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14
jan 2017
Posté dans Non classé par gbessay à 11:50 | Pas de réponses »

Théâtre

Le roi François

 

Cette pièce, écrite il y a plus de 20 ans, a été jouée pendant un mois et demi dans un petit théâtre aujourd’hui disparu : l’Atelier bastille. Elle portait le nom de Longtarrrin et non de François qui fait directement allusion aux deux présidents de la république socialistes. Une satire évidemment de la gestion socialiste de l’époque qui paraît pourtant contemporaine et peut donc s’appliquer aussi au dernier quinquennat. Mais une critique qui vaut pour de nombreux gouvernements français qui ont un rapport approximatif avec l’économie et même avec  la démocratie. Bref, le procès humoristique de la monarchie républicaine.

Pièce jouée à partir du 4 janvier 1996 et mise en scène par Samuel Tasinaje  grâce au  soutien de Coline Serreau.  (Samuel Tasinaje  et  Coline Serreau qui ont notamment réalisé ensemble le film « Couleur locale ») .

 

Le roi François

 

Maintenant,  je veux être roi

Etre roi ? Mais ce n’est pas possible, Monseigneur.

Pas possible ? Et pourquoi donc ? J’ai assez de titres et l’argent pour le devenir

Mais il ne s’agit pas de titre

Alors qu’on paye le prix, j’ai aussi assez de fortune pour qu’on me donne cette couronne

Mais Monseigneur, on ne devient pas roi de cette manière. Il faut désormais être élu

Être élu ? Mais par qui ?

Par le peuple

C’est tout à fait insensé, le peuple ne peut se mêler de désigner son maître.

Si Monseigneur, c’est la démocratie qui le veut. Maintenant, ce sont des sujets qui font les maitres.

Et bien qu’on achète ses votes. C’est bien ainsi que j’ai pu devenir conte et député du nivernais.

Oui, mais nous n’avons acheté que l’influence des notables et encore avec de fausses promesses

Les fausses promesses valent bien de vrais écus, elles rendent les naïfs plus riches d’espoir et n’appauvrissent pas celui qui les fait

C’était pourtant de fausses promesses

Toutes les promesses sont fausses sinon quel intérêt y aurait-il de faire des promesses ?

Pour dire ce qu’on va faire pour le bonheur des gens.

Justement, ce qu’on va faire ils le verront forcément ;  pourquoi leur dire d’avance tandis qu’il est plus important de leur dire des choses que ne fera pas, justement parce qu’ils n’auront pas l’occasion de le constater.

Décidément, je ne comprends rien à la politique

Mais tu n’es pas un politique, Patali ; je ne t’ai pas embauché pour cela, je t’ai pris comme flatteur comme intellectuel flatteur ;  alors flatte moi souvent et conseille moi quelquefois.

Monseigneur est généreux et je le remercie

Bien, voilà, c’est ainsi que je te veux. Flatte moi mais sans faire le niais  car je veux que la flatterie ne soit pas trop apparente, qu’elle ait ta  caution d’intellectuel. Mais revenons à cette affaire de démocratie. Quel est donc cette chose nouvelle ?

C’est une chose assez ancienne en vérité, même très ancienne mais que nos peuples modernes ont remis au goût du jour.

Je me méfie de ces peuples modernes qui cherchent la modernité par plaisir et non par nécessité.

Par nécessité aussi, pour le progrès.

Le progrès ! Quelle belle tartuferie ; moi aussi ; je suis pour le progrès,  d’ailleurs ne l’ai-je pas souvent  promis ?

Pour être roi,  il faut le promettre beaucoup

Et bien j’en promettrai beaucoup, voilà tout

Pour autant,  Monseigneur,  vous n’êtes pas sûr d’être élu

Mais alors que faut-il faire ? Tu me dis qu’on ne peut acheter les votes, que les promesses ne suffisent pas, alors qu’est-ce que c’est cette démocratie dont tu me parles ?

La démocratie est assez ancienne, je vous l’ai dit. Les Grecs la pratiquaient déjà. Platon proposait  de l’améliorer encore pour créer la cité idéale.

La cité idéale ! Quelle foutaise ! Qu’est-ce que cela veut dire ?

Le gouvernement du peuple par le peuple.

Mais la démocratie est une utopie.

Oui une utopie mais elle a  cependant une certaine réalité politique avec le suffrage universel. Désormais, le roi de France est élu par tous les Français.

Bon je veux bien être élu par tous les français si cela leur chante. L’essentiel est d’être roi.

Je vous ai dit que vous n’êtes pas sûr d’être ce roi.

Mais pardieu pourquoi ne le deviendrai-je pas ?

Tout simplement parce que d’autres veulent le devenir aussi.

Comment mais ce n’est pas possible. Il ne peut y avoir qu’un seul roi ; sinon ; ce sera l’anarchie. Et qui  est donc celui qui me dispute ma couronne

Ils sont plusieurs

Plusieurs ? Mais je ne peux y croire dans quel pays est-on pour que plusieurs ambitieux s’imaginent devenir le roi ? Ce poste me revient

Je crains qu’ils ne soient pas très sensibles à l’argument

Mais je leur dirai clairement, il n’y a qu’une place de roi, il ne peut donc y avoir qu’un candidat. Maintenant que le vieux roi est mort, c’est mon tour. Qu’ils attendent !

Eux aussi tiennent le même raisonnement que vous. C’est le principe même de la démocratie de voter pour plusieurs candidats. Celui qui a le plus de voix est élu.

Ha,  elle est belle ta démocratie et d’un compliqué. Il faut donc que je me soumette à cette formalité ?

Je le crains

Bon,  je t’obéirai mais cela me coûte.

Ce n’est pas tout, Monseigneur, il faut aussi obtenir le soutien de quelques confréries

Mais pourquoi cela, le suffrage universel ne suffirait-il pas arbitrer ?

Non,  il faut aussi être soutenu par ceux qui font l’opinion,  qui la répande

Je te le disais bien ta démocratie est une foutaise. Bon quel est le prix de cette confrérie ?

Elle ne s’achète pas non plus, il faut la convaincre.

Qu’à cela ne tienne, je la convaincrai

Il faut aussi trouver une confrérie qui veuille bien vous soutenir. Toutes les confréries ou presque ont déjà choisi leur candidat

Et bien il faut m’en trouver une.

Oui, mais la confrérie des tisseurs de soi est prise, elle soutient le candidat de droite. La confrérie des épiciers soutient le candidat du centre, il reste la confrérie des gens de maison mais il faut être de gauche.

Qu’à cela ne tienne je serai de gauche, une couronne vaut bien une conversion. Alors vas dire à ces gens que je suis de gauche.

Monseigneur,  il faudrait que vous leur disiez vous-même et surtout que vous prononciez des paroles qui puissent les convaincre. Ce ne sera pas facile car vous n’êtes pas des leurs.

Parce qu’en plus il faut être des leurs ?

Cela facilite la compréhension

Et comment être des leurs….ou  faire semblant, c’est pareil.

Il faudrait que vous représentiez déjà le parti de quelques gens de maison en constituant un syndicat une association ou un cercle politique

Un syndicat. ! Ah non ! Je veux bien faire des concessions mais dans les limites acceptables. Alors faisons ce que tu dis : ce cercle politique de gens de maison

Mais avec qui ?  Il faut des adhérents

Combien

Je ne sais pas mais plusieurs

Plusieurs et bien faisons le cercle des gens de ma maison ;  tu en seras le secrétaire, nous y mettrons la cuisinière, le jardinier et le cocher. C’est assez  je suppose ?

C’est-à-dire je ne sais pas si …

Mais quoi ?

Ce cercle me paraît bien étroit.

C’est un cercle tu me demandes un cercle, je fais un cercle et un petit cercle reste un cercle. La géométrie ne peut me contester sur ce point.

Je veux dire qu’il manque des adhérents et surtout un sens politique à ce cercle.

Mais ce cercle  est là pour représenter le citoyen de ma maison, réfléchir sur la république, l’avenir du peuple et des gens de maison.

Mais s’ils vous demandent quelque chose

Ils ne me demanderont rien.  Je te l’ai dit, ce n’est pas un syndicat, c’est un cercle et dans un cercle on réfléchit en tournant en rond n’est-ce pas ?

Oui mais…. cela  doit avoir une vraie dimension politique et républicaine

Et bien ce sera le cercle républicain des gens de maison. Cela sonne bien n’est-ce pas ?

Oui le son est bon mais l’instrument est petit.

Tu verras comme je saurai  en jouer  de ce petit instrument. Désormais, je suis donc à égalité avec ta confrérie, je peux en faire partie ;  mieux,  en prendre la tête.

Il n’est peut-être pas utile que vous en preniez la tête, cela pourrait surprendre car vous n’appartenez pas aux gens de maison vous-même.

Balivernes, ils seront très flattés qu’une personne de mon importance s’intéresse à eux. Si je deviens le maître de cette confrérie, je suis au moins sûr de me soutenir moi-même. Maintenant parle-moi de cette confrérie, quelles promesses faut-il leur faire et pourquoi sont-ils mécontents ?

Ce sont des gens de maison Monseigneur alors forcément….

Ils ont  pourtant  toutes les raisons d’être heureux

Non,  ils ne voient pas la chose comme cela

Mais comment la voient-ils

Mal

Mal ? Mais ils sont fous, ils ont un logis, un travail, des gages ;  ils auraient bien tort de se sentir malheureux.

Pourtant dans votre maison….

Dans ma maison ? Mais ce n’est pas possible. Je connais mes gens, ils sont toujours très polis avec moi.

Il ne s’agit pas de politesse mais de situation matérielle.

La situation matérielle,  je la leur procure.

Oui mais ils voudraient parfois plus, travailler moins, être mieux considérés.

Mais que me chantes-tu là ? Ce n’est pas possible, s’ils travaillent moins, je ne vois pas pourquoi je les paierais autant et les payer davantage ce serait une folie car je me dis qu’ils n’auront qu’un souci : dépenser ce que je leur donne.

C’est parce qu’ils veulent dépenser plus qu’  ils réclament  plus.

C’est bien ce que je te dis, ils dépenseraient ces gages et ce sont des gens comme moi qui le leur reprendrai. Si c’est pour reprendre, il est donc inutile de donner.

Les gens de cette confrérie disent aussi qu’il faut aussi supprimer les maîtres.

Ils sont fous ; s’ils suppriment les maîtres comment pourraient-ils demander à être augmentés. Ils perdraient leur situation, leur emploi. C’est une confrérie de fous

Non, Monseigneur, puisque justement les maîtres, comme vous, refusent de leur donner ce qu’ils souhaitent. Ils pensent qu’il faudrait chasser les maîtres et devenir maîtres à leur tour.

Mais comment cela serait-il possible, il n’y a pas assez de place de maitres. Les gens de maison sont beaucoup trop nombreux.  Je te le dis ce sont des fous.

En fait, ils disent qu’ils seraient collectivement responsables des maisons en quelque sorte ainsi il n’y aurait ni maître, ni domestique. Ils seraient maîtres puisque possédant la maison mais en continuant d’y travailler.

Des fous, ce sont bien des fous mais s’ils continuent  de travailler quel intérêt ont-ils à devenir maîtres. Tout cela est complètement insensé.

Pourtant c’est bien ce qu’ils disent, c’est même ce qui fait leur l’originalité de leur doctrine : que tout soit à tout le monde et que tout le monde travaille  au bien commun. Ils veulent mettre en place le régime utopiste.

C’est bien le mot, ce sont là de dangereux utopistes.

Pas si dangereux que cela puisque ce n’est qu’un projet politique qui restera peut-être une utopie. La politique a besoin de faire rêver les gens alors il faut leur donner du rêve. Sous les Romains c’était du pain et des jeux. Aujourd’hui c’est du pain et de l’utopie.

Tu as raison je vois que tu es de bons conseils.  Dans le fond,  leur utopie ne me dérange pas,  bien au contraire. Nous allons faire une expérience intéressante. Tu vas réunir mon cercle de gens de maison.

Vos domestiques ?

Bien sûr mais où as-tu la tête puisque je t’ai fait secrétaire de ce cercle.

Il faudrait quand même leur demander leur avis.

Qu’ils  le donnent  s’ils le souhaitent mais je vais d’abord  de donner le mien  afin qu’ils le partage de façon équitable. Bon, tu vas leur dire que désormais ce sont eux les maîtres de cette maison.

Vous voulez réellement leur donner vos biens ?

Mon ami tu déraisonnes,  je ne veux rien leur donner.   Je veux qu’ils se croient propriétaires comme moi de cette maison. Tu leur diras que pour un temps encore je reste associé. C’est ce que j’appelle la transition utopiste. Plus tard ils deviendront seuls propriétaires mais……. Beaucoup plus tard.

Propriétaires comme vous ?

Oui comme moi ;  nous partagerons tout, comme les utopistes.  Je reste donc propriétaire, comme eux. En tant que propriétaires  utopistes, ils continueront de travailler comme avant.

Mais cela ne change rien

Non strictement rien mais c’est pourquoi cela ne me   gêne pas de devenir utopiste.

Il faudrait quand même faire ce changement de propriétaire devant un homme de loi, pour la forme.

Et pourquoi ? C’est inutile puisque cela ne changera rien pour eux. Pourquoi dans ces conditions faire des formalités coûteuses. Je te le dis, je fais une expérience utopiste. De la sorte, je serai  même très en avance sur ces frères utopistes et cela me donnera un avantage.

C’est très bien calculé.  Vous serez aussi considéré comme très à gauche et vous pourrez plus facilement prendre la tête de la confrérie.

Voilà, tu as enfin compris. Comme intellectuel, tu es compétent mais tu es un mauvais cuisinier politique. As-tu vu comment en quelques tours de main j’ai finement assaisonné ton utopie, ta confrérie et les gens de maison. Maintenant laissons à feu très doux, tu verras le plat sera goûteux. Allez, va annoncer la bonne nouvelle utopiste aux pêcheurs de ma maison et dis-leur  que leur maître et guide veut les voir tous.

(Nouvelle scène)

Mes frères, je vous ai réuni parce que j’ai des grandes nouvelles pour vous. Désormais nous sommes égaux,  vous serez donc mes frères.

Mais je ne puis être votre frère puisque je suis votre serviteur, je suis votre cuisinier.

Et bien tu seras mon frère cuisinier.

Et moi qui suis votre cocher je ne puis me considérer comme votre égal.

Mais si tu seras mon frère cocher.

Moi qui suis votre servante je vois mal comment je pourrais être votre frère.  Un frère est un homme et je suis bien une femme si j’en juge par la façon dont vous me pincez.

Toi,  tu seras ma sœur, ma sœur servante. Je serai pour vous tous votre frère Maître. Ainsi chacun devient l’égal de l’autre sans rien perdre dans le partage puisque chacun reste à sa place. C’est ainsi que sont les idées utopistes et vous allez former le premier cercle  utopiste dont je serai le roi.

Monseigneur,  on ne peut être le roi d’un cercle mais simplement le président ou bien le secrétaire.

Tu as raison de me rappeler les règles puisque je t’ai nommé secrétaire, j’en serai donc le président.

Peut-être faudrait-il demander l’avis de vos serviteurs,  je veux dire….. de vos frères serviteurs.

Ah, cela est fort juste. Allons,  je suppose que personne ne peut être contre cette proposition ? D’ailleurs s’il n’avait un, je lui ferai tout donner du bâton.

Monseigneur, pardonnez-moi de vous interrompre encore mais on ne fait pas de démocratie avec des bâtons.

Tiens ! Le bâton est aussi interdit, quel drôle de chose que cette démocratie, je me demande avec quoi elle peut avancer.

Avec la liberté, enfin…. elle essaye.

Tu m’embrouilles avec tes grandes idées.  Moi, je sais bien que si je donne la liberté à mes gens, ils en feront un mauvais usage et qu’ils  ne voudront plus travailler. Puisque tu m’interdis le bâton, supprimons le bâton. Voyons donc s’il y a un désaccord. Personne ne répond, c’est très bien. Tu vois Patati,  c’est bien toi qui me fais perdre mon temps et j’ai les mêmes résultats avec ou sans bâton. Alors pourquoi se priver d’un pareil auxiliaire ?

Vous ne leur dites pas qu’ils  sont propriétaires ?

