édouard autant vous le dire aujourd’hui :  le Père Noël n’existe pas et il ne peut intervenir dans cette affaire.

- Mais alors mon souhait ! Que devient mon souhait de devenir président de la république

- Vous aurez votre  cadeau mon petit, je m’y engage.

- Ah mère que  je vous aime.

- Oui, je le sais mon petit, viens là sucer le lait maternel qui a permis de faire ce que tu es aujourd’hui et surtout ce que tu seras demain.

 

(Il suce le sein de sa mère)

-      Glouglou, c’est bon !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Scène 2)

c

 

-Que se passet-il ? J’ai entendu le petit crier ; Encore une  crise d’épilepsie ?

-Du tout mon ami, une petite contrariété, sans plus.

-Ecoutez,  je vous l’ai déjà dit, cet enfant est trop gâté. En outre, il serait temps de lui en lever ces couches culottes ridicules. A16 ans quand même !

-Mais Pierre Guillaume, vous savez bien qu’il éprouve de la réticence  à aller aux toilettes. Le pot assure une sorte de transition pédagogique entre son statut d’enfant et celui d’homme mature. !

-Ah ce pot !  C’est dune indécence, surtout en présence d’étrangers.

-Rassurez-vous, il a décidé de devenir adulte.

-Ah bon ! Et depuis quand ?

-Depuis qu’il a écrit sa lettre au Père Noël.

-À parce qu’il écrit encore des lettres au Père Noël ?

-Ce sera  la dernière. Je l’ai même dissuadé de l’envoyer cette année. Il faut que je vous dise, il a pris une grande décision

-Je préfère m’asseoir, je vous écoute.

-Voilà, il veut être président de la république.

-À son âge, c’est insensé ; on n’a jamais connu un président de 16 ans. Pardonnez-moi mais il fait encore usage de son pot, porte des couches-culottes et il ambitionne d’être président ?

-Plus que cela : monarque. Monarque….. Républicain bien sûr puisque les conventions démocratiques l’imposent.

-Ma chère,  je crois bien avoir bien fait de m’être  assis car votre nouvelle me désarçonne complètement. D’après vous, quelle chance peut-il avoir d’être président à 16 ans ?

-Mon ami, je vous le concède, normalement aucune mais nous ferons en sorte de dissimuler son âge et finalement de l’installer dans la posture du futur roi de France.

-Roi de France ?

-Non, évidemment pas au début car il sera bien contraint de se soumettre aux formalités démocratiques mais plus tard grâce à un changement constitutionnel, il sera toujours temps de jeter aux orties ces formalités coûteuses et surtout superflues

-Je voudrais bien savoir comment vous comptez vous y prendre pour changer le statut de votre fils. En clair, comment passer de sa situation de petit prince gâté, pourri de cette maison à celui de monarque républicain.

-D’abord, je vais l’introduire à la cour du monarque actuel et en faire le secrétaire particulier du président.

-Ne pensez-vous pas qu’il conviendrait en premier de lui acheter des pantalons et de lui ordonner  d’abandonner ses culottes courtes désuètes.

-Cela va sans dire et pour répondre à votre principale objection, nous devrons dissimuler son âge à fin qu’il donne  l’impression d’être un homme mature.

-Lui imposer le pantalon  ne suffira pas,  il faudra aussi supprimer ses couches-culottes.

-Bien entendu, Pierre Guillaume.

-Et lui faire abandonner aussi cette insupportable manie de sucer en permanence cette sucette en caoutchouc.

-Bien sûr, bien sûr, Pierre Guillaume mais ne vous attardez pas à ces petit s détails. J’entends bien les régler

-Et le pot ?

-Quel pot ?

-Marie Aude je vous parle du pot qui doit l’accompagner dans chaque pièce. Vous l’imaginez à l’Élysée avec son pot ?

-Cessons cela je vous prie. Je vous dis que je veux en faire un homme, un homme d’une quarantaine d’années. Bref un homme jeune mais suffisamment mature pour prétendre à la magistrature suprême.

-Et la voix vous avez pensé à la voix ?

-La voix mais il n’en manque pas que je sache.  Il en fait usage assez souvent notamment lorsque les colères le prennent.

-Mais c’est une voix de castrat, je veux dire une voix d’enfant. S’il lui prend comme souvent l’envie de crier comme une fillette, je me demande quel effet  cela pourra produire sur son auditoire. Car je suppose que le moment venu, il lui faudra prêcher pour convaincre les pêcheurs de son nouvel évangile.

-Prêcher n’est pas le  mot exact en la matière. Convaincre, débattre, définir des orientations stratégiques me paraîtraient plus adaptés que la promotion d’un Évangile.

-Sans doute, sans doute mais la démarche est la même et l’objet également. Il s’agit d’attirer les brebis ignorantes et d’être le berger qui conduira le troupeau.

-Si vous voulez, si vous voulez mais ne nous égarons pas dans des broutilles sans  intérêt.  Voyons plutôt comment nous allons transformer ce cher enfant en mâle séduisant, beau parleur et plein d’assurance.

-Vous avez raison car la tâche n’est pas  seulement ingrate mais immense.

-Justement j’allais vous proposer de procéder d’abord à une opération de sevrage. Ne plus le nourrir au sein mais au biberon.

-Marie Aude,  je ne puis qu’approuver un tel sevrage. Il serait en effet temps de ne plus le nourrir au sein. Même le biberon me paraît désuet. Ce qu’il lui faut désormais c’est une nourriture d’homme pour adopter une posture d’homme. Pardonnez-moi mais chère Marie Aude, je ne pense pas que vous soyez en capacité de gérer cette transition aussi je vous recommanderai d’embaucher un coach spécialisé pour lui apprendre non seulement à devenir adulte, enfin à faire semblant,  mais aussi pour qu’il s’approprie la posture et les éléments de langage d’un candidat à la magistrature suprême.

-Et vous connaissez quelqu’un qui œuvre dans cette spécialité ?

-Bien sûr,  il s’agit d’un prince déchu d’un pays des Balkans reconverti comme danseur mondain, metteur en scène de théâtre et coach de stars de la politique. Nous le ferons venir demain.

 

 

 

 

 

 

 

(Scène 3)

(Un serviteur, Caramelski et Marie Aude)

-Madame, il y a là un émir qui demande à vous voir.

-Un émir ?

-Oui un émir du…. 19 ème arrondissement. Tenez voila sa carte.

-Ah oui mais ce n’est point un émir mais un prince. Faites-le entrer, je vous prie.

 

-Igor Caramelski, prince du Stuckdabidjan, maître de ballet pour vous servir.

-Je vous sais gré de vous être déplacé. Voilà j’ai une demande un peu particulière à vous soumettre. Je pense que vous pourriez m’être d’une aide certaine. Comment vous dire …c’est particulièrement délicat

-Ne dites rien madame, j’ai deviné. Je n’ai d’ailleurs aucun mérite car j’exerce aussi la profession de devin.

-Tiens donc !

-Oui madame laissez-moi me concentrer quelques instants (il  ferme les yeux). Je crois avoir deviné effectivement que vous allez prochainement organiser une grande réception- avec orchestre évidemment -et que vous souhaitez parfaire votre technique de danseuse.

-De danseuse?

-Oui de danseuse  car j’ai tout de suite perçu  à la finesse de votre taille le port royal des danseuses de salon. Sachez madame que vous vous adressez au plus grand spécialiste de la danse,  la danse classique évidemment mais aussi  la danse moderne, le menuet,  le tango, la valse viennoise,  le rock ‘n’ roll et la tarentelle ; J’incarne un mélange de Fred Aster, de Noureev, de John Travolta et de Mickael Jackson  permettez que je dépose mon manteau pour vous entrainer dans un langoureux et frénétique Flamenco

(Il commence à danser en frappant les talons et en se dirigeant vers Marie Aude.)

-Vous vous méprenez mon ami il ne s’agit ici de danse mais d’une chose autrement plus sérieuse.

-Mais bien sûr, bien sûr, j’ai compris il s’agit de théâtre. Je pressens ce que vous voulez. Vous souhaitez que je vous aide à répéter un rôle. Et bien madame, je puis vous assurer que je ferai de vous la nouvelle Sarah Bernard. Le théâtre, ah qu’elle belle passion. Le théâtre c’est la vraie vie. La vie qu’on croit  réelle n’est qu’une pale imitation de l’art  théâtral. En 2 heures, on en dit davantage que pendant une longue vie ennuyeuse de 80  ans. Le théâtre, c’est le suc, le miel, l’essence de l’humanité. Ah madame, que je suis heureux que vous manifestiez un tel amour comme moi pour Molière,  Shakespeare, Marivaux, Brecht et Aristophane réunis. Et Shakespeare ….. (il déclame)

«  Etre, ou ne pas être, c’est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte ? Mourir… dormir, rien de plus ;… et dire que par ce
sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir, dormir ! Peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. »

-Mais monsieur que me contez-vous là ?

-Shakespeare madame ; ah Shakespeare !

-Vous vous perdez, il ne s’agit point non plus de spectacle de saltimbanque mais de conseiller mon fils dans son projet politique.

-Mais bien sûr, mais madame, c’est la même chose ; la représentation politique est sans doute l’art suprême de la discipline théâtrale. Vous pensiez que je vous entretenais de théâtre quand en fait, je vous parlais déjà de la posture, du discours qu’on dit avec d’autant plus de conviction qu’on ne l’a pas écrit soi-même et qu’on y porte peu d’intérêt.  Et les éléments de langage, ah madame !  Des mots de théâtre qui prennent la place du silence, des mots pour frapper les consciences, d’autant plus obscurs qu’ils sont profonds comme ceux de la pythie.

-Monsieur, cessons là sil vous plaît et revenons à l’objet concret de ma demande.

-A vos ordres, madame

-Voila en deux mots et sans tirade. Mon fils veut devenir président de la république et je vous sollicite afin de l’aider dans cette tâche certes difficile j’en conviens mais réalisable.

-Mais bien sûr Madame.

-En clair, il a besoin d’un coach car il ne connait rien à la politique.

-Mais que voilà un bon début Madame. Mais c’est une chance inouïe ; ne rien connaitre mais c’est le graal du politicien  pour d’autant mieux maitriser la fonction. Connaître, c’est déjà avoir un a priori sur la chose publique tandis qu’ignorer vous confère une totale justesse de jugement et de décision.

-Inutile, je  vous prie de me donner des leçons politiques, c’est mon fils qu’il convient de former.

-Bien Madame Et ce fils, il fait quoi, quel âge a-t-il.

-16  ans, monsieur

-(Il suffoque) 16 ans seulement ?

-Oui mais il en fait 16 ans et demi !

-Alors là madame évidemment…

-(Jean Edouard entre en criant « Pot, Pot »  avec l’objet à la main.)

-C’est mon fils, Jean Edouard ;

-Enchanté, mon garçon

-Président, je vous prie ; il faut qu’il s’habitue.

-Président bien sûr.

 

(Scène 4)

 

(Marie Aude et Pierre Guillaume)

-Ma chère, j’ai une bonne nouvelle. Je sors de chez l’oncle Aymar de  Picaillon. Je lui ai fais part de notre projet pour Jean Edouard. Il est d’accord pour appuyer notre demande auprès du président avec toutefois quelques réserves enfin …. Quelques conditions.

-Et quelles conditions,  je vous prie.

-D’abord il pense qu’il serait souhaitable qu’on construise un CV qui témoigne de l’expérience de Jean Edouard ;

-Quelle expérience, il n’a que 16 ans !

-Justement c’est bien cela le handicap.

-N’avez-vous pas remarqué que la barbe commençait à lui pousser.

-Le duvet vous voulez dire.

-Je vous serez gré d’arrêter là votre humour déplacé. Sachez en outre que j’ai reçu ce matin le prince  Igor Caramelski, qui veut bien lui servir de coach.

-Fort bien.

-Nous verrons, car le prince, enfin ce soit disant prince du  Stuckdabidjan me paraît particulièrement fantasque.

-C’est un artiste à sa manière ma chère, une sorte de charmeur, d’en envoûteur même et en politique c’est l’arme fatale.

-Il faudra quand même surveiller cet homme là car je ne voudrais pas qu’on change mon bébé en bête de foire politique.

-Ma chère, il faudra bien vous résoudre à ne plus voir chez Jean Edouard comme bébé afin de distinguer enfin l’homme qui se dissimile en lui.

-Vous avez raison mais j’avoue que j’ai un peu de mal à m’habituer au saut que Jean Edouard va effectuer dans le temps. Mais revenons aux réserves de l’oncle Aymar de picaillon.

-Voilà, il pense qu’il faudrait que jean Edouard fasse état d’un métier pour muscler en quelque sorte son CV.

- Mon Dieu, vous voulez le faire entrer en apprentissage ? Plutôt mourir.

-Qui vous  parle d’apprentissage !  Non,  L’oncle Aymar propose de le prendre comme associé dans sa banque pour une période très courte mais sur le papier ;  on supposera qu’il a assuré cette responsabilité pendant une année ou deux. Pour faire sérieux.

-Et que fera-t-il ?

-Comme les autres banquiers, il veillera à détourner les lois fiscales pour enrichir de riches clients et aussi la banque, naturellement.

-Ah vous m’avez fait peur. Pendant quelques secondes j’ai imaginé que l’oncle Aymar voulait le mettre stagiare au guichet.

-Non nous avons même convenu que Jean Edouard serait rémunéré une dizaine de millions ;

-C’est peut-être beaucoup.

-Au contraire, cela lui conférera un grand savoir faire financier. De toute manière, pour l’oncle Aymar, 10 millions,  ce n’est rien. Les dossiers supposément  traités par Jean Edouard seront couverts par le secret professionnel : Le secret bancaire.  Personne ne connaitra jamais la nature des transactions et surtout l’identité, des clients. Tout au plus laissera-t-on entendre que Jean Edouard a notamment traité avec des étrangers pour une affaire d’ampleur. L’oncle Aymar établira un certificat de travail qui attestera des compétences de votre cher fils.

-Si oncle Aymar est accord alors…

-Attendez ce n’est pas tout.

-Y aurait-il d’autres exigences ?

-Exigences  n’est  pas le terme approprié mais il y a pour l’oncle  Aymar des nécessités.

-Et lesquelles par exemple.

-Jean Edouard devra parler  le socialisme.

-Le socialisme ! Oh mon Dieu  mais pourquoi apprendre cette langue des mécréants partageux ?

-Simplement parce que le président actuel est socialiste.

- Oh, si peu !

-En tout cas il s’est présenté comme tel.

-Oui, j’en conviens et de temps en temps, il lui revient des souvenirs, on ne peut toutefois pas prétendre que la teinte de ce souvenir  soit d’un rouge très foncé.

-Rose quand même

-Alors rose très pastel.

-Justement, c’est ce qui facilitera la tache à Jean Edouard. Il devra monter que lui aussi est convaincu de ce socialisme pastel ne serait-ce que pour habiller des mesures qui vont peser sur les plus défavorisés.  Il devra parler haut et fort de l’abolition des privilèges pour mieux faire admettre le social libéralisme, enfin le libéralisme à  peine teinté de social.

-Vous n’allez tout de même pas en faire un révolutionnaire, anti capitaliste et anti impérialiste.

-Je vous en prie Marie Aude, qui vous parle de ces utopies. Ce dont je vous entretiens, c’est de la pensée molle du président actuel, ancien candidat socialiste, ennemi déclaré de la finance mais qui une fois au pouvoir  a su servir le potage aux financiers.

-Convenez que cela n’est pas nouveau chez les socialistes dont le propos est d’autant plus mordant  pendant les campagnes que leurs dents se déchaussent vite une fois parvenus au pouvoir.

-Et qui va lui apprendre cette langue socialiste.

-Mais le maitre de ballet, cet homme là sait tout faire, vous en avez été témoin.

-Effectivement. J’espère qu’il n’y a pas d’autres nécessités.

-Le dernier : il lui faut constituer un parti.

-Je sais bien mais comment ?

-Il commencera par former un petit groupe et avec les moyens financiers des amis de l’oncle Aymar, la troupe  grossira rapidement. Il y aura de quoi appâter les plus réticents et les moins convaincus. Nous commencerons par recruter un homme de gauche mais aussi un homme de droite, un du milieu et nous compléterons le tout  par un écolo.

-Vous m’avez pourtant dit qu’il devait se montrer socialiste.