C’est vrai, j’oubliais. Nous sommes frères parce que nous sommes égaux, si nous sommes égaux, c’est que nous avons le même bien,  moi comme vous. N’allez pas penser qu’on pourra le dilapider;  non, puisqu’il est désormais à tous. Chacun ne peut y toucher sans spolier la collectivité. Nous ne toucherons donc pas au bien commun et je serai chargé comme précédemment de le faire fructifier. Ce travail mérite salaire et pour la peine je recevrai comme gage ce que je recevais  auparavant. Comme cela les choses sont justes. Vous serez plus riches dans vos têtes et c’est bien cela le principal.

Uniquement dans nos têtes ?

Mais oui mon frère cocher.  Sache qu’on est riche que dans sa tête. C’est l’idée d’être riche qui donne la réalité à la chose. Si tu te mets à dépenser, tu n’es plus riche. Réjouissez-vous et endormez vous en pensant que votre frère Maître fait fructifier le bien de tous. Ce bien est inaliénable nous n’y toucherons jamais. Les frères utopistes doivent penser à leurs enfants qui hériteront de tout cela.  Nos enfants seront frères comme nous l’avons été. Bon, vous autres, maintenant allez travailler au bien commun et redoublez d’efforts car désormais vous travaillez pour vous. Ah que la démocratie et l’utopie sont de belles choses.

Monseigneur,  je vois que vous avez du plaisir avec ces nouvelles idées.

Ma foi pourquoi ne pas te l’avouer ? Ces idées me plaisent et surtout m’amusent ;  je me sens fait pour l’utopie. Tout d’un coup je comprends mieux la misère des pauvres gens et je me dis que tout cela est bien injuste.

Il est vrai que l’injustice existe et qu’elle est condamnable ; pour autant ; il convient de ne pas trop exagérer certains méritent  leur sort.

Mais dans mon utopie toutes les petites gens doivent être malheureuses ;  ils doivent  donc être aussi victimes de l’in justice.

 

Monseigneur, il y a de petites gens qui sont heureux de leur sort et ne souhaitent  rien d’autre.

 

Et bien ce sont des sots. Il Faudra leur expliquer que le fait d’appartenir aux petites gens  ne peut conduire au bonheur et que leurs maîtres sont des exploiteurs et qu’ils doivent donc tous combattre l’injustice.

 

Je me demande si certains ne seront pas surpris de ce discours disons….. Un peu trop caricatural.

 

Patati, je t’interdis de parler ainsi de la justice ;  il ne peut y avoir de caricature de la justice.  La justice est ou n’est pas. Tu conviendras avec moi il y a une injustice fondamentale puisqu’il y a d’un côté des maîtres et de l’autre les serviteurs. Cette situation m’est insupportable, c’est cela que je veux changer.

 

Pourtant vous-même vous avez été maître pendant longtemps

 

Patati, tu  n’a pas le droit de me rappeler mon passé. Si j’ai été maître, c’était contre mon gré et j’ai toujours pensé changer cette situation. Je suis né utopiste, je l’ai toujours été.

 

Pourtant vous avez reçu vos biens de vos parents vous auriez pu les refuser.

 

Certes je ne le nie pas mais je les ai reçus à contrecœur.

 

Il ne fallait pas les accepter

 

J’y ai pensé mais je me suis dit que je devais honorer la volonté de mes parents. Ensuite, je me suis dit que c’était une extraordinaire opportunité pour montrer qu’un maître pourrait installer l’utopie dans sa propre maison

 

Monseigneur au risque de vous fâcher il me semble que vos idées sur l’utopie sont un peu nouvelles pour avoir germé aussitôt dans votre esprit. Ils n’y a pas une heure vous doutiez encore de leur intérêt.

 

Patali,  tu ne comprends rien à la démarche historique des grands hommes. Nous, les grands de ce monde, nous n’avons pas la même échelle de temps. Toi, tu mesures tout de façon besogneuse avec des minutes. Nous nous mesurons en siècle, alors que vaut une heure comparée au temps royal ? Moi, François, je suis l’initiateur de ce nouveau courant, je suis donc persuadé depuis longtemps puisque je vais l’imposer dans tout le royaume. Voilà ce qu’il faut dire maintenant, ce qu’il faudra dire demain. J’ai installé l’utopie dans ma maison depuis toujours.

 

Depuis quelques minutes seulement !

 

Non je te le dis depuis toujours ;  à l’échelle de l’histoire, c’est ce qu’on retiendra ; alors les petites nuance n’ont pas d’intérêt. D’ailleurs en réalité,  cette idée d’utopie me  tient depuis l’an depuis l’enfance.  Tiens,  je vais te raconter une histoire. A  trois ans, ma mère m’a raconté qu’elle voulait  jeter une poupée. . Et bien moi je n’ai pas voulu et je l’ai donné au fils de la servante. Mais je pouvais la reprendre à ma guise. . Tu vois c’est exactement ce que je fais dans ma maison et ce que je propose pour  les petites gens. Je suis un Utopiste de tempérament. T’ai-je enfin convaincu de ma bonne foi. ?

 

Heu, oui,  Monseigneur

 

J’avais donc raison. Mais vous autres les intellectuels vous avez toujours un tas d’interrogations, d’objections à formuler alors que l’affirmation gagne du temps et des paroles.

 

Il faudra pourtant que vous acceptiez de dispenser  ces paroles auprès de la confrérie des gens de maison avant de prendre la tête.

 

Alors allons leur demander leur soutien immédiatement.  Il serait temps de  leur donner une leçon de d’utopie.

 

Mais il faut être de gauche !

 

Patali, je serai plus à gauche qu’eux.

N’allez pas non plus les effrayer avec des idées trop nouvelles. Certes, ils sont utopistes mais ils tiennent aussi à ce qu’ils ont et le défendent même avec acharnement.

Tu vois bien que ce ne sont pas de vrais utopistes car si l’on défend trop l’existant, c’est qu’on ne croit guère aux grandes idées du futur.

En attendant ce futur prometteur, ils  s’accrochent à ce qu’ils ont et le défendent bec et ongles. Certaines autres confréries sont jalouses de cette puissance et se plaignent des privilèges dont jouissent les gens de maison.

C’est bien ce que je te dis, ce ne sont pas de vrais utopistes comme moi.

La confrérie des épiciers réclame pour ses membres des droits identiques mais ne peut les obtenir. Ils disent que les gens de maison travaillent  peu, qu’ils sont bien payés et que leur statut coûte cher à toutes les autres professions.

Quel est donc la situation de ces épiciers ?

Ce sont des gens très courageux qui travaillent énormément sans pratiquement s’arrêter, sans repos, ni jour de congé pour un revenu fort modeste, parfois à peine supérieur à celui des gens de maison.

Mais pourquoi travaillent-t-il autant s’ils en sont aussi peu récompensés ?

Parce qu’ils travaillent pour eux-mêmes, qu’ils sont propriétaires de leur commerce et qu’ils ne peuvent donc ménager leur peine.

Mais ces gens-là sont intéressants, pourquoi ne pas faire l’utopie avec eux ? Je les trouve tout à fait prêts à appliquer ma philosophie utopienne.

Utopienne ?

Comment tu ne connais pas le mot ?

Ma foi non

Et bien chère Patali sache qu’il y a l’utopie, les utopistes, la philosophie utopienne et les utopiennistes.

Tiens !  Et quelle est donc la différence ?

La différence ? Elle est de taille. L’utopie est un projet politique, les utopistes sont ceux y adhèrent. L’adjectif Utopien qualifie celui qui se réclame de la philosophie et l’utopiste  celui qui me soutient franchement.

Je ne connaissais pas ce terme.

C’est normal Patali, je viens de les inventer.

Mais on n’invente pas des mots comme cela.

Et pourquoi donc ?

C’est le métier des intellectuels.

Tu veux dire, c’est le privilège des intellectuels et bien moi aussi, je suis contre ce privilège là comme contre tous les autres. Je veux bien que les hommes soient égaux, qu’ils aient accès aux mêmes droits y compris celui de créer des mots. Comme je suis le pionnier de l’utopie, j’invente donc ce mot : Utopien.

Je ne vois pas suffisamment la différence entre utopiste et utopien.

Pour moi, les choses seront  simples. Les utopistes seront ceux qui me soutiennent franchement et les Utopiens  ceux  qui se réclame de moi mais ergotent, donc des philosophes. D’ailleurs n’as-tu pas remarqué toi-même que tout ce qui finit « iste »  exprime quelque chose de net et tout ce qui finit en  « ien» quelque chose de compliqué.

Ma foi non je crois que les terminaisons sont plus complexes que cela.

Patali tu m’agaces. Pourquoi ne pas accepter de simplifier les choses,  la vie serait plus simple à vivre pour tout le monde. Mais arrêtons là ces discussions théoriques qui me fatiguent. Revenons à des épiciers, ces gens-là me plaisent,  j’en ferais bien des utopistes.

Monseigneur,  ce n’est pas possible. Je vous l’ai dit ils soutiennent déjà le candidat du centre et ils sont pour la liberté du travail

Alors ce sont de vrais utopistes. Je veux en effet que les gens soient libres de travailler beaucoup ;  pour cela,  il faut qu’ils soient propriétaires de leur travail, comme les épiciers.

Mais ce n’est pas un projet qui va plaire aux gens de maison s’ils n’ont comme perspective que le travailler plus, ils n’accepteront pas de vous soutenir. Je vous l’ai dit ils tiennent aussi à leurs privilèges.

Mais ne m’as-tu pas  dis toi-même que la confrérie des gens de maison voulait abolir la propriété ? Alors si cette propriété est abolie et que les gens de maison deviennent propriétaires eux-mêmes ils  deviendront donc davantage libres de travailler plus, comme les épiciers et dans leurs propres intérêts. C’est ainsi que j’ai conçu l’utopie de ma propre maison et que je veux l’étendre dans mon royaume. Les épiciers me paraissent des gens très raisonnables beaucoup plus que ceux  que tu me proposes de séduire.

Monseigneur, il y a une opposition de fonds : les épiciers sont pour la propriété individuelle et non pour la propriété collective

Mais ce sont là des nuances sans intérêt. Quel est l’important ? C’est que les petites gens travaillent le plus possible en ayant l’impression d’être  plus libres possible.  Et bien,  tes gens de maison quand ils auront vraiment compris quelle est la vraie  utopie, ils  seront comme des épiciers : condamnés à travailler plus et mieux.

J’ai un peu de mal à saisir votre philosophie utopienne.

Cela n’a pas d’importance. L’essentiel est que les autres la comprennent et surtout la soutiennent. Patali, j’aimerais bien rencontrer le chef de ta confrérie des épiciers.

Je veux bien essayer mais je ne suis pas sûr de réussir. Par ailleurs, il vaudrait mieux que cette rencontre demeure très discrète, les gens de maison n’apprécieraient pas certainement ce contact.

 

(Nouvelle scène entre le chef de la confrérie des épiciers et François et Patali)

Monseigneur, c’est un bien grand honneur de vous recevoir surtout de mon arrière-boutique mais cette visite m’étonne car je viens d’apprendre que vous sollicitiez les suffrages des gens de maison.

Mon cher Biennourri, je n’ai encore sollicité personne ;  je viens te voir car je veux être roi.

Mais nous avons aussi un candidat qui veut lui aussi être roi.

Je le sais,  cette situation est grotesque puisqu’il n’y a qu’une place de roi

Mais c’est la démocratie

Je sais.  Patali, mon conseiller, m’en a informé, je pense cependant que je ferais un meilleur candidat pour vous.

Mais êtes-vous sûrs que nous partagions les mêmes idées ?

Biennourri tu sais bien que les idées n’ont pas d’importance ;  une fois élu,  le roi fait comme il l’entend.

Il n’empêche,  il doit tenir un peu compte de ceux qui l’ont soutenu

Un peu….. Si tu veux. Mais vos idées sont aussi les miennes.

Je n’en suis pas certain, nous sommes pour la liberté.

Moi aussi

Pour la liberté de gérer nous-mêmes nos services.

C’est bien ainsi que je l’entends.

Nous sommes aussi contre les privilèges des gens de maison.

Moi également comment voudriez-vous qu’il en fut autrement puisque j’ai moi aussi des gens de maison qui me coûtent.

Si vous vous rapprochez aussi de la confrérie des gens de maison, il vous faudra être utopiste

Sans doute

Mais nous ne voulons pas de cette utopie là.

Et moi non plus.

Alors comment allez-vous concilier la liberté d’entreprendre des épiciers et l’utopie des gens de maison ?

Mais je dirais aux et aux autres ce qu’ils veulent bien entendre.

Quand même, il y a une belle différence

Mais non,  la différence est mince. Laisse-moi expliquer, ils veulent eux aussi la liberté mais en devenant propriétaires des maisons.

Justement

Il s’agit d’une propriété collective qui restera très fictive. Dès qu’ils se croiront propriétaires, ils devront travailler davantage sans profiter davantage du fruit de leur travail. Ils seront donc dans le même état d’esprit que vous.

Je ne voyais pas les choses comme vous.

Biennourri tu l’as dit, tu ne voyais pas les choses comme cela. C’est que tout est affaire de regard. La vie est la même pour tout le monde, chacun doit travailler en restant à sa place et quand quelqu’un se met en tête de changer de place, il suffit de le persuader que cette place est modifiée sans changer la moindre chose. C’est affaire de persuasion, de regard, c’est tout.

Admettons que je vois les choses comme vous, il n’empêche qu’on dira que vous êtes du parti des gens de maison et du parti des épiciers que cela n’est pas possible.

Il ne faudra pas qu’on le dise

Je ne vois pas comment l’éviter.

Et bien Biennourri je veux être de ton parti en laissant croire aux autres  que je suis du leur.

Mais tiendrez-vous vos promesses à notre égard ?

Les promesses sont les promesses, je ne les toucherai pas. Alors que voulez-vous en plus de votre liberté ?

Nous voulons la liberté d’être épiciers.

Mais vous êtes déjà librement épiciers.

Nous voulons l’être davantage.

Soit, vous serez autant épiciers que vous le désirez.

Nous pouvons être aussi nombreux que nous le souhaitons ?

Puisque je te le dis

Sans aucune restriction ?

Je te l’affirme.  Je veux que la France couverte d’épiceries dans nos villages, dans nos campagnes, nos plus petites bourgades il deviendra obligatoire d’établir une épicerie.

Mais nous ne voulons pas d’obligation !

Et bien c’est librement que j’imposerai des épiceries partout, librement.

Bon cela me va mais je ne peux maintenant me dédire vis-à-vis de mon candidat.

Et qui parlent de te dédire ? L’essentiel est d’avoir ton soutien. Fais-le savoir aux gens de ta corporation. Pour le reste,  il suffira de donner l’illusion à ton  candidat qu’il a ta confiance. Inutile de clamer que vous allez le trahir, il le verra suffisamment tôt quand il prendra connaissance des résultats. Nous passons un pacte secret et qui doit le rester.

Très bien, Monseigneur. Excusez-moi, je crois que j’ai un client dans ma boutique.

(Biennourri sort, Patali se retrouve seul avec son maître dans l’arrière-boutique)

Et bien, Patali voit la politique n’est pas compliquée ; me voilà assuré de leurs suffrages.

 

Il faudrait éviter de le faire savoir, cela nuirait grandement à vos projets.

Je n’ai pas l’intention de le dire.

Mais si par hasard on découvrait que vous avez été soutenu par les épiciers ?

Et bien je ne nierai, voilà tout.

Ce ne sera peut-être pas suffisant pour convaincre vos éventuels accusateurs.

Mais si tout est affaire de conviction et je me charge de le démontrer.

Pardonnez-moi d’envisager le pire mais vous savez ce qu’on dit des épiciers. On dit que ce sont des voleurs, ils écrasent le petit peuple en vendant  plus cher ce qu’ils achètent.

Cela est critiquable,  en effet. Nous-mêmes les maîtres de maison nous en souffrons car nos factures sont parfois fort lourdes.

Oui mais quand elles deviennent trop importantes, vous oubliez de  les payer.

C’est pour leur donner une leçon.

Ce n’est peut-être pas correct non plus.

À Patali ce que tu peux être compliqué.  À l’instant tu me dis que ces gens se comportent en voleurs et quand je les traite de  voleurs tu me critiques encore.

Je dis seulement que chacun doit payer le juste prix, c’est tout. Les gens de maison ne peuvent, eux, refuser de payer car il règle rubis sur l’ongle. Pas d’argent pas d’épicerie.

C’est normal,  non ?

Si on veut mais, vous les maître de maison ne réglez que quelquefois par an.

C’est encore fort juste qu’on ne nous inflige pas une telle contrainte.  Puisque pouvons payer, il est inutile de régler immédiatement ;  ce sont des petites gens dont il faut se méfier.