-Auprès du président mollasson et tant qu’il n’aura pas déclaré sa candidature. Ensuite,  il sera temps de former ce grand parti de rassemblement que nous nommerons « ailleurs » justement pour déboussoler les clivages.

-Ailleurs, oui, c’est un joli nom.

-Et c’est surtout un nom qui n’engage à rien, situé partout et  nulle part.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Scène 5)

(Caramelski et Jean Edouard)

 

-Cher Jean Edouard, je veux dire, monsieur le président, votre mère m’a désigné comme précepteur. Je devrai vous enseigner la langue socialiste, la langue de bois et la langue d’experts

-Je parle déjà anglais.

-Oui mais il faudra le parler avec l’accent de la City ; Normal pour le financier supposé que vous êtes.

-Par exemple dites-moi en anglais » les taux sont sur une tendance haussière mais il faut prendre une position vendeur

-Rates are on the rise but you have to take a sales position

-Bien mais ça c’et l’accent de Romorantin pas de la City. Avec les anglais : parlez ainsi, en chantant en quelque sorte :  Rates are on the rise but you have to take a sales position.  Avec les américains, c’est différent, Vous parlez comme si vous aviez un swing gum dans la bouche. « Rates are on the rise but you have to take a sales position ». N’oubliez pas en politique, il y a le fond mais surtout la forme, la musique en quelque sorte. Plus la musique est belle et moins sont importantes les paroles. Si votre musique est politiquement divine alors vos interlocuteurs, vos électeurs en oublieront les paroles. Exemple, cette phrase que je vous propose d’inscrire dans votre programme : «  Nous entendons prendre les moyens qui s’imposent  afin redresser la conjoncture tout en engageant des réformes structurelles nécessaires pour redonner confiance dans notre économie et dans l’avenir de notre grand pays. »

-Mais cette phrase ne veut pas dire grand-chose.

-Justement, c’est le type de phrase qu’il vaut faudra prononcer souvent, le plus souvent possible même. N’oubliez pas qu’il vous faudra parler, parler beaucoup tout en ne disant pas grand-chose quant à vos intentions réelles. D’où cet impératif de dire des phrases à fort contenu de théâtralité qu’a priori elles n’ont pas si on n’en fait une lecture à plat. Essayons, je vous prie, répétez cette phrase.

-(Sur un ton très monocorde) : « nous entendons prendre les moyens qui s’imposent afin de redresser la conjoncture tout en engageant des réformes structurelles  nécessaires pour redonner confiance dans notre économie et dans l’avenir de notre grand pays.

-Je ne sens pas vraiment la théâtralité dans votre tonalité. C’est plutôt le ton de quelqu’un qui demande à son boulanger une  baguette et un parisien pas trop cuit.

-Mais alors comment dire?

- Mais avec beaucoup plus de conviction, de passion, de puissance même. Tenez écouter la même phrase sur un ton théâtral : « nous entendons (silence) prendre les moyens (silence) qui s’imposent afin de redresser la conjoncture (silence) tout en engageant des réformes structurelles nécessaires (silence) ; cela  pour redonner confiance dans notre économie (silence) …….et dans l’avenir de notre grand pays ». Vous sentez la différence ?

-Oui évidemment mais c’est davantage du théâtre que de la politique.

-Et quelle différence faites-vous donc ?

-Je ne sais pas mais les comédiens se bornent à dire en surjouant en quelque sorte des textes déjà écrits en général par d’autres. Ils n’ont pas l’ambition de transmettre un message.

-Mais les politiques non plus Cher Monsieur. Vous permettez que je vous appelle Monsieur car Monsieur le président m’encombre un peu.

-Je vous en prie appelez-moi Mgr

-Enfin si vous y tenez je vous appellerai Mgr. Mgr, je souhaitais simplement attirer votre attention sur le fait qu’il il vous faudra donner l’impression de donner satisfaction à des intérêts souvent contradictoires d’où cette nécessité permanente d’acquiescer ou….plutôt de faire semblant d’acquiescer aux différentes demandes mais de manière suffisamment ambiguë pour qu’on puisse interpréter votre propos dans différents sens. Vous saisissez ?

-Un peu mais éclairez-moi je vous prie de manière un peu plus précise et concrète.

-Vous connaissez un peu l’économie ?

-Non point du tout, cette affaire m’est complètement étrangère j’ai surtout fait des études littéraires.

-Ce n’est pas forcément un handicap rédhibitoire comme je l’indiquais à votre mère le fait de ne rien connaître vous évitera au moins d’avoir des a priori sur la chose. Voilà en deux mots la situation économique du pays. Vous savez sans doute quand même que les caisses de l’État sont vides et depuis longtemps car nous vivons à crédit. La dette représente l’équivalent d’un an de richesse nationale. Nous devons donc emprunter, emprunter beaucoup à des taux importants qui viennent encore grossir ce poids de la dette. Du coup, il est difficile de donner satisfaction aux revendications des différentes catégories socio professionnelles, aux agriculteurs aux employés, aux ouvriers, aux artisans, aux commerçants ou encore aux retraités. Au contraire, nous ponctionnons de plus en plus toutes ces catégories justement pour remplir le tonneau financier des Danaïdes et ceux qui en profitent. Et  le taux de prélèvements obligatoires est le plus élevé du monde.

-C’est quoi le taux de prélèvements obligatoires ?

-Ah oui j’oubliais vous ne connaissez rien à l’économie. Ecoutez, il vous suffit de répéter et de répéter sans cesse la même phrase. Vous posséder assez de lettres pour cela. Pour justifier l’austérité des mesures, répétez souvent que le taux de prélèvement obligatoire est le plus élevé du monde. Et si on vous demande de préciser votre pensée et bien  répétez à l’envi la même phrase mais sous une autre forme. Par exemple le taux de prélèvement obligatoire est le plus élevé du monde c’est-à-dire que le pourcentage d’imposition fiscale occupe l’un des premiers rangs au plan international. Ou encore les recettes fiscales budgétaires atteignent un seuil record au plan mondial. Etc. etc. de toute manière vous n’aurez pas autre chose à dire et à répéter que les éléments de langage qui auront été préparés par vos collaborateurs et que vous apprendrez par cœur comme on apprend les fables de La Fontaine ou la tirade les plus célèbres des pièces de Molière ou de Shakespeare. Tenez vous connaissez cette tirade de Phèdre » « mon mal vient de loin »  etc. ».

-Oui évidemment

-Et bi en dites là, je vous prie……sur le ton de Malraux par exemple

 

-« Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d’Egée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée. »

 

-Voilà qui est bien. Tenez lisez avec le même ton ce papier que j’ai préparé pour votre programme :

 

-« Les maux de la France viennent de loin

Pendant des années des décades même,

Le Pays s’est refusé à la réforme

Mais la volonté de changement est là, à notre portée

Ce vieux pays va se redresser car ses potentialités sont immenses, sa jeunesse ambitieuse et ses forces vives surprenante. Ce pays ne manque, ni de volonté, ni de courage

Mais il nous faut mobiliser ces ressource, redonner une espérance dans un avenir commun

Unir les savoir faire, les mettre au service du progrès économique et social

Cela imposera de rénover nos institutions qui avec le temps ont subi les outrages de la routine.

Ce pays doit redécouvrir son désir d’avenir, l’envie de retrouver sa puissance affaiblie par l’immobilisme. Oui je vous le promets, nous bâtirons ensemble ce nouveau temple de la modernité partagée dans l’égalité, l la fraternité et la liberté. »

-Fort bien, vous mériteriez une récompense.

-Oh oui, rendez moi ma tétine et mon pot-pot.

-Ah non, majesté, pas de pot-pot. La tétine si vous voulez mais…  provisoirement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scène 6

(Marie Aude-Caramelski)

 

-Alors cher Monsieur, votre élève progresse-il-il ?

-Fort bien madame. J’en suis étonné moi-même. Il a disons une sorte de don pour le mimétisme. Il répète à merveille toutes les sornettes qu’on lui dit. Il fera un excellent président.

-L’affaire n’est pas encore faite. Il lui faudra sans doute encore quelques séances.

-Bien entendu, bien entendu mais le début est fort encourageant ?

-En outre, il lui faudra former le parti indispensable à l’organisation de sa campagne. Le problème c’est que dans notre milieu nous connaissons fort peu de ….de partisans, c’est ainsi qu’on les nomme n’est-ce pas ?

-Oui enfin aujourd’hui on les  appelle des militants, des adhérents.

-Vous n’auriez pas parmi vis connaissances, des profils que nous recherchons pour constituer ce club de supporters.

-Je ne sais pas. Quel genre souhaitez-vous ?

-Et bien mon époux et moi pensions qu’il fallait situer le club de fans en dehors des clivages ordinaires et disons traditionnels. Nous pensions d’ailleurs intituler ce club «  Ailleurs » pour bien démonter que la posture de Jean Edouard se situe hors de l’univers des clivages politiciens.

-Oui « ailleurs » c’est bien mais où ?,

-En fait partout et nulle part en même temps, parler comme à gauche, ne rien dire comme au centre et agir comme à droite. Et réciproquement mais de manière très mesurée pour ne pas porter atteinte aux intérêts de nos amis qui nous financent. Donc  il nous faut des représentants proches de chacun de ces courants. Ah oui j’oubliai en plus, il nous faudra un écologiste ;

-Je connais bien quelques personnes.

-Dites toujours.

-Pour la gauche je connais un socialiste rose  bonbon qui a toujours rêvé d’être ministre. Certes il n’aura jamais le prix Nobel de littérature mais son air bonhomme rassure. Avec lui, on est certain de ne pas connaître de révolution bolchévique.

-Mais cet homme que fait-il ?

-Rien. Je veux dire, il est député maire d’une grande ville. Il se rend à l’assemblée uniquement le mercredi, le jour des séances publiques. Pour se montrer à la télévision.

-Fort bien, cet homme là à la carrure qui convient. Nous le nommerons ministre d’Etat à l’intérieur.

-Pourquoi d’Etat ?

-Cher ami, vous devez savoir que plus le  ministère est dérisoire et plus l’appellation ne doit être glorieuse. En outre, il sera très qualifié pour assurer l’ordre public quand ses anciens camarades de gauche battront le pavé pour protester contre le gouvernement de Jean Edouard.

-J’ai aussi un autre député maire mais de droite. En réalité il est assez transparent.

-Est-il vraiment fidèle ?

-Tout à fait. Il n’a d’ailleurs guère d’ambition, n’est pas plus charismatique qu’une limande et n’a guère d’imagination.

-Voilà des traits de caractère qui pourraient justifier qu’on en fasse un Premier ministre. Qu’il obéisse et se contente de répéter ce que veut le président. Surtout qu’il n’en fasse pas trop, car il pourrait lui prendre l’idée un jour de se présenter à son tour. Nous ne voulons aucune concurrence, aucune opposition, et même aucun talent qui viennent ternir le règne de Jean Edouard. Et pour le centriste ?

-Il y a ce vieux centriste, fort en gueule mais qui a toujours échoué aux présidentielles ;

-Fort en gueule ?

-Oui je veux dire qu’il parle fort mais que le contenu est inversement proportionnel à la puissance de la  forme. Forcément, c’est un centriste.  Il a surtout le mérite d’avoir quelques troupes.

-Voila quand un homme dont il faudra se méfier. Pas question d’en faire un premier ministre, un ministre des finances ou des affaires étrangères. Connait-t-il  les affaires de la justice ?

-Non pas du tout il n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour la chose.

-He bien il fera un excellent ministre  de la justice. Et l’écologiste. Attention nous ne voulons d’un de ces partisan qui veule changer le monde, encore moins d’un anti capitaliste ou d’un anti impérialiste.

-Non le mien est un enfûmeur.

-Un enfûmeur ?

-Oui, il fabrique, enfin distribue des parfums pour chien. C’est un protecteur des animaux et de la flore .Il a longtemps présenté une émission télévisé«  salut les toutous »et a vite compris tous le profit qu’on pouvait en tirer en distribuant une ligne de produit s d’hygiène pour chat set chiens. C’est lui l’inventeur de la célèbre marque «  toutoukaïa » ; C’est devenu tellement célèbre qu’il y a maintenant des gammes pour hommes et femmes.

-Et c’est vraiment un écologiste.

-Pas vraiment non. Il se contente de faire des reportages télévisés et sait parler comme personne de la nature, des animaux et de l’avenir de la planète.

-Voilà qui pourrait bien constituer un handicap, s’il lui prend de se mêler d’économie.

-Non la seule économie qui l’intéresse, en réalité, c’est la sienne. Il a accumulé une  jolie fortune. Il parlera c’est certain mais mollement pour ne pas poser une hypothèque sur sa carrière actuelle et future. Bref c’est surtout un arriviste  sans vraie conviction.

-Là vous me rassurez.

-Il faut me réunir tout ce monde afin que nous puissions les tester. Qu’ils fassent aussi connaissance avec Jean Edouard.

-Bien madame, je les réunirai dès demain, si cela est possible.

-L’effluve d’un possible maroquin saura les convaincre d’être présents.

 

 

 

(Scène 7)

Marie Aude et trois futurs ministres)

-Ces messieurs vous attendent chère Madame

-Sont-ils tous la ?

-Oui presque sauf le député de droite qui ne donnera sa réponse qu’après le résultat des élections.    il y a le marchand de parfums pour chiens, le vieux centriste sénile et le socialiste ramolo.

-Un étranger mon Dieu !

-Non madame je veux dire ramolo enfin moyennement convaincu des convictions qu’il  affiche.

-Et bien faites entrer la troupe et apprenez leur a marcher ou pas.

-Au pas ?

-Oui je veux dire à marcher ensemble du même pas vers cet horizon qui s’appelle « ailleurs ».

-Oui, oui, bien sûr mais autant je puis apprendre à danser voire à marcher en musique autant les notes de la politique ne me paraissent pas adaptées à l’exercice du ballet.

-Il ne s’agit point de ballet proprement dit mais de cette danse que pratique les politiques pour tourner autour de l’enjeu sans s’y brûler les ailes.

-Oui, oui évidemment mais encore !

-Leur apprendre à tourner autour du pot et de manière coordonnée.

-Ah bon maintenant que vous m’éclairez sur le sujet, j’y vois un peu plus clair. Je vais mettre un petit fond musical et les faire entrer.

(ils entrent)

-Messieurs sachez combien nous sommes honorés que vous ayez accepté cet entretien qui constitue en quelque sorte le premier acte de la stratégie de conquête du pouvoir de mon fils tant aimé. Je dois cependant prévenir qu’il est parfois d’un caractère un peu colérique mais qu’il saura se  manifester de manière bienveillante à votre égard si vous montrez votre capacité à marcher au pas.

– (Ensemble les trois) Marcher au pas ?

-Enfin je veux dire si vous êtes capables de suivre la même partition, la même musique car notre orchestre politique a besoin d’être coordonné, d être audible par un peuple qui n’a pas toujours la subtilité artistique pour apprécier la petite musique politique que nous entendons lui jouer. Mon cher Prince, voulez-vous pousser un peu plus fort la musique et faire aligner nos futurs ministres.

-S’il vous plaît (le prince procède à l’alignement)

-Et maintenant, je vous prie de suivre les instructions, Maitre de ballet, veuillez les précéder s’il vous plaît.

-Et un pas en avant, et deux pas en arrière et un pas un avant et un pas de côté et un pas en avant et deux pas en arrière et un pas en avant et un pas de côté. (Ils dansent)

-Ils dansent mais pas de manière s très harmonieuse Je vous en prie, Prince, montrez  leur, ils ne suivent pas la cadence. Je reprends (seul danse le maître de ballet) .Et un pas en avant, et deux pas en arrière et un pas un avant et un pas de côté et un pas en avant et deux pas en arrière et un pas en avant et un pas de côté. Voilà très bien ce n’est pas très compliqué veuillez reprendre je vous prie

(Ils dansent)  Et un pas en avant, et deux pas en arrière et un pas un avant et un pas de côté et un pas en avant et deux pas en arrière et un pas en avant et un pas de côté. A h décidément tout cela n’est guère harmonieux, on voit bien que vous  n’avez pas l’habitude de marcher ensemble.

-Forcément ,Madame, moi je suis socialiste

-Oui mais enfin si peu.

- Et moi Madame centriste, c’est-à-dire un peu à gauche, un peu à droite.