Je ne sais si je peux partager ce point de vue.

Il le faut bien puisque c’est le mien

Bien Monseigneur  je penserais donc comme vous

Patali tu es le meilleur des conseillers

Mgr il faudra quand même se méfier des rumeurs qui pourraient circuler sur ce soutien.

Si je suis roi, je saurai les faire taire.

Ce n’est pas toujours facile. Comment pourrez-vous contredire le soutien des épiciers.

D’abord Patali personne n’a le nez dans le fond des urnes, un bulletin est un bulletin n’est-il pas vrai ?

C’est exact mais si vos suffrages dépassent ceux des gens de maison, on comprendra vite que la confrérie des épiciers nous a soutenus. Il ne faudrait surtout pas que l’on apprenne ces contacts avec la confrérie des épiciers. Pardonnez-moi de toujours revenir sur ce point mais c’est très important.

J’ai la parade. Attends un peu. Si la rumeur circule je jouerai l’étonné. .

L’étonné?

Le naïf honnête si tu préfères Je dirai qu’effectivement il m’est arrivé d’en rencontrer, par hasard, mais que je ne mets  jamais les pieds dans une boutique que  je ne connais donc rien de l’épicerie, des épiciers et de leurs travers. Je ne sais même pas ce qu’ils vendent, où ils exercent leurs activités et s’ils existent vraiment.

Peut-être est-ce peu trop ?

Alors je dirai la vérité. J’ai été un maître de maison, élevé comme un maître de maison je n’ai eu que quelques contacts avec ces épiciers.  Depuis je me suis amendé après m’être converti à l’utopie. Personne ne peut me reprocher ma naissance. Mon parcours d’adulte est irréprochable et je vais le montrer. N’est-ce pas moi qui ai créé dans ma propre maison le premier cercle utopiste ? Je suis un pionnier, un pur un homme irréprochable, c’est cela que histoire retiendra.

Espérons que c’est cela qu’elle retiendra !

Si l’histoire s’écrit mal alors  je l’écrirai moi-même.

Monseigneur, il faut être  prudent,  ne restons dans cette arrière-boutique.

Tu as raison ; partons maintenant et allons voir ces utopistes.

Maintenant ?

Oui, je sui pressé, l’utopie n’a pas de temps à perdre.

 

(Scène avec les utopistes)

Messieurs vous avez devant vous le futur roi utopiste.

Comment pourrais-tu être roi utopiste alors que tu n’es même pas des nôtres.

Qui te prends-tu pour me tutoyer ainsi ?

Je m’appelle Chaviré

Chaviré, j’ai entendu parler de toi, tu les le président de cette puissante confrérie de gens de maison mais je ne suis pas certain que tu serves aux mieux les intérêts de ta corporation. Et évite de me tutoyer.

Ici tout le monde tutoie tout le monde ;  c’est la règle,  seigneur François ou  pas. Tu vois bien ne seras jamais utopiste puisque tu ne respectes pas notre première règle.

Je t’autorise à me tutoyer mais doucement.

Comment doucement ?

Il y a plusieurs manières de tutoyer il y a le tu agressif, le tu trop familier et celui qu’on emploie à la place du-vous par convention mais qui ne change pas les rapports, c’est le tu de distance, le tu non appuyé, le tu étouffé.

Ah tu m’ennuies avec ta leçon de tu ;  ici il n’y a qu’un tutoiement et c’est celui que nous employons.

Comme tu voudras mon cher Chaviré.  Tout cela est trop fin pour toi.   Je te disais donc que je n’étais pas certain que tu serves avec la plus grande efficacité des intérêts des gens de maison.

J’avais bien entendu cela c’est sans doute une provocation de ta part ?

Non point  de provocation, je dis simplement que depuis des années des gens de maison proclament de petites idées révolutionnaires mais qu’ils ne récoltent que de petits résultats. Votre politique n’est pas assez radicale, assez tranchée.  Bref pour tout dire,  vous n’êtes pas assez utopistes.

Mais tu te fous de nous ?

Comment se moquer  sur un sujet pareil à Chaviré. Ah Chaviré, je vais me mettre en colère  si tu prends cela sur le ton de la dérision. On n’a pas le droit de plaisanter avec les idées utopistes, c’est un sujet trop sérieux.

C’est vrai Chaviré.

Toi Grosroy,  ne commence à  pas composer avec les maîtres de maison.

Je te dis simplement que cet homme doit avoir le droit de s’exprimer.

C’est bien ce que je dis tu commence à composer, comme d’habitude.  On commence par le laisser parler on l’écoute, on admet son point de vue, on le partage, on le soutient et fatalement nos propres idées disparaissent. Je connais bien ton courant, toujours prêt à composer avec l’adversaire.

Je ne te permets pas, les gens de maison que je représente sont nombreux.

Oui mais on ne mesure pas la qualité des positions utopistes au nombre. Mon courant à moi courant a toujours été en pointe sur les positions, nous veillons à la pureté de la pensée utopiste, c’est pourquoi nous craignons par-dessus tout les pollutions externes.

Il est facile d’être pur quand on ne risque rien, ta pureté est théorique moi, j’ai des adhérents, une pratique, une  histoire.

Une pratique de compromission avec nos adversaires.

Messieurs, je vous en prie, ne laissons pas diviser le mouvement utopiste par de stupides querelles.

Toi, François, tu es mal placé pour dire ce qui est stupide chez les  utopistes

Comment mal placé ? Je crois au contraire Chaviré que je suis mieux placé que toi. Tu te ventes de la pureté de tes idées utopistes mais moi je les trouve encore troubles.

Troubles ? Mais tu plaisantes

Du tout, tu  accuse ton ami Grosroy d’être un peu mou mais ne le serais-tu pas davantage. Oh certes tes paroles paraissent dures mais les  positions que tu défends dans la confrérie bien tièdes à mon goût.

J’aimerais que tu me le démontres.

Mais j’allais le faire. Moi je suis pour l’utopie partout, tout de suite et sans concession.  Vous voulez supprimer les maîtres? Alors pourquoi attendre ? N’êtes-vous pas en train de ménager vos intérêts actuels. Votre ligne n’est pas assez révolutionnaire. Le peuple des gens  de maison attend autre chose qu’une attitude frileuse. Il veut que son projet prenne forme,  qu’on abolisse la propriété, que l’égalité, la justice prennent  enfin le pas sur les privilèges de la classe dominante des maîtres et des épiciers.

Voilà qui est bien dit. François ce discours va plaire aux gens de maison.

Grosroy, ne vois-tu pas que ce discours cache des  convictions qui sont autres.

Chaviré,  je ne te permets pas de mettre en cause ma bonne foi. Moi je fais ce que je dis et je dis ce que je fais.

François, n’oublie pas que tu es maître de maison ! !

Je ne l’oublie pas ; la preuve ; j’ai réalisé chez moi le premier cercle utopiste.

Le premier cercle ?

Oui Chaviré, je viens ici vous dire que l’utopie est possible et que je l’ai réalisé, il faut l’étendre à l’ensemble du pays en me faisant roi.

Les gens de ta maison sont donc propriétaires ?

Comme moi

Et tu les considères comme tes égaux ?

Tout à fait

Et il continue de travailler en étant que  propriétaires ?

Évidemment

Mais cela ne change rien pour eux.

C’est pourtant bien votre projet que j’ai mis en œuvre ?

Il dit vrai Chaviré, c’est ce que nous avons toujours dit. Une fois propriétaire, les utopistes travailleront au progrès commun,

Grosroy mon ami, je crois que toi, tu sais ce qu’est l’utopie mais que ton secrétaire Chaviré manque de conviction.  Tu vois bien quand on lui prouve que l’utopie est possible, il hésite. Moi, Me François, je dis que l’exploitation des gens de maison a assez duré, que le peuple ne peut plus supporter l’inégalité des maîtres ni celle des épiciers ou des autres. Il faut renverser tout cela, mettre en place une véritable justice sociale, donner un emploi à ceux qui n’en ont pas, abolir les privilèges ; bref, il faut décréter l’utopie.

Tu es l’homme qu’il nous faut.

Ne te laisse pas prendre au piège des mots Grosroy.  Ne vois-tu pas que cet homme-là n’est habité que par l’ambition ; il nous sert de douces paroles pour mieux nous séduire

Je ne sais pas mais en tout cas il dit vrai

Je dis vrai et je viens me mettre à votre service. Je saurais combattre les maîtres car je connais leurs travers. Je saurais défendre les gens de maison car je ne supporte plus leurs misères.

N’exagérons pas tout de même. Les inégalités sont réelles mais nos gens de maison ne sont pas tous mis malheureux.

À tu vois Chaviré.  Tu contestes même le malheur des gens que tu dis représenter. C’est grave, pour le mouvement historique de l’utopie. C’est dans le doute que commence la  trahison. Grosroy donne-moi la place de chaviré et je vous conduirai à l’utopie.

François, j’ai confiance en toi,  ton langage me plaît ; c’est celui des petits.  Tu es à partir de cet instant notre nouveau président de confrérie. Je vote pour toi, c’est mon courant qu’il a plus de voix,-tu es donc élu.

Grosroy,  tu pourras compter sur moi pour te prouver ma bonne foi je te nomme président adjoint tu seras mon bras droit

Mais il n’y a pas de président adjoint dans notre confrérie

Chaviré, à partir de maintenant il y en aura un et je vous demande de respecter son autorité comme  la mienne.

C’est une manœuvre,  c’est inadmissible, c’est un complot !

Chaviré pas un complot, c’est la démocratie ; c’est  celui qui obtient le plus de voix qui est élu.  Rassure toi je vais aussi te donner un titre.

Un titre ?

Oui, tu es nommé à partir de maintenant chef de la minorité.

 

Mais il n’y a pas de minorité dans notre confrérie

Désormais il y en a une

Mais cela ne sert à rien

Si,  c’est car c’est en divisant qu’on assure son pouvoir et c’est  en caricaturant qu’on se valorise. J’ai donc besoin de toi. Tu me combattras,  cela va me  servir.

Mais je ne le veux pas

Il le faut bien Chaviré puisque tu ne peux me soutenir. C’est le destin des vaincus. Il en faut, ils ont un rôle à jouer dans l’histoire.

Vive le président

Vive le président

Je vous ai compris

 

(Nouvelle scène, c’est la victoire installation de François sur le trône. Patali et François)

 

Quel est ce bruit ?

Ce sont vos partisans, majesté, qui fêtent votre élection

Va leur dire de se taire un peu.

Majesté, c’est en votre honneur qu’ils crient  ainsi.

Et pourquoi crient-t-ils ainsi ? Sont-ils déjà mécontents ?

Non, au contraire, ils manifestent leur joie d’avoir élu un roi utopiste.

Je ne suis pas un roi utopiste.

Vous vous êtes bien présenté comme tel ?

Patali, mettons bien les choses au point. Certes, j’étais un candidat utopiste mais maintenant je suis le roi de tous les Français donc des utopistes,  de ceux qui les  combattent…et des autres.

Bien majesté.

Bon, as-tu demandé à Grosroy de venir.

Il est dans l’antichambre.

Qu’on l’autorise à venir me féliciter.

(Entrée de Grosroy)

François, je suis heureux pour les camarades et pour toi.

Grosroy, mon ami, tu parles désormais au roi de France et le tutoiement n’est guère de mise. Toutefois, je te sais gré de ton enthousiasme. Je t’ai fait venir pour te parler de mon gouvernement.

Bien François. …. Pardon Mgr.

Appelle-moi majesté.

Bien, majesté.

Voilà, je suis roi mais je n’oublie pas les services que tu m’as rendus alors je veux te faire Premier ministre.

Monseigneur, …Majesté, je ne sais pas…..

Écoute moi, tu me proposeras un gouvernement, je veux un gouvernement d’union des utopistes.

Même ceux qui ont contesté votre autorité ?

Surtout ceux-là car lorsqu’ils se seront enivrés du parfum de leur ministère ils seront plus tolérants à mon égard. Je les veux tous.

Même Tricard

Surtout celui-là. C’est un roquet que je préfère à mon service qu’au service d’un autre ou de lui-même.

Mais quel portefeuille devrait lui donner ?

Je ne sais pas, un ministère sans importance.

Je ne peux quand même pas vous proposer les finances, les affaires étrangères, l’éducation ou l’intérieur.

Écoute, c’est ton affaire ;  propose lui un ministère qui ne sert à rien.

Il y en a beaucoup.

Tiens,  donne-lui le ministère du plan.

Mais ce ministère n’existe pas.

Si je viens de le créer. Lui qui a des idées sur tout, il pourra réfléchir sur un ministère qui ne représente rien.

Majesté, ce ministère pourrait effectivement être bien considéré avec des idées utopistes. Le plan peut en effet être un instrument de mise en œuvre de notre projet.

Grosroy ne confond pas tout. Il y a les idées quand on est dans l’opposition et les idées d’un gouvernement. C’est complètement différent.

Ah bon ?

Mais oui dans l’opposition, on promet mais au pouvoir, on gère.

Ah bon ?

Grosroy, cela signifie qu’on n’oublie pas les promesses mais qu’on fait  autre chose parce qu’il nous faut prendre en compte l’environnement.

Ah bon ?

Bon,  va me préparer ce gouvernement et reviens me faire des propositions.

Bien François. …maître… non…. Majesté.

(Grosroy sort)

Majesté,  je me demande si Grosroy aura la dimension nécessaire pour assumer une telle responsabilité.

Patali, je ne me pose pas la question. Je  suis sûr qu’il en est incapable. Mais que veux-tu, je luis dois bien cet honneur car sans lui je n’aurais pu être au roi.

Ne craignez-vous pas qu’il  commette quelque’ imprudence.

Je pense qu’il en commettra,  je ne peux faire autrement sinon le peuple serait étonné que je lui préfère quelqu’un d’autre.

Il y a pourtant ce Tricard.

Ne me parle pas de lui, c’est un intellectuel prétentieux qui était prêt à me disputer ma couronne. Je suis encore bien bon de lui attribuer un ministère inutile.

Et resterez-vous président des utopistes ?

Mais non Patali, c’est incompatible avec ma fonction. Je rends leur liberté aux utopistes.

Mais ils ne sont peut-être pas prêts à vous rendre la vôtre ?

Ne t’inquiète pas pour cela, je ferai ce qu’il faut pour les affaiblir. Je n’entends pas dépendre d’eux, ni d’ailleurs de quelque’ autre groupe d’intérêts. Je veux,  comme tous les rois,  en faire à ma guise.

Majesté j’entends Grosroy qui revient.

Il a fait bien vite

(Grosroy  entre)

Majesté, je n’y arrive pas ; ils veulent tous être des ministres importants, ils disent qu’ils sont compétents, que cette place leur est due. Je ne sais pas comment faire.

Bon, commençons par les postes importants. Le plus turbulent et le plus radical des utopistes est ce Virovent. Alors puisqu’il veut s’occuper d’économie et de social, je le mettrai aux armées ce sera une excellente manière de le faire rentrer dans le rang.

Tricard ? Lui aussi veut s’occuper d’économie et de finances.

Je te l’ai dit au plan. Il sera même super ministre du plan.

Et pourquoi super ?

C’est un titre que je donne à ce que je veux honorer d’autant plus nécessaire quand le ministère est dérisoire.

Et les autres portefeuilles, de quelle compétence tenir pour les attribuer ?

D’aucune Grosroy. Qui te parle de compétence ? Il s’agit de politique non de compétence. Alors à chaque fois, il faut une dose d’équilibrage des différentes tendances, une dose de relations personnelles et une dose de perfidie pour ligoter nos amis.

J’ai compris,  majesté. Maintenant quel sera le programme de mon gouvernement si vous n’avez pas l’intention d’appliquer nos promesses ?

Grosroy, tu manques de nuances. Certes je n’ai pas l’intention d’appliquer mes promesses mais je ne suis pas ennemi de quelques satisfactions à l’égard du bas peuple.

Que puis-je leur donner : la liberté ? La démocratie ? La justice ?

Ne dis pas de bêtise Grosroy. Ces choses sont trop précieuses pour être données ou galvaudées. Il faut qu’elles gardent leur pureté et restent à l’état de promesse. Non, donne leur autre chose. Que veulent-ils d’autres ?

De l’argent.

Et bien donne leur de l’argent.

Majesté, on ne peut distribuer d’argent davantage d’argent que le Trésor n’en possède.

Patali, il ne s’agit pas de distribuer de l’or mais des billets. Si nous en manquons qu’on en fasse imprimer.