-Oui, en fait, nulle part. Allez, on reprend et ensemble s’il vous plaît. (Ils dansent). Et un pas en avant, et deux pas en arrière et un pas un avant et un pas de côté et un pas en avant et deux pas en arrière et un pas en avant et un pas de côté. Bon c’est mieux mais, prince, je crois que vous avez encore du travail pour rendre cette chorégraphie un peu plus esthétique et un peu plus gracieuse. Messieurs il vous faudra travailler si vous voulez un jour devenir autour de mon cher fils des grands de ce royaume.

-Pardonnez mon impudence Madame mais est-il vraiment nécessaire d’apprendre à danser pour faire de la politique, surtout à mon âge !

-Sachez Monsieur que la danse n’est qu’un exercice préalable pour vous initier à cette grande marche qui nous conduit vers cet ailleurs vers lequel mon fils conduira son royaume. Les quelques éléments de danse que je vous ai indiquée là sont essentiels, ils représentent même la base philosophique de notre projet politique.

-Pardonnez encore mon audace, Madame, mais pouvez-vous préciser un peu.

 

-Bien entendu, bien entendu cher Monsieur. Un pas en avant symbolise le dynamisme que vous devez incarner devant ceux qui nourrissent l’espérance d’une transformation de leur condition. Deux pas en arrière caractérisent la sagesse dont vous devrez témoigner en renonçant aux promesses que vous avez faites. Un autre pas en avant pour manifester modérément  votre volonté de transformation, un pas de côté pour vous habituer à éviter de traiter les obstacles et les enjeux majeurs. Prince, je vous prie encore un essai :(  Ils dansent)

-Et un pas en avant, et deux pas en arrière et un pas un avant et un pas de côté et un pas en avant et deux pas en arrière et un pas en avant et un pas de côté. Je vous laisse le soin de terminer la séance car vous avez encore des progrès à faire pour apprendre à danser avec mon royal enfant. Ah justement je l’entends

(Jean Edouard arrive en tutu)

-Venez mon chéri et montrez leur comme on danse et surtout comme on doit faire danser les sujets. (Jean Edouard danse). Et un pas en avant, et deux pas en arrière et un pas un avant et un pas de côté et un pas en avant et deux pas en arrière et un pas en avant et un pas de côté. Il est merveilleux n’est-ce pas ?

 

Scène 8

 

(Jean Edouard, Marie Aude)

-Ah mon chéri dans mes bras, la nouvelle vient de tomber. Vous êtes élu président.

-Non, mère, je suis élu roi de France

-Un peu de patience mon chéri. Je vous l’ai déjà dit, il nous faudra quelques arrangements constitutionnels avant votre couronnement.

-Mais président ou roi quelle différence ?

-En vérité mon enfant très peu car tout procède du monarque républicain et le rituel pour le chef de cette république n’est pas moins solennel et fastueux  le que celui d’un roi sous l’ancien régime. Mais pour la forme, nous conservons dans notre pays quelques apparats démocratiques très virtuels

-Très bien alors je peux donc être couronné immédiatement à Reims.

-A Reims,   peut-être pas mais à Paris.

-Oh oui,  à Notre-Dame

-Non n’oubliez pas qu’officiellement la république se veut laïque mieux vaudrait donc choisir un édifice qui ne soit pas trop porteur de signes religieux.

-Mais où alors je ne vais quand même pas me plier à une cérémonie à la Bastille ou place de la République.

-Non mais je pensais que par exemple le Louvre serait un lieu pertinent parce que porteur quand même d’un grand passé monarchique mais revêtu désormais des vertus républicaines depuis qu’un pharaon socialiste y a fait construire sa pyramide. La république a en quelque sorte laïcisé les principes monarchiques, son organisation et ses privilèges. On y a juste rajouté l’anecdotique cérémonie du vote. Pourtant la plupart des princes qui ont gouverné la France depuis des décennies sortent comme vous de l’ENA, l’école nationale des aristocrates et des affaires.

-Je sais tout cela mère mais puisqu’il n’est pas possible de me couronner immédiatement je voudrais cependant un rituel grandiose à la hauteur de ma royale personne.

Par exemple ?

-Et bien je me verrais bien partir à pied  du jardin des Tuileries pour remonter jusqu’à la pyramide qu’on aura surmonté d’une estrade où je terminerai ma procession pour adresser ma bénédiction à la foule.

-Une estrade sur le sommet du Louvre risque d’obstruer par ses échafaudages la pyramide elle-même. Mieux vaudrait peut-être se limiter à une scène au pied de cette pyramide.

-Bien mère mais je veux de la musique, des lumières et des feux d’artifice. Je veux aussi qu’on organise un ballet sur un menuet de Lully. Je serai évidemment le premier danseur et en tutu évidemment.

-Le tutu n’est peut-être pas la tenue la plus appropriée pour l’intronisation d’un monarque provisoirement républicain. Je vous conseillerais donc un habit plus sobre. Un costume de soirée en quelque sorte.

- Oui mais alors je veux un long manteau d’hermine de 50 m de long et tenu par des chérubins.

-Pour les chérubins, il vous suffira de choisir parmi la horde de courtisans qui formeront votre gouvernement et le Parlement. Certains sont d’ailleurs tellement jeunes et maladroits que dans la nuit on pourra les confondre avec des angelots venus d’ailleurs. Votre intronisation comme monarque voudra bien celle de Napoléon.

-À propos de Napoléon mère nous avons oublié de choisir un nom de règne.

-Mon Dieu, mais c’est pourtant vrai. Ne pouvons-nous pas choisir tout simplement le nom de Jean Édouard Ier en espérant que votre descendance pourra compléter l’arbre généalogique.

-Ne trouvez-vous pas que Jean Édouard est un peu commun. Pourquoi pas Louis XIX ou mieux Napoléon IV.

-Napoléon ?

-Oui, quitte à attendre un couronnement tout à fait officiel à Reims autant me faire couronner empereur. Napoléon lui aussi a été contraint de passer par la case républicaine avant d’être sacré. En outre, je partage avec lui nombre de valeurs.

-Oui bien sûr mais là encore je ne saurais trop vous conseiller d’avancer pas à pas pour ne pas brusquer les pudeurs démocratiques.

-J’entends bien mère.  Je ne compte d’ailleurs  supprimer aucune institution, aucun corps intermédiaire. Je ne compte pas même modifier la constitution. Mais par contre je compte bien en ignorer l’existence.

-Il vous faudra quand même un premier ministre, un gouvernement, un parlement et de grandes administrations sans parler de tous ces conseils qui sont supposés servir la démocratie.

-Ne vous inquiétez pas mère je maintiendrai tous ces postes qui satisfont tellement les courtisans et qui donnent  au peuple l’illusion d’être représenté. Simplement je m’affranchirai de leur avis et je déciderai seul autant pour les affaires intérieures du royaume que pour celles qui concernent nos relations externes. J’entends être présent partout étouffer ainsi  bien la voix de l’opposition que celle de mes collaborateurs.

 

-À propos de collaborateurs en plus de nos trois ministres potentiels soutiens de la première heure avez-vous songé à choisir  ce  premier ministre ?

-J’y ai songé et je pense d’ailleurs innover en la matière, en quelque sorte marquer  mon quinquennat de vertus démocratiques qui surprendront.

-Jean Édouard, vous me faites peur.

-Soyez rassurés mère mon choix est déjà fait. Mais pour l’habiller je vais lancer un appel à candidature sur Internet. Tous les Français pourront être candidats. Il leur suffira de m’adresser leur CV. Une commission que je présiderai avec mes trois courtisans préférés se chargera de dépouiller les réponses à mon n’appel d’offres. Évidemment en dernier je choisirais celui auquel j’ai déjà pensé.

-Mais qui est-il vous pouvez au moins me laisser dans la confidence

-Non mère je ne puis ébruiter le nom de ce favori.

-Alors dites-moi au moins quel est son profil

-Un profil classique évidemment ; lui aussi sortira de l’école nationale de l’aristocratie. Il me le faudra discret, travailleur et fidèle. Quelqu’un d’assez compétent mais sans grande personnalité afin qu’il ne soit pas tenté un jour de me faire concurrence. Bref un collaborateur dévoué mais politiquement mièvre.

-Les choix ne vous manqueront pas. Vous avez raison de le choisir pas très brillant car sa lumière pourrait jeter une ombre sur votre majesté. Sans parler qu’un jour il pourrait se mettre à comploter pour le cas où vous seriez en position de faiblesse. Il faudra vous méfier de ceux  qui vous courtisent.