Majesté, billet ou or  c’est la même chose. Nos billets ne représentent que la valeur de ce que nous produisons. Nous ne pouvons pas en imprimer à notre guise.

Patali que me chantes-tu ? Je suis roi et j’ai tout le loisir d’imprimer des billets si cela me chante. Quelqu’un peut-il m’en empêcher ?

Personne, majesté, mais nous courons le risque d’une dévaluation, d’un renchérissement des produits importés, d’une hausse des prix et d’une inflation qui annulera le bénéfice de la dévaluation.

Patali,  tout cela est trop compliqué pour moi, soit plus simple je te prie.

C’est de l’économie, majesté.

Ton économie m’ennuie. Moi je suis roi, je suis là pour faire de la politique, pas de l’économie.

Mais majesté,  beaucoup de problèmes ont des dimensions économiques qu’on ne peut ignorer sauf à mettre en péril nos équilibres. Je veux dire… la bonne santé du pays.

Bon, si je distribue trop de billets que peut-il se passer ? Répond moi simplement.

Si l’inflation est trop forte nous serons contraints à la dévaluation et nous reprendrons dans une poche ce que nous avons donné dans l’autre.

Mais cela me convient très bien, voilà un bel équilibre.

Oui mais nous aurons affaibli l’économie en créant l’instabilité.

Patali,  il faut donner des signes au peuple. Je ne peux leur donner l’utopie alors je leur donne des billets ; billets que nous leur reprendrons plus tard mais au moins ils auront l’impression d’être satisfaits. Ce qui compte en politique, ce n’est pas de satisfaire mais de donner l’impression. Tout est dans la tête. Grosroy va donner des ordres, qu’on imprime le nombre de billets qui sera nécessaire.

Bien majesté mais combien ?

Ce qu’il faut je te dis. Qu’on rassemble les pauvres sous mes balcons, qu’on remplisse des corbeilles, je les jetterai moi-même à la foule.

Majesté si je puis me permettre je crains que votre méthode soit un peu injuste et même illégale. Il faudrait d’abord une loi pour vous autoriser à disposer du trésor. Cela pour indiquer le montant à distribuer et les modalités d’attribution.

Patali, tu es un bon conseiller mais tu me gâches mon plaisir. Bon,  cette fois je vais te suivre. Distribuez cet argent comme vous l’entendez mais je ne veux pas renoncer à ma fête. Qu’on réunisse les pauvres et je  leur distribuerai mon portrait. L’important c’est qu’il fasse la fête en me glorifiant. Allez, j’ai assez travaillé pour aujourd’hui.

(Nouvelle scène François, Patali, Grosroy)

Alors ce gouvernement est-il enfin en place ?

Oui presque, majesté, mais j’ai eu beaucoup de difficultés avec les différentes familles utopistes. Tous voulaient être ministres enfin presque tous  car Chaviré a refusé.

Je m’y attendais un peu

C’est dommage car c’est lui qui a créé le mouvement utopistes, il aurait mérité un poste

Que veux-tu, Chavire  est un homme de minorité, il s’y complaît. Moi aussi j’aurais bien aimé l’avoir.

Il dit qu’il ne veut rien cautionner par sa présence.

Je te dis c’est un homme d’opposition. Il y restera et on finira par l’oublier.

Quand même on n’oubliera pas le fondateur des utopistes.

Mais si tout  s’oublie et l’histoire retiendra que c’est moi qui ai créé le parti de l’utopie. Je lui servirai d’ailleurs quelques médecines pour qu’elle digère cette couleuvre. C’est ainsi Grosroy, l’histoire ne retient que les grands, par les besogneux, les obscurs encore moins les hommes à scrupule, trop compliqués pour entrer dans la mémoire collective.

Maintenant que les ministres sont désignés peut-être faudrait-il penser à leur entourage car l’administration n’est guère favorable aux utopistes.

Attali je me méfie des entourages. Ces gens-là sont faits pour éclairer mais en fait il vous aveugle avec leur science.

Majesté,  il le faut bien sinon ils seront les jouets de leur administration.

Très bien alors qu’on entoure mes ministres mais que cet entourage ne soit pas excessif. Dis-leur bien.

Il faudra aussi leur dire comment s’entourer, combien de techniciens, combien d’utopistes, combien de grands corps.

Là encore je serai net sur ce point. Je veux le moins possible d’utopistes, je n’ai pas l’intention de mettre en œuvre l’utopie. Je n’ai donc pas besoin de ses partisans. Puisque tu me le dis que l’administration ne nous est pas trop favorable alors allons  chercher dans ses rangs des conseillers. Ce sera ainsi une excellente manière pour nous ménager ses réactions.

Et les grands corps ?

Il faut aussi en prendre pour que la cuisine ministérielle prenne. Si nous ne le faisons pas, ils comploteront. Grosroy, de toute façon ces gens-là ont leur langage, un langage qu’ils sont seuls à comprendre. Ils n’ont pas leur pareil pour compliquer Sion et pour enterrer un dossier. Autant leur confier la direction des choses matérielles.

Si vous leur confiez des choses matérielles et qu’ils agissent dans le mauvais sens on dira que le roi fait une mauvaise politique

Ne vous inquiétez pas. S’ils se laissent aller à de mauvaises décisions je saurai faire savoir que je ne suis pas en accord avec eux.

Majesté vous ne pouvez être celui qui gouverne et celui qui conteste les orientations.

Et pourquoi pas ? Ne suis-je pas le représentant de tous les Français, je souhaite donc exprimer toutes les sensibilités. Pour ne rien vous cacher, la gestion mais complètement étrangère ; alors  autant la confiait à d’autres en se réservant le cas échéant le droit de les contester.

Vous pourrez me contester aussi ?

Bien sûr Grosroy.  Personne ne saurait être à l’abri de mon droit souverain à juger ce qui est mauvais.

J’espère quand même, majesté, pouvoir disposer d’assez de temps.

Grosroy le temps est compté pour tous mais ne t’inquiète pas trop. Ces experts prendront aussi leur temps  Souvent il leur faut des mois parfois des années pour concrétiser uen orientation, cela nous laissera assez de délai pour rectifier leur action s’il le faut. D’ailleurs Grosroy parle d’action autant que tu veux mais n’en fais pas trop, ce pourrait être dangereux pour notre image.

Il faudra bien prendre quelques mesures.

Qui te dit le contraire ? Mais surtout des mesures symboliques qui ne changent pas les choses sur le fond et qui marquent  les esprits. N’oublie pas de faire imprimer des billets et de les distribuer, c’est je crois, une action très significative.

Justement majesté, les pauvres gens nous approuvent mais les experts sont contre nous.

Laisse parler les experts, ce ne sont pas eux qui nous ont élu. Et nous aurons d’autres occasions de rassurer ces experts quand il faudra notamment reprendre d’une main ce que nous avons donné de l’autre. L’essentiel est que chacun est, à un moment un autre, sa part de satisfaction.

Revenons à vos ministres majesté. Ils disent que leurs locaux sont vétustes, qu’ils ont besoin de crédits supplémentaires pour assurer la dignité de leur fonction.

Qu’ils assurent leur fonction, je me charge de la dignité. À ce propos Patali, il faudra que tu me fasses une liste des grands travaux qui marqueront mon règne.

Bien majesté mais peut-être faudra-t-il veiller à ne pas se montrer trop dépensier.

Patali, il s’agit de ma grandeur, de celle de la France et ne dispute pas cette grandeur. Je veux par exemple qu’on fasse un grand jardin royal quelque chose d’important, le plus grand jardin qui puisse exister. Je veux des fleurs, des arbres, des cascades. Nous y organiserons des fêtes, des chasses à cour également.

Mais il faudrait qu’il soit immense !

C’est bien ce que je te dis.

Mais je ne vois pas où ?

À Paris.

À Paris ? Mais il n’y a plus d’espace.

Alors qu’on rase les maisons et qu’on libère l’espace nécessaire. Nous le ferons à partie du jardin à partir du jardin des plantes en l’étendant à tout le 13e arrondissement et une partie du 14e.

Mais où va-t-on loger les expulsés ?

En banlieue bien sûr. Ce sera d’ailleurs une bonne mesure.

Mais ce sont surtout des pauvres gens qui résident dans ces zones.

Justement, je me méfie de leurs réactions. S’il leur prenait l’envie d’être mécontents, ils n’auraient que peu de chemin à faire pour venir manifester sous mes fenêtres.

Mais tout cela va coûter fort cher.

Patali, arrête tes raisonnements de comptable. La démolition, la reconstruction, l’aménagement des jardins, tout cela va procurer de l’emploi à beaucoup de monde. Il sera bien temps de se faire du souci au moment de payer.

Si vos travaux ne concernent que les plaisirs on dira que vous êtes un monarque artificiel.

Mais il me faut aussi d’autres projets ;  je veux notamment servir les arts mais l’art de mon temps car l’esthétisme ancien m’ennuie. Je me passionne pour l’art moderne et j’aimerais qu’on recouvre la seine d’un couvercle de verre et d’acier qui laisse notre beau fleuve transparent et qui lui évite ainsi d’avoir à recevoir l’eau polluée qui nous vient du ciel.

Un couvercle ?

Une œuvre architecturale. Quelque chose de grandiose, une sorte de temple de verre sur toute la longueur du fleuve. Ce sera le plus grand aquarium de tous les temps, un aquarium vivant avec une eau vivante, avec des saumons, des truites et même des sardines, des maquereaux et des limandes.

Mais l’eau de la seine n’est pas salée pour les poissons de mer.

Et bien nous la saleront.

Il faudra aussi que l’eau soit plus chaude.

Et bien nous la chauffons par-dessus avec le soleil, par-dessous avec d’immenses braseros.

Ces travaux sont gigantesques. Nous risquons la critique et la déroute de nos finances.

Attends avant de faire l’addition,  je n’ai  pas fini. Je veux aussi qu’on revienne aux jeux olympiques antiques et qu’on adjoigne au sport la poésie, la danse et le chant. Faites-moi un grand stade, un stade opéra mais un vrai opéra avec du velours rouge dans les tribunes, de l’or sur les moulures des colonnes et des tapis d’Aubusson sur les pistes. Des guirlandes de lustres de cristal pour éclairer le tout. Moi-même j’irai concourir pour le chant et la poésie comme Néron.

Il faudrait peut-être arrêter là la liste de ces grands monuments. Cette fois, je crains pour le trésor.

Puisque tu me reproches ma grandeur, Patali, je me  limiterai à ces travaux pour les prochaines années. Je veux surtout marquer mon règne, qu’on dise pour les siècles à venir que le roi François a marqué son temps, que son sceau  est inscrit à jamais dans le cœur de la capitale. Je veux être moi-même à la hauteur de ma magnificence intérieure. Je veux être grand, être intelligent, être beau.

 

Bien sur mais….

 

Je le veux Grosroy

 

Je n’ai pas dit le contraire mais….

 

Attends puisque tu me mets tu ne mets pas de bonne volonté je vais te donner des instructions. Pour la taille je suis assez moyen, il faudra donc me rehausser.

.

Nous pourrions vous mettre des talons hauts.

 

Mais non,  cela se verrait et cela a déjà été fait par mon ancêtre Louis. Non je veux des chaussettes qui me grandissent, des chaussettes à talons mais des chaussures normales.  Pour l’intelligence la nature ne m’a pas trop mal servi mais il faudra renforcer cet aspect. Voyons comment on devient intellectuel Patali.

 

En donnant des conférences,  en écrivant des livres.

 

Et bien je donnerai des conférences autant qu’il faudra. Pour les livres ce sera difficile. Il me faudrait écrire et je n’en ai pas le temps. Alors Patali tu écriras pour moi,  des livres sérieux,  graves et même ennuyeux.

 

Majesté,  vous vouliez aussi être beau

 

Je n’oublie pas Grosroy.  Effectivement je veux plaire, aux femmes surtout mais à mon âge il sera difficile de prendre le visage d’un adolescent. Alors je vais inventer la mode du masque. Désormais l’homme élégant sera masqué. La femme sera à visage découvert pour notre plus grand plaisir mais les hommes distingués, seront masqués.

 

Même pendant vos apparitions publiques ?

 

Surtout pour ses apparitions. Ainsi je pourrai plus facilement prendre l’apparence de l’innocence et de la sincérité. Ce masque va nous aider à mieux nous faire aimer de nos sujets. Nous pourrons aussi changer de masque, prendre l’air martial quand les circonstances l’exigent, l’air plus joyeux pour les fêtes, l’air attendri pour manifester nos émotions, l’air convaincu pour faire de nouvelles promesses. Je donne ainsi à tous les hommes la possibilité de faire croire qu’ils sont beaux. N’est-ce pas là le plus grand cadeau qu’on puisse faire ? Ah je sens  Que j’ai toujours été fait pour être roi. Je vais être un grand un très grand roi.

 

(François sort)

 

Je crois que je vais convoquer une première réunion des ministres afin de leur donner les instructions de François.

 

Ce ne sont pas des instructions,  mon cher Grosroy.

 

Pourtant il a bien dit ce qu’il voulait

 

Oui bien sûr mais c’est plutôt à considérer comme des orientations.

 

Et alors où est la différence ? Des instructions sont des orientations et réciproquement

 

Oui et non, tout cela est plus subtil. En réalité, un roi ne peut donner que des orientations parce qu’il ne possède pas les moyens de les transformer en instructions fermes et précises. Seul,  les experts ont cette capacité de traduire cela de façon cohérente et opérationnelle.

 

Je vois que tu veux parler des technocrates.

 

Pas seulement de ceux-là, tous les experts, moi  y compris.

 

Bons alors j’ai entendu ce qu’a dit François je ne suis pas sourd et je n’ai nul besoin d’un interprète

 

Écoute Grosroy, il faut faire la distinction entre le politique et l’administration. Le politique énonce des idées, des orientations mais ce sont en  définitive les experts, l’administration, les conseillers qui les traduisent. Il faudra que tu apprennes à ne point te  précipiter et à faire la part des choses.

 

Que veux-tu dire ?

 

Et bien un politique parle, parle beaucoup, c’est son métier on ne peut lui reprocher. Parfois certaines idées méritent approfondissement, d’autres peuvent être contradictoires avec celle qu’il a émise précédemment, certaines sont tout simplement mauvaises.

 

Mais comment faire le tri ?

 

Justement laisse le temps faire son ouvrage et procéder à un premier tri.

 

Mais si le roi ou même un ministre exige une chose, ton expert sera bien obligé de dire oui

 

Un expert, un vrai, ne dit jamais non mais il ne dit non plus franchement oui. Il dit qui veut faire étudier l’affaire.

 

Mais s’il dit qu’il va faire étudier l’affaire, c’est qu’il est d’accord ?

 

Je te le dis, le oui et le non sont proscrits dans le discours de l’expert. On peut très bien affirmer qu’on va immédiatement mettre une question à l’étude en étant en complet désaccord avec l’idée. Ainsi on donne l’impression d’agir avec célérité mais on se donne les moyens pour empêcher la mise en œuvre de l’orientation.

 

Tu veux donc dire qu’un expert ne dit jamais ni oui, ni non.

 

S’il dit oui à tout, il risque de commettre des erreurs qui pourraient lui coûter sa place. S’il dit non il risque d’indisposer celui qui l’a a choisi. Son discours sera donc tout en nuances, tu comprends ?

 

Pas tout à fait car il faudra bien un moment ou à un autre qu’ils disent oui ou non quand il aura procédé à l’étude.

 

Certes,  il pourra dire oui à ce moment-là mais toujours avec des réserves afin de ménager une porte de sortie à sa propre responsabilité pour le cas où l’affaire tournerait mal. Mais s’il veut dire non, il ne le dira pas ainsi. Je te le dis, il sera plus nuancé

 

Explique-toi avec tes nuances, tu m’embrouilles.

 

Bon,  je vais te révéler un secret mais ne le répète pas à tes ministres car chacun doit rester à sa place. Il y a deux mots secrets qu’emploient les technocrates, de mots qui expliquent tout.

 

Deux mots seulement ?

 

Oui ce sont ses deux seuls mots qui leur sont enseignés pendant leur formation. Mais ce sont des mots magiques, des mots à tiroirs, des mots qui permettent de faire les plus grandes carrières dans l’administration.

 

Alors quelles sont donc ces mots ?

 

Complexité et prudence

 

C’est tout ? Je ne vois pas comment on peut tout traiter avec  cela.

 

Je vais te le montrer. Donne-moi un exemple d’orientation politique.

 

Et bien ce qu’a dit François à propos de son projet de couvercle sur la scène.

 

C’est un très bon exemple car ce projet est dément.

 

Tu le penses ?

 

Évidemment alors dans l’immédiat il ne faut surtout rien faire. Comme je te l’ai dit laisse le temps agir. Il se peut en effet que le politique se rende compte du caractère incongru de son propos ou tout simplement que son humeur change. Le premier principe est donc de ne rien faire d’attendre la confirmation.

 

Mais s’il demande où en est l’affaire ?

 

Tu réponds que la procédure d’examen est engagée.

 

Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

 

Rien, tout simplement que tu n’as rien fait ou que tu en as parlé qu’à un seul de tes collaborateurs en lui demandant d’attendre.

 

Admettons mais s’il confirme

 

Alors tu commences l’examen en lui disant que ce sera sans doute long mais que tu feras tout pour écourter cette procédure

 

Bon mais à la fin il faut bien donner un avis. Si cet est avis négatif comment le dire ?

 

Justement en employant les deux mots magiques. Si je reprends l’exemple du couvercle sur la seine, tu feras une réponse à peu près comme celle-ci. Nos experts ont procédé à une étude approfondie de cette question,  ils ont rassemblé les éléments de la problématique, défini une méthodologie d’approche du problème et élaborer des scénarios.

 

Mais ce n’est pas une réponse, c’est du jargon. Moi je veux savoir si on est pour ou contre.

 

Si vraiment le politique insiste alors il faut lui dire que ce projet au demeurant particulièrement intéressant est cependant relativement complexe dans son étude et exige d’être conduit avec la plus grande prudence compte tenu des réactions possibles des acteurs impliqués. En effet, le projet de couvercle met en jeu des dimensions économiques, technologiques ou écologiques. Ses dimensions interactives demandent un approfondissement sans parler d’autres dimensions qu’il est inutile de traiter maintenant pour ne pas trop complexifier la question. Par ailleurs, les effets externes d’un tel projet ne pourront pas ne pas provoquer des réactions dont certaines pourraient être imprévisibles soudaines voire négatives eu égard à l’impact sur l’environnement. Le projet de couvercle a évidemment un intérêt tout à fait exceptionnel qui exige cependant de se montrer prudent car l’affaire est très complexe

 

Mais on ne peut toujours utiliser ces deux mots pour tous, il y a des questions simples qui n’appellent qu’un oui ou qu’un non.

 

Détrompe toi ces deux mots peuvent être utilisés dans toutes les circonstances. Tiens voilà François qui revient je vais te montrer que ces deux mots sont magiques et même pour les petites choses.

 

(Retour de François)

 

Ah que je me sens mieux. Cette promenade m’a fait du bien. Athalie j’ai eu une idée, j’ai envie qu’on organise la fête des utopistes.

 

Pourquoi pas majesté

 

Tu le sais, nous ne pouvons mettre en œuvre l’utopie, il nous faut donc donner des compensations. Une fête annuelle serait une bonne chose, une occasion de réjouissances. N’est-ce pas une bonne idée ?

 

Tout à fait majesté, elle mérite en tout cas d’être étudiée sérieusement

 

Pourquoi étudier ? Je peux la décider maintenant.

 

Bien sûr, majesté, mais  à jour de fête, c’est un jour de congé supplémentaire c’est donc un jour de productivité en moins. Du point de vue économique, cela risque d’affecter notre compétitivité les gens d’aujourd’hui travail à peine 200 jours en moyenne un jour en moins, c’est 0,2  point de croissance ; c’est-à-dire ce qui est nécessaire de faire pour accroître la richesse nationale par rapport à l’année passée.

 

Cela aurait autant de conséquences économiques ?

 

Oui tout à fait sans parler des réactions des pays voisins avec laquelle nous avons des conventions et nous nous sommes mis d’accord avec eux sur un nombre de jours fériés. Évidemment il est possible de créer cette fête mais alors il faudrait supprimer un autre jour férié, le 14 juillet, Noël ou le jour de l’an.

 

Mais ce n’est pas possible

Je ne sais pas alors …. Le 1er mai le 11 novembre ?

Mais il y aurait alors des réactions

Bon ce n’est pas impossible mais il faut étudier la question. Maintenant du point de vue strictement politique on peut se demander s’il est bien opportun d’accorder ce jour. En effet en général les gouvernements font des promesses avant d’être élus.

C’est bien ce que nous avons fait

Mais après, ils demandent des efforts considérant que les difficultés sont beaucoup plus grandes qu’ils ne les avaient imaginées du fait de la mauvaise gestion de leurs prédécesseurs.

À cela est fort juste.

Si nous pouvons généreusement octroyer une journée cela pourrait signifier que vous prédécesseurs ont bien géré le pays au point que l’on peut s’interroger pourquoi on n’a pas élu un roi de leur parti. Donc politiquement, économiquement, cette idée au demeurant excellente demande approfondissement car elle soulève de nombreuses questions complexes. Il faut en effet se montrer prudent à l’égard d’éventuelles réactions qu’elle pourrait provoquer. Tout cela demande réflexion car l’idée est belle, elle est importante et on ne saurait gâcher une aussi belle idée par une mise en œuvre un peu précipitée.

Bons alors je crois qu’il faut étudier cela sérieusement, Patali. Donc vois cela avec gros roi.

Je crois que cette affaire est suffisamment complexe qu’elle requiert la détermination mais aussi la prudence et nous ne serons pas trop de deux pour l’approfondir d’autant qu’il nous faudra un peu de temps.

Bon et bien je vous laisse.

(François sort un peu dépité)

Alors que faisons-nous ?

Rien, rien pour l’instant. Tu as bien vu, il est déçu mais dans cinq minutes il n’y pensera peut-être plus. Attendons qu’il revienne là-dessus avant de faire quoi que ce soit.

La méthode est en effet très au point

C’est la méthode des experts pour enterrer les idées.

Patali,  il me faudrait dés conseillers comme toi car ainsi je pourrai davantage éviter les bêtises et ainsi durer plus longtemps.

Ne t’inquiète pas, je sais lesquels.  Je te donnerai les noms. De purs  produits de la technocratie dans lesquels tu pourras avoir entière confiance. Ils ne sont pas utopistes, n’ont pas d’idée a priori, sont prêts à servir tous les maîtres et à compliquer à souhait toutes les idées. Ils ne sont pollués par aucune idée philosophique, politique ou sociale. Je te les choisirais jeune, sans expérience. Ce sont de véritables conseillers, neutres, prudents et compliqués à souhait

(Nouvelle scène François, Patali)

Patali, ce matin je suis de fort bonne humeur. Ce titre de roi me va comme un  gant. Je veux que tous soient  aussi heureux que moi.

Majesté,  je vois votre grandeur est effectivement rayonnante.

Ah,  je vois que toi aussi tu l’as remarqué bon, appelle-moi mon ministre des réjouissances.

Votre ministre des réjouissances ? Mais il n’y a pas de ministre de cette sorte dans votre gouvernement.

Qu’à cela ne tienne j’en nommerai un.

Mais quel sera son rôle ?

D’organiser les fastes de la couronne, de chanter ma gloire de répandre la bonne humeur.

Nous n’avons pas chez les technocrates ce genre de profil. En général, ils sont plutôt sérieux et même un peu tristes.

Je m’en étais rendu compte ;  il m’en faut pourtant un.

Parmi vos courtisans le plus fervent il y a bien cet ancien maître de ballet qui se reconvertit en danseur monde Jacques de Lanchazot.

C’est un Français ?

Bien sûr ce n’est pas son vrai nom,  c’est son nom d’artiste.

Très bien, cela fait exotique et sonne bien

Il est toujours avec des courtisans à épier un regard de sa majesté.

Ce garçon a décidément toutes les qualités requises. Qu’on le recherche.

Je vais le chercher, il est tout près d’ici.

 (Lanchazot entre immédiatement)

Monseigneur, majesté,  mon maître.

Comment t’appelles-tu déjà ?

Jacques de Lanchazot

Ce nom est beau, il me plaît mais il est trop compliqué et long à prononcer. Pour t’appeler je te sifflerai.

Mon maître c’est déjà un tel honneur je ne sais pas…

Attends avant de me remercier que je te dise ce que je veux faire de toi,  c’est-à-dire mon ministre des réjouissances

Monseigneur, majesté, mon maître laissez-moi baisser le bas de votre robe.

Bien je vois que tu as compris ce que j’attends de toi. Je veux qu’on honore, qu’on me  glorifie,  qu’on se réjouisse d’avoir un aussi grand roi que moi.

Tout ce qu’on fera sera encore indigne de votre grandeur car il n’est pas de fête qui puisse égaler votre magnificence.

Tu me plais chants d’oiseaux

Lanchazot, Mgr,  pour vous servir

Tu vois ton nom est trop difficile à prononcer.

Je peux le changer pour vous si vous le désirez je peux m’appeler Hugues de Montalban, Bouchot ou la Ritournelle.

Non, je préfère te siffler au moins je n’aurais pas fait à faire d’effort de mémoire. Alors il faut dès aujourd’hui organiser quelque chose en mon  un honneur. Que me proposes-tu ?

Je peux vous dire en quelques quatrains….

Voyant cela

Le soleil tout-puissant est pâle ce matin

Quand apparut soudain  notre maître François

Un nouvel astre est né, étoile  dans son écrin

Cette nuit lumière nouvelle c’est notre nouveau roi

À ce poème est beau je vois que tu as le talent qu’il faut pour la charge que je te confie. Il faudra que tu me serves de cette poésie de temps en temps mais je veux des choses plus grandes, plus somptueuse pour associer mon peuple à ma grandeur.

Majesté, Mgr,  mon maître nous pouvons organiser un grand spectacle à Versailles avec ballet, feu d’artifice et la musique laser de Jean-Michel Mégalochar.

Non pas à Versailles ;  si le peuple il vient,  il laissera des papiers gras dans les massifs et des restes de merguez sur la pelouse. Réservons cet endroit pour les réceptions d’hôtes  étrangers que nous voulons impressionner.

Majesté,  vous prédécesseurs agissaient déjà de la sorte et ne risque-t-on pas de voir dans le caractère privé des réceptions à Versailles une certaine restauration des mœurs  anciennes.

Patali du manque de nuance. D’abord je n’ai pas à rejeter ce qui me paraît bon dans la politique de mes prédécesseurs. Il y a eu de mauvaises choses mais aussi de bonnes.

Pour autant avant d’être élu vous affirmiez que ceux d’avant n’avaient commis que les erreurs qu’il fallait à nouveau roi issu d’une autre confrérie

Patali c’était  le temps de l’opposition pourquoi les gens aurait-il voté si j’avais affirmé que mes adversaires faisaient aussi de bonnes choses. Avec le peuple, il faut être clair, je veux dire simpliste : c’est blanc ou c’est noir, c’est bien ou c’est mal. Maintenant nous ne sommes plus dans l’opposition, nous sommes au pouvoir, nous avons à raisonner  autrement.

Oui mais pour Versailles,  cela peut être mal interprété

Mais non mais prédécesseurs avaient interdit Versailles au peuple en en faisant une résidence royale ;  moi, je ne l’interdis pas. Il faudra qu’on le fasse savoir. Je lève même cette interdiction nous sortirons un décret à ce sujet pour rendre la chose officielle. Versailles appartient au peuple, on ne peut donc lui en interdire l’accès

Donc le peuple  pourra venir à Versailles ?

Non plus,  j’ai dit que je levais l’interdiction mais je n’ai pas dit que j’autorisais  la visite dans n’importe quelles conditions. Le peuple pourra désormais être autorisé dans Versailles et dans des conditions que je fixerai le moment venu. Des conditions très respectées restrictives bien évidemment un jour tous les cinq ou dix ans,  nous verrons. Juridiquement et politiquement c’est un changement fondamental.

J’espère que le peuple saisira cette nuance juridique.

Bon revenons à ma fête. Il faut qu’elle se tienne à Paris.

Majesté, Mgr, mon maître nous pourrions utiliser les Champs-Élysées et les couvrir d’Arcs de Triomphe pareils à celui qui existe. Chaque Arc de Triomphe serait surmonté de votre portrait et nous pourrions en  construire des centaines.

Mais l’avenue va être couverte et cela va gêner la circulation et le commerce.

Patali tu as raison la mise en place d’arcs de triomphe  doit être tout à fait exceptionnelle. Il faudra donc qu’ils soient mobiles. Ils ne devront être installés que pour mes fêtes et remiser ailleurs grandeur de ces périodes

Mais ce sont des monuments énormes à déplacer.

Majesté,  Mgr,  mon maître, nous déplacerons des montagnes s’il le faut mais vos désirs sont des ordres si les Arc de Triomphe de pierre sont trop lourds nous les construirons en or, en pierres précieuses avec des fleurs ou ces trois matériaux à la fois.

Tu ne vois pas Attali, mon  ministre de réjouissances sait  trouver des solutions. Bien supposons ses Arc de Triomphe installés,  il faudra aussi prévoir une animation.

Majesté, Mgr, mon maître, je vous propose d’imposer aux hommes comme aux femmes des robes de tulle blanc légèrement serré à la taille, bien dégarnis sur les épaules. Le blanc c’est la pureté, l’innocence et la couleur de la renaissance, celle d’une nouvelle grandeur que le ciel nous a offerte à travers la personne de notre souverain bien aimé.

Cette idée me plaît mais moi je veux être en couleur : bleu, rouge et or, couleur de ma royauté.

Bien sûr, majesté, vous seul serait autorisé ce jour-la  à porter la couleur car  vous êtes vous en êtes seul digne. Le roi doit porter toutes les nuances car lui seul possède toutes les qualités, toutes les sensibilités, toutes les grâces.

À comme cela est bien vrai, continue !

Majesté, je ferai construire un très grand char sur lequel je ferai poser votre trône royal et le peuple jettera des fleurs, chantera des poèmes à votre gloire

Je veux que ses poèmes soient beaux et qu’il n’y ait  pas de laideur ni de discordance

Majesté, je les écrirais moi-même et nous sortirons un décret pour interdire de dire autre chose que ces paroles la. Je nommerais des commissaires des réjouissances qui se déploieront dans le peuple qui veilleront à ce que ces paroles, destinées à vous glorifier, soit effectivement dites et qu’elles le soient avec conviction

À ce ministre des réjouissances me plaît de plus en plus. C’est fort bien et il faudra prévoir des sanctions pour ceux qui m’honorent mal.

Tout à fait majesté pour ceux qui ne diraient que du bout des lèvres ses poèmes, ce sera dix  coups de fouet en public à moins que votre grandeur ne consente à les  gracier car, majesté, vous avez le pouvoir de punir mais aussi de pardonner, c’est le privilège de votre royale fonction

À cette idée me plaît aussi. Punir parce qu’on ne m’honore pas assez et me montrer assez magnanime pour alléger la punition. Montrer ainsi que je suis grand, que je suis bon. Car je veux être aimé,   pas simplement pour ma magnificence et aussi pour mes qualités de cœur.

Ils vous aimeront majesté

Mais comment s’assurer de cela ?

Patali, je ne sais pas mais laisse mon ministre exposer ses géniales idées auxquelles j’avais d’ailleurs songées.

Majesté, je n’ai fait que traduire des pensées qui vous sont propres. Je ne suis qu’un modeste artisan qui façonne avec des mots les saintes idées royales.

Bien, bien, que ce ministre est bon. Alors dis-moi comment va-t-on s’assurer que l’on m’aime vraiment.

Par des contrôles d’amour-test

comment est donc fait ce contrôle ?

C’est un petit appareil qui vérifie le taux d’acidité des paroles. Il suffit de prendre quelques gouttes de salive et on peut immédiatement vérifier si ce sont des paroles de fiel, de vinaigre ou d’amour.

A quel bel instrument. Il faudra faire distribuer à mes gens de maison pour qu’ils procèdent au contrôle nécessaire y compris dans mon propre palais.

Dans votre propre palais ?

Et oui, Attali,  il ne me suffit pas qu’on chante ma gloire, il me faut aussi de l’affection, de la sentimentalité. Certes je suis le plus grand roi que le royaume ait  est connu mais je suis je suis le plus humain. Un roi est aussi un homme,  alors il faut le traiter également en homme

Majesté j’ai un prototype de mon appareil dans ma poche et je veux vous en faire la démonstration car je vous aime comme personne.

 

(Lanchazot fait le test)

A ce test est probant.

Allez, Patali fait le test toi aussi

Majesté….