-Ne vous inquiétez pas mère parmi mes collaborateurs j’ai choisi surtout quelques personnages au passé suffisamment trouble que je pourrai  révéler publiquement voire dénoncer à la justice s’il s leurs prenaient  l’envie de me créer quelques désagréments. -La plupart se sont enrichis impunément sur le dos de la collectivité. Ils le savent, ils savent que je le sais et que je saurais le faire savoir. Je régnerai par la peur qui est encore la pédagogie la plus efficace. Je rappellerai à mes sujets cette citation de mon aïeul Louis XIV «  Dieu, se souvient-il de ce que j’ai fait pour lui ».

 

Scène 9

 

(Le monarque, le ministre de l’intérieur, le Premier ministre, le ministre de la justice et le ministre de l’écologie)

-Messieurs, nous voilà réunis en séance plénière de mon gouvernement et voilà les premiers édits que j’entends prendre.

-Monsieur le président,

 

-Pardon ?

- Heu….. Majesté puis-je vous faire observer que nous sommes seulement  4 ministres. Il en manque donc une quarantaine.

-La belle affaire ! Pensez que nous serions plus efficaces et plus intelligents à 40 ? Sans doute pas et de toute manière aucun n’osera contes ter le droit divin qui guide  ma pensée et mes actes.

-Tout de même la constitution prévoit des conseils de tout le gouvernement.

 

-Puisque vous insistez nous le réunirons durant  5 minutes après notre entretien, la forme sera respectée. Où en étais-je ? Ah oui,  il me faut prendre quelques édits qui marqueront le début de mon règne.

-Bien majesté mais dans quel domaine ? Dans celui de l’économie, du social, de la justice, de la santé ?

-Il ne s’agit pas d’affaire de domaines ministériels mais de volonté royale. Voilà je veux récompenser ceux qui m’ont soutenu à commencer par mon oncle Aymar de Picsou, banquier d’affaires.

-Monsieur le président   juridiquement il me paraît difficile d’utiliser le trésor  unique à des fins personnelles. Ou familiales.

-Peut-être pour contourner l’obstacle pourrions-nous élargir l’assiette fiscale qui justifie l’allégement que vous souhaitez.

 

-Je n’entends rien à vos procédures administratives que voulez-vous dire par là ?

-Tout simplement que pour ne pas être accusé de distribuer l’argent du Trésor public mieux vaudrait diminuer l’impôt des plus riches. Ce qui revient au même mais constitue une procédure juridique très constitutionnelle.

-Il nous faudra quand même limiter à un petit nombre ces privilèges pour éviter de contaminer tout le pays.

-Bien entendu,  bien entendu. Qu’on limite ce privilège, aux princes, aux ducs, aux, comtes et aux barons.

-Peut-être serait-il opportun politiquement de justifier de tels cadeaux aux plus riches ?

-Justement je leur servirai la théorie du ruissellement ou des premiers de cordée si vous le voulez.

 

-C’est-à-dire

-Voilà,  si les premiers de cordée se remplissent les poches vous imaginez bien que pendant leur ascension quelques pièces vont s’échapper que pourront récupérer ceux qui sont plus bas sur l’échelle de sorte que tous bénéficieront de ce royal cadeau fiscal.

-Ne pensez-vous pas cependant que certains esprits mal intentionnés risquent de critiquer cette théorie davantage idéologique qu’économique ?

 

-Si je faisais l’inverse croyez-vous que le résultat serait différent ?

-Quand même un peu !

-Non. Si par exemple j’allégeais  l’impôt des masses populaires d’abord la somme sera beaucoup plus considérable et le cadeau d’autant plus important. Et que croyez-vous que les pauvres bougres   feront de cette soudaine fortune ? Ils la dépenseront d’une manière ou d’une autre et les profits en reviendront aux plus riches.

-Effectivement, effectivement !

-Alors autant simplifier le schéma de circulation de cet argent et en gratifier tout de suite les destinataires finaux.

-Mais pour les couches sociales moyennes ou populaires ne faudrait-il pas faire quand même un geste ?

-Justement si. Nous allons les ponctionner davantage.

-Leur imposer des taxes pendant que nous faisons des cadeaux aux plus riches ?

-Exactement. Ne m’avez-vous pas dit que le trésor royal était presque vide ?

-Oui ce n’est pas faux.

-Alors,  il faut faire comprendre aux couches laborieuses que la situation financière est pire que nous ne l’avions imaginée et que sauver nos finances publiques, il est impératif d’augmenter les recettes.

-Sire si je puis me permettre, ce déséquilibre fiscal risque de nuire à notre économie et au final au volume de rentrées d’impôt. En outre, on risque de nous critiquer, de nous accuser  d’inverser la justice fiscale.

-Toi,  le ministre de l’intérieur, évite de me servir de ta soupe socialiste. N’oublie pas que désormais tu n’es plus dans l’opposition mais au pouvoir. Que tes espérances utopiques se heurtent aujourd’hui au réel de la puissance monarchique.

-Il y a tout de même aussi une certaine logique économique dont  il faut tenir compte.

-Toi le ministre de la justice, occupe-toi de justice et non d’économie. Mon CV d’argentier témoigne à l’évidence de ma grande clairvoyance en matière de gestion.

-En l’occurrence il s’agissait de la gestion de surtout de votre propre richesse.

-Et alors quelle différence y a-t-il entre l’intérêt personnel et l’intérêt collectif quand au final l’intérêt collectif n’est que la somme des  intérêts particuliers. Pour distinguer les riches des pauvres, deux catégories indispensables au fonctionnement de notre société. C omment pourrions-nous procéder sans le maintien des privilèges ? Ou alors vous souhaitez que tous les sujets soient riches ce qui n’est pas matériellement possible ou alors qu’ils soient tous pauvres ;  ce qui évidemment n’est pas non plus envisageable.

-Si vous le permettez majesté,  j’aimerais encore vous poser une question. Vous le savez le trésor public ne contient pas grand-chose et nous aurons des difficultés à financer le cadeau fiscal que vous faites aux riches. D’où ma question simple où prendre l’argent.

-Je vous l’ai dit dans la poche des pauvres.

-Oui mais ces rentrées  fiscales  ne sont pas immédiates tandis que le cadeau fiscal lui va entrer immédiatement en application. Nous aurons donc à faire face à un énorme problème de trésorerie.

-Je n’entends rien à votre observation  de quoi voulez-vous parler

-De trésorerie, c’est-à-dire d’un manque de liquidité de billets si vous voulez.

-Et bien qu’on imprime le nombre de billets supplémentaires nécessaires que je veux distribuer à mes amis les princes, les ducs, les comtes et les barons.

-Imprimer des billets c’est en quelque sorte faire de la fausse monnaie

 

-Pas plus que d’emprunter cher ministre de l’intérieur. Emprunter sans avoir la capacité de rembourser me semble aussi fallacieux que d’imprimer de nouveaux billets.

-Il est vrai qu’économiquement le raisonnement n’est pas faux

-J’aime à vous entendre le dire bien. Foin des  querelles sur des questions accessoires. Allez me faire imprimer ces billets. Mettez les dans des valises et je tiendrai une réunion pour les distribuer moi-même à mes amis financiers en récompense du soutien qu’ils m’ont apporté pendant la campagne.je veux récompenser les sujets qui mont été les plus fidèles.

 

Scène 10

(Un serviteur, Jean Edouard, Stavisky)

-Monseigneur, il y a là dans l’antichambre quelqu’un qui attend d’être reçu en audience par votre majesté depuis plusieurs heures. Il se prétend précisément être l’un de vos plus fervents partisans.

-Quel est donc le nom de ce sujet modèle ?

-Je ne sais pas, il est masqué

-Masqué ! Quel drôle d’idée.

-Il prétend ne pas pouvoir dire son nom car il est aussi dépositaire d’un secret d’État

-Il n’est pas armé au moins ?

-Non, non  Mgr nous l’avons fouillé évidemment.

-J’espère qu’il n’est pas non plus porteur d’une maladie contagieuse !

-Non, non, comme vous l’avez prescrit nous l’avons fait examiner au préalable par votre médecin.

-Bon bah dans ces conditions faites-le rentrer mais par prudence tenez-le à distance je vous prie.