C’est un ordre

Voilà

Ah c’est bien tu n’as pas d’acidité là des propos mais tu m’aimes moins que mon ministre des réjouissances. Bon désormais ce test devra être généralisé sous mon toit et si l’acidité de mes courtisans trop importantes ils seront interdits de parler. Je ne veux que des paroles douces à entendre comme celle de mon ministre des réjouissances.

Oh,  majesté, Mgr,  mon maître.

 

(Nouvelle scène)

Alors gros roi rend moins compte de l’action de ton gouvernement.

Nous sommes en sommes à attribuer les titres et les pensions.

Mais que fais-tu de ceux dont tu veux  céder ses titres.

Je les mets dans des placards ou à la retraite.

C’est ma fois une bonne idée

Majesté, si nous changeons tous les grands du royaume on va dire que nous politisons ces nominations.

On va dire, on va dire, mais, patali, tu vois toujours le côté noir des choses. Je change parce que j’en ai le pouvoir c’est tout.

Il faut changer les hommes puisque nous ne changeons pas la politique, c’est tout ce que nous pouvons faire, au moins c’est un changement.

Grosroy, c’est un peu cela mais je le dirais d’une autre façon en public. Il faut bien que je change les hommes si je veux donner me donner les moyens de ma politique. Tu vois, cela sonne mieux.

Oui, majesté

Bon alors quels sont ces nominations ?

Pour les grandes manufactures d’abord voilà

.Bon, très bien mais il faudra aussi y mettre des amis me sont proches.

J’observe majesté que beaucoup ne sont pas des techniciens et qu’ils auront peut-être du mal à gérer des affaires aussi compliquées.

Et en quoi cela peut-il gêner ?  Moi-même j’étais complètement ignorant des choses de l’utopie  et j’en suis devenu le grand spécialiste. Les grands personnages s’adaptent à tous.

Il y a aussi les autres administrations.

Bien,  Grosroy je vois que tu as bien travaillé ;  là aussi je veux qu’on y mette mes amis. Il faut récompenser ceux des fonctionnaires qui se seront montrés dociles à notre égard. Faites comme pour les cabinets, une dose d’amis mais pas trop de vrais utopistes, aussi  des technocrates, des gens d’administration.

Cela fait beaucoup de monde à récompenser nous n’aurons peut-être pas assez de postes.

Et bien pas , Attali il faudra en créer, des postes de président, de vice-président, de directeur, de directeur adjoint, de secrétaire général, de délégué général, de chargé de mission, de directeur, de conseiller spécial etc. Si nous sommes au pouvoir au moins utilisons ce pouvoir à notre profit.

Majesté,  si c’est cela alors j’aurais une requête à formuler pour quelqu’un.

C’est bien Attali doit quand cela te touche tu deviens moins soupçonneux. Cela me plaît. Pour qui ?

Pour mon frère

Ton frère que fait-il ?

Rien pour l’instant, c’est un technocrate, il voudrait bien lui aussi une grande administration.

Comment s’appelle-t-il

Comme moi, enfin presque, Patala.

Patala c’est un joli nom et bien dis à  Patala qu’il sera président de la compagnie des ballons dirigeables. Et dis-lui de venir de temps en temps me donner quelques conseils comme toi tu le fais.

OK majesté. Je ne sais si ce serait abuser mais si tout le monde se sert peut-être pourrais-je également être servi ?

Décidément pas Patali tu comprends très vite.

C’est-à-dire qu’en tant qu’intellectuel je n’approuve pas le principe du changement systématique qui va à l’encontre d’uen certaine éthique du pouvoir. En outre,  je ne suis pas persuadé que ces changements ne soient pas davantage inspirés par des considérations politiques personnelles que par des motifs de compétences. En d’autres termes,  je suis attaché au respect de la liberté et aux garanties démocratiques qui doit protéger sa fonction. De ce point de vue l’  exercice du pouvoir me paraît parfois pervers.

Je ne te comprends pas, tu me sers de la morale au moment où tu intercèdes pour ton frère et pour toi.

Majesté,  je vous précise bien que je distingue les positions  d’intellectuel de celle d’expert en mission auprès de vous.  J’aurais d’ailleurs l’occasion de théoriser cette problématique du pouvoir et notamment sur ses contradictions. Je crois en effet que le pouvoir en tant que miroir de l’ambition est inhérente à l’homme de caractère mais que l’homme politique, le grand, doit maîtriser son ambition et la mettre au service de la de sa politique.

Mais que me racontes-tu-la ?

Je dis simplement que la lumière du pouvoir aveugle celui qui garde les yeux trop ouverts mais que ce n’est pas en les fermant qu’on peut éclairer la route. C’est la contradiction permanente de l’homme dans son rapport au pouvoir.

Bon, Patali, garde ses réflexions pour tes livres ;  épargne-moi tes discours obscurs.

Ce sont des réflexions d’intellectuel majesté.

Mais oui, je sais, c’est pour cela que je t’ai pris mais réserve certaines réflexions à ceux qui s’en amusent et laissent-moi tranquille avec tes raisonnements fumeux. Bons alors que veux-tu ?

Sans renoncer au scrupule que je viens d’évoquer il me vient à l’idée que moi aussi j’ai droit ma part de récompenses utopiques. Je me verrais bien grand argentier international.

Je croyais que tu avais le plus grand mépris pour tout ce qui touche à l’argent.

Oui mais cette banque serait destiner à faire de grandes œuvres pour les plus démunis dans le monde entier.

Pourquoi pas, alors je te fais grand argentier international, pour la bonne cause.

Merci….

Patali,  je suis content de te voir sourire c’est tellement rare.  Qu’on appelle aussi mon ministre réjouissances,  non,  je vais le siffler.

(Arrivée du ministre des réjouissances)

Ah que tu es rapide !

Majesté, Mgr, mon maître, que dois-je faire pour votre plus grand plaisir

Je suis heureux, j’ai fait plaisir à beaucoup d’amis et je veux encore faire plaisir et surtout me faire plaisir à moi-même. Grosroy va me chercher le trésor nous allons nous servir, en distribuer à ceux de nos amis qui ont été ignorés jusque-là et arroser aussi des inconnus, comme cela, par caprice ou par intérêt.

Majesté, je crois vous avoir dit qu’on ne peut disposer du trésor ainsi, il faut une loi

Ah oui c’est vrai.

Et la loi contraint la liberté ainsi il vous sera difficile d’honorer comme vous le souhaitez vos amis.

À quoi sert-il d’être roi si je ne peux distribuer à ma guise mais bonté royale

Majesté, monseigneur, mon maître,  je crois qu’il est possible de satisfaire vos désirs de bonté par des voies détournées.

À mon cher ministre, je savais bien que tu ne chercherais pas à me contrarie. À la quelle est ton idée ?

Patali a raison quand il dit que nous ne pouvons aussi facilement que cela disposait du trésor à notre guise. Si nous ne pouvons distribuer l’argent directement, par contre il est toujours possible de nommer vos amis dans des responsabilités bénéficiant d’une grosse rémunération. Ainsi c’est en toute légalité et vos amis émergeront au trésor royal.

J’ai déjà prévu de nommer des amis à ces postes.

Et bien je vous propose de continuer ;  qu’ils en profitent dès leur nomination pour augmenter leur propre rémunération tout cela est parfaitement légal.

Mais ne risque-t-on pas de subir les foudres de la justice en agissant ainsi. Je me méfie ces temps-ci des petits juges qui se croient investis d’une mission divine depuis que je suis élu.

Les juges ne peuvent appliquer que les lois. Or il n’y a aucune loi qui interdit de nommer un ami pour pantoufler dans un poste de haute responsabilité dix  fois trop rémunéré.

Mais alors qu’elle est dans cette justice, Patali, dont toi-même me rabats les oreilles souvent.

Majesté la justice est surtout symbolique, elle ne fait tomber que les gens qui ont déjà un genou à terre. Elle ne peut s’attaquer aux détournements légaux du trésor. Ce serait d’ailleurs très dangereux pour tout le monde. Tout l’appareil d’État se nourrit de cette justice-là. Si nous gardons encore quelques fonctionnaires vertueux et compétents, c’est uniquement parce qu’ils ne perdent pas espoir de ranger leurs vertus en trouvant un jour un pantouflage grassement rémunéré. En attendant, ils se montrent implacables sur les principes mais sitôt le nez dans la soupe ils y prennent rapidement goût au point d’ailleurs d’être les plus critiques à l’égard du fonctionnement de l’administration.

Mais tes  fonctionnaires sont des hypocrites.

Non majesté, ce sont des hommes.

Alors j’aime ces hommes c’est ainsi qu’ils me plaisent, ils me ressemblent.

Ceci étant majesté,  certains  se montrent  cependant incorruptibles ;  ils sont rares mais ils existent.

Mais ces gens-là sont malades.

Non ils ont simplement une autre conception de leur mission de l’État.

Et bien ces  vertueux-là m’agacent et j’ai toujours l’impression qu’ils se servent de leur comportement pour juger les autres.

Majesté, Mgr, mon maître je ne puis qu’approuver vos propos. Et je ne suis point tout à fait de l’avis de Patali.

À tu m’intéresses. J’aime bien quand on contredit Patali.

Voilà mon sentiment : comment se pourrait-il qu’il y ait des fonctionnaires qui prétendent avoir une conception plus haute que vous sur le rôle de l’administration et de l’État ?

Oui, je me le demande.

Ce n’est pas possible car si cela était cela voudrait dire qu’ils sont eux-mêmes d’une hauteur de vue supérieure  à votre grandeur royale.

Ah mais que cela est juste.

Alors se prétendre d’une hauteur de vue supérieure à son roi c’est commettre un à d’insubordination, un acte de rébellion caractérisé et un outrages à votre supérieure personne royale.

À cela est toujours fort juste.

Majesté si vous laissez faire ces gens, un jour ils vous diront ce que vous avez à faire. Peut-être même qu’ils vous jugeront et voudront même  prendre votre place.

À mon ministre des réjouissances, tu me réjouis le cœur avec tes raisonnements. Patali tout cela est d’une logique absolue.

Oui si on veut.

Ton  oui doit être plus net car moi François, nous le voulons. Il faudra dire à ces juges qui s’occupent de justice et simplement de justice et qu’il laisse au roi le soin d’apprécier ce qu’est l’intérêt du royaume. Je veux distribuer à ma guise les charges les postes et les avantages.

Majesté, Mgr, mon maître, il y a en effet suffisamment de petites affaires dont  l’opinion est gourmande. Ces affaires n’ont guère d’intérêt et ne mettent pas en cause l’État, ni le royaume.

Ce cher ministre est réconfortant. Mais quelles affaires ?

Majesté est toujours possible de trouver un coupable, un commerçant qui a volé deus sous. Les gens n’aiment pas les commerçants ils les jalousent et les soupçonnent toujours de voler. Montrer du doigt un commerçant ne nuit à personne.

Très bien que la justice montre donc implacable vis-à-vis de quelques commerçants.

Nous pouvons aussi faire juger quelques politiques véreux qui ont accepté trois sous d’un entrepreneur.

Trois sous cet insignifiant

Au contraire trois sous pour le peuple c’est beaucoup plus symbolique qu’une somme considérable car le peuple apprécie mal les sommes importantes. Il a du mal à convertir les grosses sommes en sous, il  se trompe souvent quant à la place de la virgule. . Tandis que trois sous c’est parfaitement compréhensible.

Ton raisonnement est exact.

Si les commerçants et les politiques ne suffissent pas nous pourrons ajouter un ou deux fonctionnaires

Mais tu m’as dit toi-même qu’ils étaient intouchables, qu’ils se plaçaient en dehors de la loi.

Pour les rémunérations et autres avantages qui se chiffrent en millions mais pas s’ils ont maladroitement accepté trois sous lors d’un marché public par exemple.

Très bien alors je soutiens cette justice qui s’attache aux petits détails scandaleux et qui laisse de côté le reste. Chacun reste ainsi dans son domaine de compétence et c’est bien ainsi. Montrez bien que cette justice cela fonctionne. Je veux une justice qui fasse bonne figure.

Majesté, Mgr, mon maître je peux si vous le désirez vous organiser une fête de la justice

C’est encore une bonne idée mon ministre ;  nous allons y réfléchir. Que l’utopie est belle que le pouvoir est bon. Mes amis enivrons-nous de ce parfum de ma gloire et soyez aussi heureux que moi, je le veux

(Nouvelle scène)

Majesté j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer.

Une mauvaise nouvelle ?

Oui, le trésor  est à sec.

Mais pourquoi, a-t-on été volé ?

Non, nous avons trop dépensé, c’est tout.

Mais qui a trop dépensé ? Comment ? Qu’on amène ici les coupables.

Votre gouvernement.

Mais ce gouvernement est incompétent. Il ne devait pas dilapider ainsi les biens du royaume.

Il a suivi vos instructions, majesté.

Comment cela mais je n’ai jamais dit de dilapider le trésor.

Non mais vous avez souhaité que l’argent soit largement distribué

Certes mais je n’ai pas donné instruction de tout distribuer. À ce Grosroy est un imbécile

(Grosroy entre)

Majesté,  majesté, j’ai une terrible nouvelle à vous annoncer.

Toi aussi ?

Oui le trésor est vide

Je le sais déjà.

Ah bon cela me rassure.

Et bien moi cela ne me rassure pas. Qui t’a dit de tout dilapider ainsi ?

Vous, majesté

Moi, mais tu déraisonnes je n’ai jamais dit cela.

Pourtant. ….

Pourtant quoi ? Je t’ai simplement signifié d’honorer nos promesses en distribuant des billets.

C’est ce que nous avons fait.

Mais pas au point de vider le trésor. Grosroy du ne semble guère manifesté de sens des nuances.

Mais ,majesté, j’ai suivi à la lettre votre volonté.

Alors tu aurais dû te rendre compte que vous étiez en train de vous montrer trop généreux.

Mais ne nous sommes aperçus de rien.

Mais c’est encore plus grave.

Pourtant c’est ainsi. À chaque fois je leur disais bien : y a-t-il encore des billets ? Et à chaque fois on me répondait oui. C’est au dernier billet qu’on m’a répondu non.

Quel idiot   tu fais Grosroy, ce n’est pas ainsi qu’on gère pays.

Majesté, moi j’ai toujours été dans l’opposition alors  je fais à ma manière.

Tu as quand même quelque conseiller compétent qui aurait pu t’aviser du danger de ta conduite.

Oui j’ai quelque conseiller mais il y a ceux qui m’embrouillent dans leur raisonnement en n’arrêtant pas de me dire que les choses sont complexes et qu’il faut être prudent. Et il y a ceux qui ne cessent de me flatter pour obtenir quelques faveurs.

Oui je connais cela, moi aussi.

Alors qu’est-ce que je fais majesté ? Le pays est à l’agonie

C’est aussi grave que cela, Patali ?

Oui, majesté, c’est effectivement très grave.

Alors Grosroy, que propose tu

Je crois qu’effectivement la situation est grave même dramatique. Quand il n’y a plus d’argent je pense qu’il n’y a plus qu’à fermer la boutique du royaume.

Fermer la boutique du royaume ?

Oui, mais tu n’y songes pas on ne ferme pas royaume.

Pourtant quand un commerce n’a plus d’argent c’est ce qu’on fait. Mieux vaut fermer que d’aggraver la dette.

Grosroy, tu déraisonnes complètement.

On n’est peut-être pas obligé de fermer pour toujours mais seulement pour quelques temps, juste le temps nécessaire à nous refaire une santé financière. On continuerait de percevoir l’impôt, c’est tout.  Tout le reste serait fermé.

Grosroy tu me stupéfait par ton incompétence. Patali, donne-moi ton avis

Je vous l’ai déjà donné avant que cette catastrophe se produise. J’avais attiré votre attention sur le danger d’une telle générosité et sur les déséquilibres que cela allait entraîner, nous ne pouvons distribuer plus que nous ne produisons.

Oui, c’est exact je m’en souviens mais tu m’avais aussi parlé d’un remède pour regonfler le trésor, une sorte de saignée que nous pourrions imposer aux contribuables.

Ce n’est pas exactement une saignée,  c’est la dévaluation.

Parle-moi de ton remède miracle.

C’est très simple puisque nous avons distribué plus que nous ne possédons, en réalité, notre monnaie va donc baisser de valeur. Ainsi pour cinq sous nous n’aurons plus que quatre sous de marchandises dans les pays voisins.

Bon mais cela ne change rien à l’intérieur.

Si forcément il y a des conséquences car l’intérieur et l’extérieur communiquent.

Il n’y a qu’à fermer ces frontières qui nous causent tant d’ennui.

Nous le pouvons mais nous allons nous asphyxier, nous affamer même car nous avons besoin d’acheter à  l’étranger et de vendre  aussi nos surplus.

Alors ?

Alors il faut faire cette dévaluation et les prix vont augmenter. C’est le consommateur qui en fait la victime de l’inflation.

Mais cela n’est pas grave ; c’est bien ce que tu m’avais expliqué.  On donne dans une poche et l’on reprend dans l’autre. Finalement tout cela n’est pas très grave.

Ce n’est pas bon pour notre économie, les prix vont remonter de façon excessive et nous allons perdre en compétitivité. Par ailleurs cette instabilité monétaire n’est pas bonne pour le commerce.

Écoute, Patali, ne me complique pas la vie. Un malheur vient d’être réparé. Réjouissons-nous de ce remède, on verra bien pour demain.

Le peuple ne sera pas content de ces augmentations.

Mais le peuple a eu sa part de réjouissance. Aujourd’hui il a sa part de sacrifices. Il faudra qu’il s’habitue ;  s’il le faut je le lui dirai.

Et s’il continue d’être contrarié

Et bien je dirai alors que ce peuple est ingrat car c’est bien de sa faute si nous sommes dans cette situation. Il voulait être gâté, nous l’avons fait et c’est parce que nous avons été trop généreux que notre trésor a été vidé. Cette situation est donc de la faute du peuple et non de la nôtre.

Peut-être mais c’est au gouvernement de gouverner et de gérer de pouvoir en donnant satisfaction un jour mais sans remettre en cause l’avenir. Sans quoi pourquoi y aurait-il un pouvoir, un royaume ou un gouvernement ?

Patali, tu me crispes avec tes propos raisonneurs. Et de toute façon tout est de la faute de Grosroy. Grosroy tu ne comprends rien à la politique.

Pourtant je n’ai fait qu’appliquer vos ordres.

Oui mais tu les as mal appliqués. Je suis désolé Grosroy mais je vais être contraint d’accepter ta démission.

Mais majesté,  je ne vous ai pas donné ma démission.

Non,  mais tu vas le faire.

Et si je refuse ?

Alors tu seras congédié.

Alors je préfère partir de moi même si je n’ai pas d’autre choix.

Très bien.  Grosroy, ta démission me navre  mais je ne peux aller contre ta volonté. Cette décision t’honore. Je vais te regretter et je dirai au peuple que je perds un grand premier ministre.

Votre majesté est bien bonne. (Grosroy sort)

Maintenant, Patali il me faut trouver un nouveau premier ministre

Qui voulez-vous ?

Je ne sais pas puisque je te le demande. Ce qu’il me faut c’est quelqu’un de sobre, de discret, de compétent et d’efficace pour effacer la triste image de Grosroy.

Vous aurez du mal à trouver un personnage répondant à un tel profil. Je n’en vois qu’un : Tricard.

Ah non pas celui-là c’est un donneur de leçon qui m’a toujours gâché la vie.

Bien sûr que je ne vois personne d’autre.

Pourtant parmi cette horde de courtisans il doit quand même bien se trouver quelques personnages un peu compétents

Vous courtisans ne manquent pas de qualité mais la compétence est une denrée rare. Non, vraiment, je ne vois vraiment pas. Moi non plus je n’ai guère de considération pour ce Tricard mais je dois bien reconnaître qu’il sait de quoi il parle.

Je concède que c’est techniquement remarquable mais il m’agace. Je ne le supporte pas. En outre je le soupçonne depuis longtemps de vouloir prendre ma place. C’est un ambitieux et un prétentieux.

Je sais majesté mais….

Bon,  alors appelle ce Tricard.

Je pense qu’il est comme vos principaux courtisans l’oreille collée à votre porte.

(Entrez de Ricard)

Majesté, je suis évidemment consterné par les résultats de la politique de Grosroy et je veux bien accepter de me mettre au service de la nation. À cet égard, j’entends mener une action de redressement économique, de progrès social et d’expansion des libertés publiques. Ma philosophie est claire, ma stratégie est précise et je ne doute pas de son efficacité. Majesté, je vous remercie de votre confiance mais je prends la mesure de l’énorme tâche qui m’attend est de ma responsabilité.

Tr car avant de me remercier, il faudrait d’abord que je te propose ce poste. Ensuite je crois que tu surestimes un peu ce que sera ton rôle.

Autant vous prévenir, majesté ;  je n’accepterai aucune compromission quant à la mise en œuvre de mes orientations. Le pays est au bord du gouffre, la révolte gronde, la France a besoin d’un homme à la dimension des problèmes qui se posent.

Tricard je préfère de te le dire je n’aime pas cette prétention que tu affiches. Je te prends, ce n’est pas par plaisir mais par obligation.

Mais, majesté, j’en suis tout à fait persuadé mais je savais que tôt ou tard vous seriez contraint de faire appel à moi

Mettons les choses au point toute suite je suis le roi et tu n’es que le premier des ministres. C’est à moi qu’il revient de définir les orientations et à toi de les appliquer avec intelligence.

C’est bien mon intention je sais qu’en tant que Premier ministre il me revient la tâche principale et je ne manquerai pas de vous faire tenir au courant de mes décisions.

Attend,  je pense que tu n’as pas compris c’est moi le roi, le patron si tu préfères et toi tu es l’entendant en quelque sorte.

Effectivement majesté,  je crois que l’intendance aujourd’hui est au cœur de la problématique du pouvoir. C’est un rôle ingrat qui exige de grandes qualités techniques, un sens du dialogue, une maîtrise de la gestion publique. Une rigueur et j’entends bien que cette intendance là soit conduite  comme il convient.

Bon, je sens que nous avons du mal à nous comprendre nous verrons en marchant. Ce que je veux surtout c’est qu’on évite les erreurs qu’a commises Grosroy.

C’est bien mon intention mais, majesté, autant vous le dire ce sera difficile car la situation est économiquement  catastrophique,  socialement dangereuse et politiquement fragile.

Allez, allez,  épargne moi tes commentaires, et  au travail.

(Tricard sort sans saluer)

Mais il ne m’a même pas salué.  Ce Tricard m’agace, il m’agace.

(Nouvelle scène  Attali, Lanchazot, François, Tricard)

Mais quel est donc ce bruit ?

Ce sont.des bruits de voix.

Majesté, Mgr, mon maître, sans doute quelques partisans qui viennent chanter votre gloire.

C’est très bien, c’est bien mais ils sont un peu bruyants.

Majesté, je suis au regret de vous dire qu’il ne s’agit pas de partisans mais de manifestants.

Des manifestants mais qu’est-ce que c’est ?

Des gens en colère.

Mais Tricard,  ils n’ont pas le droit.

Si, c’est même une liberté démocratique.

Ah je savais bien que cette démocratie était dangereuse.

Majesté, je vous l’avais bien dit la situation sociale est dangereuse, explosive même ; les conflits deviennent inévitables après la désastreuse politique que vous avez menée jusque-là.

Tri car,  je te rappelle que tu parles au roi. La politique désastreuse dont tu parles et celle de Grosroy et non la mienne.

N’empêche aujourd’hui le peuple est dans la rue et témoigne aussi de son hostilité aux orientations définies jusque-là.

Mais ils crient de plus en plus fort, c’est tout à fait déplaisant.

Majesté, Mgr, mon maître, si vous voulez je vais organiser une grande fête et la colère va se transformer en joie.

Ce problème n’est pas l’affaire d’un ministre des réjouissances mais du Premier ministre lui-même. Majesté je réclame les pleins pouvoirs.

Les pleins pouvoirs mais pour quoi faire

Pour régler ce conflit

Mais qu’on leur donne du bâton.

Majesté,  je crains que cela ne soit pas la meilleure médecine.

Alors, Patali,  te voilà du camp de Tricard maintenant.

Mais que veulent ces gens et qui sont-ils ?

Ce sont des gens de maison, ils disent qu’ils veulent la dignité et de meilleures conditions sociales.

Mais ce sont les gens de chez nous,  ils n’ont pas le droit.

Ils ont tous les droits. Celui de revendiquer, de manifester figure en tête de notre constitution.

Juridiquement peut-être mais les gens de maison sont de ma confrérie. Ils ne peuvent se retourner contre leur leader.

Ils disent qu’ils ont été trahis que vous leur avez préféré les grands du royaume, les technocrates et lés gens d’affaires. L’opinion est d’ailleurs de leur côté, ce conflit fait en effet grand bruit.

En effet, je m’en aperçois. Bon, je te donne les pleins pouvoirs. Va négocier et surtout dis-leur de se taire.

(Tricard sort)

Majesté, Mgr,  mon maître,  je vous sens préoccupé par ces  manifestations qui ne méritent que dédain. Votre grandeur ne serait être affectée par les cris des quelques brailleurs  de basse extraction. Ces petits problèmes matériels sont du domaine de Tricard, pas d’un roi dont le rôle de construire l’histoire, la grande.

Tu as raison cher ministre des réjouissances, je me laisse gâter l’humeur par des faits bien dérisoires alors que mon attention devrait se consacrer entièrement à la gloire de mon règne.

Majesté, Mgr,  mon maître, pensons à ces grands travaux qui marqueront à jamais la ville de votre sceau royal.

À ce propos, Patali,  où en sont les grands travaux. J’espère que Tricard n’y apportera ne aucun obstacle.

Non, majesté mais les finances publiques étant ce qu’elles sont, il se pourrait qu’il envisage de les détendre un peu dans le temps.

Dans le temps,  mais cela veut dire que certains pourraient n’être achevés qu’après ma mort.

Non, je ne crois pas majesté mais les délais initiaux ne seront pas tout à fait tenus si j’en crois les intentions de Tricard.

Décidément il faut qu’il se mêle de tout. Mais qu’est-ce que j’entends la, ils crient  encore. Ce Tricard n’est donc bon qu’à me railler. Ah  je le vois qui revient.

(Entrée de Tricard)

Alors Tricard, toi le donneur de leçons, tu as échoué dans ta mission.

Du tout, majesté, j’ai au contraire réussi à passer un compromis honorable avec les gens de maison. Je crois à cet égard avoir témoigné de mon très grand sens du dialogue et de ma maîtrise des affaires publiques.

Alors pourquoi crient-ils encore

Mais ce ne sont pas les mêmes.

Malis qui sont-ils ?

Ce sont des étudiants.

Les étudiants mais ils n’ont rien à faire dans la rue, qu’ils aillent étudier.

Justement c’est ce qu’ils voudraient : étudier.

Comment cela

Il voudrait étudier mais ils disent qu’on ne fait rien pour les universités que vous conduisez une politique anti laïque en aidant les universités privées, bref que rien ne va.

Ils exagèrent

Peut-être mais ils sont très remontés et là aussi l’opinion les soutient.

Pourquoi sont-ils soutenus par leurs aînés ?

Parce que les parents qui ont poussé leurs enfants vers les études s’aperçoivent qu’il est difficile d’étudier, ensuite que  les débouchés sont de plus en plus rares.

Ils n’ont qu’à se former mieux obtenir des diplômes

C’est ce qu’ils font mais cela ne garantit rien. Beaucoup se retrouvent inactives et les parents s’inquiètent de cette situation.

Mais je ne peux tout résoudre, le roi ne saurait être responsable de tout. S’il Il faut s’occuper de l’humeur de chacun je n’y résisterai pas. Un jour ce sont les gens de maison, ensuite les étudiants et qui après ?

Beaucoup d’autres, majesté ;  je vous l’ai dit,  le mécontentement est grand.

Ces cris indisposent je sens que je vais devenir fou

Majesté je vous demande solennellement les pleins pouvoirs pour cette nouvelle affaire.

Fais  et prend les pleins pouvoirs si tu le souhaites mais de grâce que mon palais retrouve un peu de son calme. Allez,  partez tous qu’on me laisse avec mon ministre des réjouissances afin que j’entende  enfin des paroles sucrées si réconfortantes. Allez mon ministre flatte-moi.

Majesté, Mgr, mon maître,  ce n’est pas un ordre que vous me donnez car s’il ne tenait qu’à moi je n’aurai de cesse de vous louer, de vous dire toute admiration et toute l’affection que je vous porte. Votre royale personne ne peut en aucun cas se comparer à ces petits ministres qui jouissent du plaisir subalterne de l’intendance. Votre majesté se place bien au-dessus de ces petites choses, elle régale chaque jour d’un  feu nouveau, illumine notre royaume et je m’honneur de bénéficier un peu de la chaleur et de sa lumière.

Ah c’est tellement vrai. Que je me sens mieux et je retrouve même l’appétit. Allons dîner cher ministre.

(Nouvelle scène François, Tricard)

 

Majesté, le climat s’assombrit chaque jour davantage. Il est évident que si j’avais été nommé Premier ministre dès votre élection,  tout cela aurait pu être évité. Je passe mon temps à réparer les erreurs passées.

Tricard, épargne-moi des discours accusateurs.

Je n’accuse pas,  majesté, je constate simplement que si l’on avait retenu mes idées dès le début nous ne serions pas englués dans ces conflits.

Justement je t’ai nommé,  c’est pour les régler. Fais-moi la démonstration de ton efficacité.

Majesté il n’y a pas seulement les conflits, il y a également cette rumeur persistante sur la malhonnêteté de vos ministres et de vos proches.

Mais que leur reproche-t-on ?

De confondre le trésor avec cassette personnelle.

Mais comment est-ce possible ?

Je ne sais pas

Pourtant j’ai fait nommer des commissaires qui vérifient chaque fois l’exactitude des comptes

Il y a des moyens détournés.

Détournés ?

Oui par exemple il est fort possible d’accorder des faveurs puis d’en attendre un retour le moment venu sous forme d’argent ou d’autres avantages.

Cela est possible en effet mais qui pourrait le savoir ?

Tout se sait un jour ou l’autre. On murmure que ministre des réjouissances aurait trempé dans une de ses affaires.

Soit plus précis

On dit notamment qui n’aurait pas payé lui-même le château qu’il occupe.

Ah,  je me tout est bien que les attaques concerneraient mon ministre préféré. Il s’agit j’en suis sûr de rumeurs sans fondement. C’est une injustice que d’accuser aussi mon plus fidèle ministre.

Je crois malheureusement que les preuves vont bientôt être jetées en pâture à l’opinion publique

Mais attendons,  ne dramatise pas tout comme à ton habitude…..

Je ne dramatise pas on dit aussi que vous-même….

Quoi moi aussi ?

Oui, majesté. Certains prétendent que vous auriez obtenu quelques financements occultes pour soutenir votre campagne

C’est odieux, c’est un crime de lèse-majesté. Je ne me laisserai pas salir. Je veux savoir qui m’accuse,  je veux des noms dès ce soir. Je vais châtier les coupables de façon exemplaire et je ferai taire ces calomnies.

Ce n’est pas tout

Quoi encore

Il y a plus grave. On dit que dans votre jeunesse vous auriez montré une oreille plutôt attentive envers  ceux qui combattaient la démocratie et que vous avez pris des contacts avec la confrérie des épiciers justes avant les élections.

Mais c’est faux

C’est peut-être faux mais certains affirment posséder des textes, des têtes des lettres que vous auriez écrites.

Mais tout cela est loin, je ne me souviens pas de ces lettres.

Pourtant elles existent c’est embêtant pour quelqu’un qui s’est fait élire sur la liste des utopistes

Triquard,  je n’aime pas du tout que tu me traites en accusé. Dois- je te rappelais que je suis ton roi et qu’un roi ne peut être jugé. Quant à ma jeunesse, je ne m’en souviens plus. J’ai écrit ces lettres,  après tout j’étais jeune et je ne peux reprocher à mes parents de m’avoir fait naître maître de maison. À cette époque je réagissais comme un jeune maître de maison sans doute.

Vous avez combattu les idées de démocratie.

Tu me saoules avec ta démocratie. Elle est belle cette démocratie qui permet à tous et chacun d’accuser, de pourfendre et finalement d’exiger justice contre n’importe qui et même contre son roi.

Pourtant vous l’avez défendu cette idée de démocratie quand vous étiez candidat.

Mais oui je l’ai défendu,  il me fallait bien un programme pour me faire élire. Comme j’avais le soutien de la confrérie des gens de maison,  j’ai défendu les idées d’utopie, voilà tout.

Majesté,  on ne choisit pas des idées pour se faire élire. On se fait élire parce que l’on est persuadé des idées qu’on défend.

Tricard tu ne comprends rien à la stratégie politique. Certes tu es compétent mais tu es un perdant. Ta rigueur, ta pureté te perdront. Crois-tu que les gens soient prêts à entendre la vérité ?