(Un petit homme masqué vêtu d’une cape entre)

-Dis-moi mon brave on me dit que tu serais l’un de mes  plus grand supporter ?

-Oui, majesté, je vous porte une affection dont vous ne pouvez pas imaginer l’ampleur. Je suis votre humble et tout dévoué serviteur.

-Voilà au moins des paroles que j’aime entendre. Mais dis-moi quel est donc ton nom ?

-Sire, je ne puis vous le dire avant de vous avoir révélé le secret qui hante ma conscience.

-Mais de quel secret veux-tu m’entretenir ?

-Sire, on complote dans votre dos.

-Déjà mais il y a à peine quelques mois que j’ai été intronisé comment serait-il possible qu’on cherche déjà à me nuire. Des noms je veux des noms et comprendre les coupables en place de Grève.

 

-Majesté c’est qu’ils sont nombreux.

- Nombreux ?

-Très nombreux même.

-Peu importe, je veux des noms donne-moi immédiatement, ces noms.

-C’est le peuple majesté.

-Tout le peuple ?

-Oui enfin presque tous sauf ceux évidemment auquel vous avaient accordé des  privilèges.

-Que veulent-ils donc pour se rebeller contre ma divine majesté ?

-La justice,  sire.

-Mais ces gens-là sont pris de démence. Ne savent-ils pas ce qu’est la  justice. Ne savent-ils pas que la justice est l’application du droit et que la définition de ce droit me revient. La justice est un concept divin incarné par le monarque qui règne.

-Justement Mgr, c’est ce concept qu’ils veulent remettre en cause.

-Mais que proposent-t-il alors : l’anarchie, le désordre ?

-Non majesté il parle d’égalité,  d’équité, de conscience, du droit qu’aurait  le peuple à écrire les lois.

-C’est bien ce que je te dis, ils militent pour l’anarchie et le chaos. Mais comment sais-tu tout cela. Jusque-là personne ne m’a informé qu’on fomentait un complot contre ma personne.

-C’est que justement majesté,  je connais la grandeur de votre fonction mais aussi ses souffrances et j’ai conservé des antennes au sein du peuple.

-Qui es-tu donc pour prétendre connaître le mystère du pouvoir et les contradictions du peuple ingrat.

-Il enlève son masque

-Sarvisky ! L’ancien président mais je te croyais en prison ;

-Non sire, j’ai pu m’échapper grâce à quelques complicités mais quelques juges, quelques policiers gauchistes me poursuivent encore.

-Oui bien sûr ; je crois que tu traînes une dizaine de casseroles n’est-ce pas ?

-Majesté, ni plus ni moins que mes prédécesseurs. En fait,  je suis victime d’une persécution d’État. On n’en veut à ma vie, à ma réputation.

-Et à ta fortune aussi !

-Oui à ma fortune aussi. Ils veulent me dépouiller.

-Et alors que puis-je faire pour toi ? Tu n’es donc plus dans le camp des Républicains.

-Si je vous assure j’appartiens toujours au camp républicain du moins de façon officielle mais je sais que je compte chez eux autant d’ennemis sinon plus que chez mes adversaires. Alors finalement j’ai décidé de vous soutenir.

 

-Très bien ton dévouement me réjouit mais ne serais-tu pas demandeur d’un certain marchandage,

-Marchandage n’est pas exactement le mot. Disons que je souhaiterais que la justice ne montre pas trop de zèle à mon égard. Vous le savez, j’ai régné avant vous et je sais que la rigueur de la justice est inversement proportionnelle à la puissance des justiciables. La justice n’existe justement que pour éviter le chaos que vous redoutez. La justice est essentiellement faite pour contenir les velléités irresponsables du peuple et des pauvres. Elle doit demeurer symbolique pour les gens de cour. C’est de cette justice là dont je souhaiterais la mise en œuvre.

-Et que me propose pose tu donc en échange ?

-En échange majesté, je vous propose justement de vous dire ce qui se trame dans votre dos, de vous dénoncer aussi les coupables et peut-être m’autoriserez vous à vous donner parfois quelques conseils.

-Pour les conseils, nous verrons mais il pourrait être utile de t’entendre de temps à autre car j’ai le sentiment qu’on ne me dit pas tout.

-Mais majesté en réalité on ne vous dit rien du tout. C’est d’ailleurs à cause de cela que moi-même j’ai échoué à être reconduit comme roi de France, je veux dire comme président. En fait, nos collaborateurs ne sont que des courtisans qui n’ont de cesse de vous flatter, de vous dire ce qu’il vous plaît d’entendre en espérant évidemment en retour une charge qui leur apportera pouvoir, gloire et argent. Ces gens-là sont des imposteurs, ils vous endorment  de bonnes paroles. Du coup,  vous finissez par croire que vous êtes beaux, grands, intelligents.

-Pour ce qui me concerne ce n’est pas totalement faux.

-Mais pour moi majesté. Voyez combien il a fallu de flatteries pour me faire croire que j’étais grand alors que je ne mesure qu’1,57 m ;  même avec les talons qu’on m’avait suggérés de porter  je dépassais  tout juste 1,60 m. Et moi évidemment, j ’ai fini par le croire que j’étais grand. Comme j’ai cru à ce qu’ils me disaient sur l’état du pays et sur ma politique.

-Je ne conteste pas que certains manifestent un peu d’excès en matière de courtisanerie par contre je n’imagine pas l’un de mes proches s’associer à un complot ou déstabiliser mon pouvoir.

-Permettez-moi de vous contredire majesté il y a même parmi vos très proches quelque renégats prêts à bousculer votre trône.

- Mais qui grand Dieu, cette fois je veux des noms

- Votre ministre de l’intérieur et votre ministre de l’écologie

- Ah mon Dieu, il s’évanouit.

- Des sels, vite des sels, le roi se meurt

 

Scène 11

( Edouard, le ministre de l’intérieur, Marie Aude, le ministre de l’écologie)

-Ah monseigneur je me réjouis que vous ayez retrouvé santé et vigueur .Vous devriez peut-être faire un peu d’exercice car vous semblez manquer de couleur.

-Oui il m’arrive d’avoir encore des vapeurs surtout depuis qu’on m’a appris qu’on fomentait un  complot au sein même de mes courtisans. A ce propos, vous avez convoqué ces deux ministres félons

-Ils sont là monseigneur.

-Faites-les entrer

-Monseigneur

 

-Monseigneur

-Messieurs, j’irai droit au but. On me dit de vilaines choses vous concernant. Par, exemple que vous ne seriez pas étrangers aux troubles qui agitent  le royaume.

-Du tout sire. Vous conviendrez que nous avons bien tenté de vous informer du mécontentement qui nourrit la colère du peuple surtout ceux des bas quartiers.

-Et de quoi se plaignent-ils mon Dieu ?

-De tout Mgr, du prix du pain, des inégalités, de l’excès des privilèges et du peu de considération que vous leur témoignez.

-Mais ces gens-là sont des factieux ils inversent la pyramide des valeurs. C’est à eux  de me témoigner la considération dont ils voudraient  être honorés. Il faut les arrêter et les mettre en prison.

-Majesté les prisons sont bien trop étroites pour contenir tous les mécontents.

-Alors faites quelque chose, prenez des mesures des sanctions, soumettez à la question les meneurs.

-Il est trop tard Monsieur le président, je veux dire majesté. Du reste, je veux vous informer que je ne suis plus en mesure d’assumer ma mission et que je me vois contraint de vous demander d’être démis de mes fonctions.

-Quoi, tu veux démissionner ?

-Oui majesté le pays est malade et je ne suis pas le médecin qu’il vous faut.

-Mais il ne t’appartient pas de décider de rester et de partir. Cette responsabilité relève de ma royale fonction. . C’est moi qui décide de désigner les membres de mon gouvernement et c’est encore à moi qu’il revient de les démettre de leurs fonctions.

-Monsieur le président, heu  majesté, les temps changent y compris au sein de la cour. Il n’y a pas que dans la rue qu’on ne supporte plus les propos condescendants.

-Tu perds la raison mon cher ministre de la police. Peut-être est-ce la manifestation des outrages de l’âge.

-Monsieur le Président, vous me donnez une raison supplémentaire d’être démis de mes fonctions.

-Il est hors de question que j’accepte ta démission. Je t’ordonne de rester. Je ne veux point être la risée des gazettes qui ne manqueront pas de considérer que mon autorité royale a été  bafouée une nouvelles fois  par ton attitude.

-Monsieur le président, heu majesté,  ma décision est prise et je ne reviendrai point dessus. Voici ma lettre de démission.

-Je la refuse et je considère cela comme un fait de rébellion vis-à-vis de l’ordre royal.

-Moi aussi majesté.

-Toi aussi, toi, le marchand de parfum pour chat et chien que j’ai élevé au rang  de prince. Mais c’est une véritable révolte, un complot que je ne puis tolérer. Vous me devez obéissance pour tout, en tout lieu et à tout moment. J’en ai assez de vous deux et j’en ai assez de vos amis. J’en ai assez de ces fourberies. J’en ai assez de vos fades personnalités. Toi, le vieux débris socialiste pour qui te prends-tu ?  Tu veux que je te dise pourquoi tu n’as jamais été ministre avant que j’en décide autrement. Simplement parce que tu es affublé depuis longtemps d’une sénilité précoce.  Quand tu parles, personne ne te comprend. Tu sembles avoir perdu l’usage même des mots. Tu n’es qu’un vieil apparatchik et tu sens le vieux. Et toi l’écolo, toi aussi tu sens mauvais, tu pues même.  Tu es tellement près de tes sous que tu utilises sur ta propre personne ton fameux parfum pour chats et chiens et cela empeste tout mon palais. Je vous ai pris parce que j’y ai été contraint mais je vous déteste et je vous interdis de vous mettre en travers de ma royale volonté. Je veux qu’on vous arrête, qu’on vous soumette à la question puis qu’on vous pendre en place de Grève sous les applaudissements de mes fans. J’en ai assez de ces complots permanents que je ne supporte plus. Mais nerfs sont à vif. Je sens que je vais exploser. J’en ai assez, assez (il se met à pleurer)  maman, maman

-Mais que se passe-t-il mon fils vous pleurez

-Snif c’est de leur faute à ces deux là.

-Comment cela vous avait osé tourmenter mon fils jusqu’à provoquer cette crise de nerfs

-Il s’est énervé tout seul comme d’habitude.

-Il a quand même bien fallu un événement provoqué un tel état.

-Nous lui avons simplement dit que nous ne souhaitions plus demeurer ministres

-Et pourquoi grand Dieu

-Parce que Madame vous l’ignorez peut-être mais le peuple gronde et nous ne sommes plus en mesure d’assumer nos missions. Par ailleurs nous supportons de plus en plus mal les quolibets, les remontrances et même les injures de votre fils

-Ce sont des comploteurs, il faut les arrêter les mettre  au supplice et les tuer oui  (il frappe par  terre)

-Mon chéri, ne vous mettez pas dans des états pareils et venez dans mes bras

(Il pleure de plus en plus fort)

-Je suis à bout je voudrais mourir (il pleure de plus en plus fort)

-Serrez moi très fort dans vos bras mon chéri .venez vous conforter contre le sein qui vous nourrissait  y a encore quelques mois.

-Oh oui mère donnez-moi le sein. (Il tête)

-Ah, glouglou, comme c’est bon

-Vous vous sentez mieux mon chéri ?

-Ah oui que c’est bon. Je retrouve les sensations de ma récente adolescence.

-Et c’est deux là, on en fait quoi ?

 

-Alors qu’on les jette dans un cul  de basse fausse et que je n’en entende plus jamais parler.

-(La mère les pousses vers la porte et on entend un grand cri qui précède la chute supposée)

 

Scène 12

 

(Marie Aude, Jean Edouard, la cour)

 

-Mon enfant, comment vous sentez-vous ce matin ?

-Parfaitement mère et je crois même avoir été rarement en pareille humeur.

-Pourtant le peuple gronde et il manifeste jusque sous vos fenêtres. N’avez vous pas entendu cette nuit tous  ces cris ?

-Non je n’ai rien entendu car j’avais pris quelques drogues pour changer mon humeur et m’endormir paisiblement.

-Pourtant ils criaient. Ils se réclament même d’un mouvement politique qui en veut à votre couronne

-Qui ça des socialistes, des républicains ?

- Non, non, ils se réclament du mouvement des caleçons rouges.

-Pourquoi ce curieux nom

-Sans doute un clin d’œil aux sans-culottes mais ils affirment aussi être victime de votre politique fiscale et disent se retrouver en slip.

-Qu’on châtie cette révolte avec la plus grande fermeté.

-C’est que Mgr ce mouvement est soutenu dans l’opinion publique. On ne peut donc réprimer sans quelques conséquences politiques.

-Alors qu’on réunisse les principaux membres de mon gouvernement immédiatement pour prendre les mesures de police qui s’imposent

-Majesté le problème c’est que vous les avez presque tous chassés, ceux qui restent ont  tellement humilié qu’ils sont comme paralysés.

-Si je comprends bien comme d’habitude je dois tout faire moi-même dans ce royaume. Donnez-moi une arbalète je vais de ce pas tuer deux ou trois meneurs, pour l’exemple.

-Vous n’y pensez pas, voyez leurs têtes d’assassins et leurs grosses mains caleuses.ils n’hésiteront pas à s’en prendre à votre royale personne ; certains réclament déjà votre tête.

-Ah les chiens, ah les ingrats décidément ce pays ne me mérite pas. Il y a moins d’un an, on m’adulait, en France, en Europe dans le monde entier même. J’allais sauver ce vieux monde de la crise économique, sauver la planète da la catastrophe écologique, j’ouvrais la voie  à un nouvel ordre démocratique international et  au progrès universel ; bref j’étais la lumière nouvelle qu’attendait notre civilisation. Et aujourd’hui ce projet est entravé par présence de quelques sans  culottes rouges, Mais quelle bassesse, quelle dérision, qui sont ces marauds qui viennent jusque dans mes jardins  contester ma céleste légitimité ? ,

-Sire il y en a même qui ont pénétré dans la salle du trône !

-Mais que veulent-ils à la fin ?

-Le trône sire, le trône.

 

-Eh bien qu’il le prenne après tout. J’en ai assez de ces querelles de pouvoirs, de ces manigances princières, de ce théâtre démocratique ; Qu’ils prennent tout, le trône….. Tout !

 

-Mon Dieu mais vous déraisonnez jean Edouard. Il vous faut conserver au moins un attribut du pouvoir.

 

-Oui vous avez raison je veux l’attribut qui symbolisera mon pouvoir.

-Mais lequel ?

 

-(Ensemble) oui lequel ?

-Ensemble (oh)

-Mon pot-pot. (il délire) Oui toi mon cher pot-pot dont l’ usage m’a été interdit pendant d si longs mois. Le seul compagnon sans doute qui ne m’ait trahit et qui a aussi manifesté son affection au séant royal ; Oui toi mon pot-pot, intime témoin de mes espérances autant que de mes déboires. Toi le banal objet de ma royauté décriée Toi qui rejeté par tous, par le protocole des mondains, par  les niaises moqueries de mes courtisans. Par ma famille même et par mon propre père qui voulait sans doute qu’on oublie que le roi avait un trou du cul. Certes un trou du cul royal mais un trou du cul tout de même.  Puisqu’on m’a pris aussi le trône officiel, je rendrais la justice sur ce pot qui dune certaine manière symbolise  tellement ce que fut ma puissance, ma graduer et ma gloire. Agenouillerez-vous peuple ingrat  devant le pot-pot royal. Le pot qui a rendu sa grandeur à ce vieux pays décadent. Ce pot devenu l’emblème de la modernité, A genoux, princes félons, conseillers décadents, Veules courtisans, insignifiante peuplecratie. Je vous hais, je vous ignore, je vous maudits et je vous renvoie à votre état primitif : celui de l’insignifiance. Tandis que moi je régnerai pour  des siècles et des siècles dans la mémoire collective comme l’un de ces bâtisseurs de civilisation qui ont transformé le monde te même l’univers. Je le veux, je le veux !  Vive le roi pot-pot, vive moi, oui moi, moi le seul, le vrai ; le grand ; (il délire) Ah moi, moi, moi……..Je savais bien que ma lettre au père noël serait exaucée. Petit papa noël,  quand tu descendras du ciel………….

 


Fil RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

ZEF - un souffle d'air... |
Lovelymusics |
2013violon |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Passion2
| Thesoundofsilence
| radyo dinle