Il faut pourtant bien  la leur dire.

Le moins possible sinon tu les contraries.

Et il faut bien faire des réformes.

Le moins possible aussi sinon ils sont encore contrariés.

Mais alors la politique est un non-sens, une duperie une tromperie collective

Tricard,  attend un peu avant de juger. Moi, j’ai l’expérience pour moi. J’ai placé la politique au niveau supérieur,  au-dessus des contingences secondaires. Pour moi,  la politique est un grand des théâtres et j’en suis le metteur en scène suprême. L’histoire n’est qu’une mise en scène et les personnages qui la marquent sont peu nombreux. Ils ne peuvent se perdre dans les détails auxquels tu attaches tant d’importance.

(Entrée Lanchazot poursuivi pour malversation. Il est affolé, à moitié dévêtu)

Au secours ! Au secours ! Majesté, monseigneur, mon maître.

Mais que t’arrive-t-il dans quel état es-tu

Ils ont voulu me dépouiller, me torturer, me tuer.

À ce point

Oui ils étaient furieux.

Mais pourquoi

Parce que la rumeur prétend que je n’ai pas acheté mon château il m’a été offert en échange de quelques faveurs que j’aurais accordées.

Voyez-vous, majesté, je vous l’avais bien dit désormais la rumeur court, grandit et le peuple réclame justice des erreurs et des abus du passé.

Tricard,  on ne peut quand même pas traiter ainsi un ministre pour le seul motif qu’il a eu la faiblesse d’accepter un cadeau.

C’est un château, majesté.

Ah et alors même un château qu’est-ce que cela représente  en regard des sommes que nous dépensons parfois fort inutilement. C’est une mauvaise querelle, une vengeance de gens aigris.

Ce sont les petits juges et  le peuple utopistes qui réclament  justice.

Tricard,  j’ai dit aux  petits juges de s’occuper de petites choses’, qu’ils me laissent les grandes. Je ne veux pas qu’on touche à mon ministre des réjouissances, c’est le seul qui me comprenne réellement.

Pourtant majesté faudra bien apaiser a couleur de la colère de la foule qui gronde, n’entendez-vous pas ?

Encore mais ce n’est pas possible ils vont me gâcher ma journée.

Ils vont surtout porter un nouveau coup qui pourrait bien être fatal si nous n’enrayons  pas rapidement cette épidémie de mécontentement. En outre,  cette rumeur risque bien de bientôt se concentrer sur vous.

Alors que faut-il faire

Livré en pâture une victime afin d’apaiser la colère de ces révoltés et montrer ainsi que votre gouvernement n’est pas complice.

Une victime mais qui ?

Votre ministre des réjouissances.

Non, non, majesté, monseigneur, mon maître, ne me laissez  pas partir, je veux rester auprès de vous. Regardez ma chemise est déjà toute froissée. Si vous m’obligez à leur rendre des comptes, ils vont m’injurier, me dépecer, me lapider, me torturer, je vous en prie !

Mon cher ministre,  je te trouve un peu excessif, n’exagérons rien. Je crois que tu dois faire confiance à la justice après tout tu n’es pas coupable, tu n’as donc rien à redouter.

Majesté, Mgr, mon maître,  vous me livrez aux loups vous le savez bien. Et qui va s’occuper de vos fêtes si je ne suis plus la.

Cet argument est juste. Ton absence sera bien ennuyeuse car tu t’acquittais avec dévouement de cette tâche qui consiste à me glorifier. Je vais te regretter et je serai contraint désormais de me glorifier moi-même. Mais cher ministre, il y a des raisons d’État qui nous dépassent  et on ne peut contrarier l’histoire. Tricard qu’on le jette dehors mais surtout que je n’attende pas ses cris.

Majesté, Mgr, mon maître. ….

(Le ministre est expulsé et jeté dehors)

Maintenant Tricard as-tu quelques bonnes nouvelles à m’annoncer car chaque fois que je te vois c’est pour prendre connaissance de catastrophes

Oui, majesté,  j’ai une très bonne nouvelle

Tiens,  tu m’étonnes et laquelle ?

Et bien, majesté, je crois que ma politique de rigueur commence à porter ses fruits. Le peuple reconnaît ma grande compétence et les sondages me sont de plus en plus favorables.

Tiens à ce point ?

Oui, les derniers sondages montrent que je suis passé au-dessus de votre majesté en matière de code d’affection. L e peuple m’aime, il m’aime de plus en plus.

Tricard,  tu ne peux être au-dessus de ton roi, ce n’est pas possible. Ta fonction est justement de jouer un rôle d’amortisseur entre l’opinion et moi pour que le mécontentement m’épargne.

Précisément je crois avoir réussi à me mettre à l’abri de ses turpitudes grâce à ma grande compétence et à ma stature.

Mais, Tricard, ne serais-tu es pas en train de me contester ma couronne.

Ce n’est pas moi qui conteste majesté,  c’est le peuple.

Autant te dire, Tricard, je n’aime guère tes airs  de donneurs de leçons je ne sais que tu ne pense qu’à une chose depuis toujours : devenir roi à ton tour et prendre ma place. Je crois qu’il te faudra attendre car je n’ai nullement l’intention de partir et si un jour les circonstances l’exigeaient je ne te ferais rien pour te faciliter la tâche ; je pense que nous sommes donc clairs quant à la nature de nos relations. Je fais appel à toi parce que j’y étais obligé après des bévues de Grosroy.

Majesté, je ne suis pas de ceux qui recherchent les faveurs fussent-elles celles d’un Roi. Je pense n’avoir de comptes à rendre qu’à l’opinion, c’est elle le juge suprême. C’est la démocratie qui doit réguler le pouvoir et les hommes qui l’assument.

Tricard,  tu devrais te méfier de l’opinion, je sais par expérience qu’elle est très versatile. Elle peut tout aussi bien te rejeter un jour dans les profondeurs de l’obscurité comme te porter un autre jour au plus haut de la notoriété.

Oui mais moi je crois en la démocratie et en mon étoile. D’ailleurs je vais chaque semaine chez une cartomancienne et  les cartes confirment mon grand destin.

À toi, l’homme rationnel, tu crois en  ces choses-là, c’est plutôt rassurant de ta part, non

Pourquoi rassurant,  je crois en moi,  les cartes me confirment mon jugement alors forcément je crois aussi à ces cartes.

Dis-moi, Tricard, si un jour, par pure hypothèse, des cartes te devenaient moins favorables croirais-tu alors en ta  grandiose destinée ?

D’un point de vue strictement rationnel la question ne se pose pas, elle mérite donc pas d’être examinée.

Je vois, cher premier ministre, que tu navigues habilement entre le rationnel et l’irrationnel quand cela t’arrange mais méfie-toi à force de slalomer entre les deux principes, tu  risques la chute brutale.

Pourtant vous, majesté, vous n’avez pas eu peur de changer souvent de principes.

Oh moi c’est différent, je ne crois aucun principe, il ne me coûte donc pas d’avoir à en changer. Ce qui compte réellement c’est ma personne royale, le reste n’est qu’intendance et c’est à toi de la gérer. En cas de maladresse ne compte pas trop sur ma générosité.

Je sais majesté que même sans maladresse j’ai peu à espérer de votre royale générosité.

Tu es lucide, c’est bien, mais méfies-toi car tu viens de me priver de mon ministre des réjouissances et en même temps des plaisirs qu’il me servait à volonté. Sache  qu’on n’indispose pas ainsi les rois. Essaie aussi si cela ne contrarie pas ton austère nature de m’annoncer quelquefois de bonnes nouvelles.

 (Nouvelle scène François, Patali))

Majesté, il y a un curieux personnage masqué qui demande à vous voir.

Un personnage masqué, mais pourquoi ?

Il dit qu’il ne peut montrer son visage, ni révéler son nom. Il ne veut parler qu’à vous-même.

Mais je n’ai pas l’intention de recevoir une aussi trouble personne.

Pourtant, il insiste. Il dit qu’il a des révélations très importantes. Je crois que vous feriez bien de le recevoir.

Bon, si tu insistes aussi qu’on le fasse entrer.

(Tout bas) Majesté, Mgr, mon maître…mmm ….

Quoi ? Je ne comprends rien à ce que tu me dis. Enlève ton masque de ton visage.

Je ne peux pas car …..

Ah c’est Patali qui t’inquiètes mais  c’est mon conseiller.

Justement…..

Finissons-en. Patali, Sors quelques instants que je puisse entendre ce drôle.

Majesté, Mgr,  mon maître, j’espère que vous ne verrez pas une offense mais je dois rester masqué et je ne peux vous dire mon nom.

C’est curieux. Tu me rappelles quelqu’un mais je ne peux me souvenir de qui

Majesté, Mgr, mon maître,  j’ai un secret à vous révéler.

C’est hallucinant, tu me rappelles quelqu’un que je connais mais je ne parviens pas à mettre un nom.

Majesté, Mgr, mon maître, ne cherchez pas.

Mais tu es mon ancien ministre des réjouissances, c’est cela ? Mais dans quel accoutrement es-tu ?

Je vous en supplie ne prononcez pas mon nom. Je suis entré dans la clandestinité et je dois y rester.

Et pourquoi donc que t’est-il arrivé après ton départ du palais.

Majesté, c’était épouvantable ils m’ont mis à nu.

Tu veux dire qu’ils t’ont retiré tes vêtements ?

Oui, d’abord mes vêtements puis le reste, mes biens, mon château. J’ai bien fait accuser mon directeur de cabinet mais cela ne leur a pas suffi. Alors grâce à une complicité j’ai pu m’échapper. Désormais, je vis dans le secret le plus total. J’ai changé de nom et je suis le plus souvent masqué.

Comment appelles-tu désormais ?

Langue de Blois, c’est le nom de la bourgade où je me suis réfugié. J’en assure le comté. C’était épouvantable, ce comté est en pleine campagne, loin de tout, loin du monde, loin des lumières royales. Je m’ennuie à mourir majesté et je dois faire semblant de m’occuper de mes sujets, des campagnards incultes, grossiers qui sentent mauvais et ne pensent qu’à travailler. C’est vraiment l’enfer. J’aimerais tant bénéficier d’une grâce royale et revenir auprès de vous. Votre lumière me manque. J’ai l’impression de vivre dans l’obscurité.

Ne t’inquiète pas je t ferai rejuger par une cour spéciale, la cour de justice royale que je préside moi-même et tu seras blanchi.

Que votre majesté est bonne, belle et magnanime. Ordonnez-moi et j’organiserai la fête du siècle en votre honneur.

À chère Langue de Blois que j’aime tes mots, le son de ta voix, tu me réchauffes l’âme. Malheureusement, les affaires du royaume ne sont pas au mieux et ce Tricard guette mes faux pas pour me mettre en défaut.

C’est à propos de lui que je viens vous voir majesté. Tricard fomente un complot contre vous.

Contre moi

Oui parfaitement, majesté. Avec les utopistes mécontents, il envisage de torpiller votre code d’affection à un point tel que vous serez conduits à finir comme moi.

À l’ingrat, le traître. Je me méfiais bien de lui mais je ne pouvais me douter qu’il était en train de me poignarder dans le dos. Ce Tricard est un traître, un traître que j’ai élevé mon sein.

Il se voit déjà roi, majesté ; il compte pour cela sur la force de la démocratie.

À celui-là avec sa démocratie ! Mais comment as-tu appris cela ?

Par une courtisane avec laquelle disons j’ai quelques relations et qui fréquentent les allées du pouvoir.

Comment est-elle cette courtisane ?

Elle est sûre.

Ce n’est pas ce que je te demande, est-elle jolie ?

Bien faite et surtout quels caractères enfin je veux dire….

Bon je te comprends,  il me faut la avoir.

Elle est à votre service majesté.

Comment s’appelle-t-elle

Mademoiselle de Beaucresson.

Évidemment, je ne peux la recevoir officiellement. Alors voilà pour que notre entretien puisse garder toute sa confidentialité, tu  lui indiqueras ce soir le chemin secret qui conduit à ma chambre.

Bien,  majesté.

Reviens demain, nous aviserons sur la conduite à tenir.

 (Nouvelle scène, le roi, Patali, langue de Blois)

Ah Langue de Blois tu es là,  tu as bien fait de me prévenir.

Madame Mademoiselle de Beaucresson vous a tout dit j ‘espère ?

Tout dit je ne sais pas. Ce complot est immense il faudra qu’elle revienne pour m’en dire davantage.

Je le lui dirai majesté. Je vois que vous êtes satisfaits de mes services.

Satisfaits en effet c’est une personne dont la compagnie est forte utile et dont la conversation me plaît. Dis-lui bien de revenir ce soir.

Je ne manquerai pas, majesté. Je suis heureux de vous sentir heureux.

Heureux, c’est le mot, cette Mademoiselle Beaucresson m’a rendu ma jeunesse.

À ce point ?

Je veux dire qu’elle a un beau tempérament qui m’est plus utile que celui de beaucoup de mes ministres.

C’est effectivement un excellent confident et même une conseillère exquise à tous les points de vue.

À tous les points de vue. Patali, il  faut que je te dise qu’il se prépare un complot contre notre royale personne.

Un complot ? Mais ce n’est pas possible. Qui pourrait ?

Tu ne t’en doutes pas un peu ? C’est Tricard.

Votre premier ministre ?

Oui, c’est lui, ce traître qui empoisonne ma vie et qui a maintenant l’outrecuidance de monter l’opinion contre moi.

Mais quel est son plan ? S’il est coupable d’un complot, il suffit de l’arrêter. Même un Premier ministre ne peut se permettre se mettre en dehors de l’illégalité.

Justement, il n’a pas l’intention de se mettre à côté de la loi. Il est plus cynique que cela. Son plan est simple, d’ailleurs il est en œuvre depuis longtemps. Il veut me mettre en défaut devant l’opinion, progresser dans les sondages me faire descendre en me rendant responsable de toutes les erreurs passées.

Cela ne suffira pas pour vous chasser.

Mais si, il s’appuie sur  une grande partie de l’opinion et  je devrais prendre moi-même la décision de partir. Il apparaîtra alors comme le seul recours.

C’est un complot quasi institutionnel !

Oui et c’est pour cette raison qu’  il se saoule du seul parfum de la démocratie. Ce Tricard est de la pire espèce avec  l’apparence de la vertu. Je le dis, sa morale prétentieuse m’horripile.

Que comptez-vous faire ?

Déstabiliser puis le destituer sans ménagement enfin le tuer politiquement, définitivement.

Ce ne sera pas facile.

Langue de Blois,  tu va m’être utile. Je sais que Tricard  car consulte régulièrement une cartomancienne. Tu iras voir cette tireuse de cartes et tu lui diras de faire des prévisions d’avenir très noires pour Tricard. Patali,  tu donneras l’argent nécessaire pour la convaincre.

Ce ne sera pas suffisant.

P Attali, je veux d’abord lui enlever sa morgue. Je veux déstabiliser  c e donneur de leçons. Ensuite,  lorsqu’il sera à point, je le chasserai brutalement.  Je ne veux plus de Premier ministre plus populaire que moi.

Mais qui pour le remplacer ne pensez-vous pas qu’un profil intellectuel, de technicien ayant une bonne expérience de conseil ne serait  pas l’idéal ?

Patali, je t’apprécie et vois-tu je suis dégoûté des leurs prétentions. Les techniciens doivent rester à leur place. Non, je veux un premier ministre qui me serait entièrement dévoué et dont je suis certain qu’il sera moins populaire que moi et que je pourrais jeter lorsqu’il sera usé.

Majesté,  tous les premiers ministres n’ont qu’une ambition : rester le plus longtemps possible et éventuellement se mettre en position de devenir roi

Justement je ne veux pas chercher le candidat dans la classe politique classique. J’ai une idée. Je connais une jeune femme, inconnue à ce jour,  mais qui me semble parée des qualités recuises.  Qu’en penses-tu langue de bois ?

Je crois que c’est une excellente nouvelle idée.

Une Personne complètement inconnue !

Et alors Pa Ali où est le mal ?

Est-elle compétente ?

Elle a, crois-moi, beaucoup de qualités, oui, beaucoup de qualités.

Y compris pour gérer le gouvernement ?

Vous vos faites vraiment une montagne de ces affaires d’intendance.  Prenez un peu de distance de détachement et la France ira mieux.

C’est une femme ?

À n’en point douter et quelle femme ; c’est la première fois qu’une femme occupera une telle fonction et je veux Justement montrer ma modernité vers ces idées neuves dont les utopistes me gavent.

(Nouvelle scène François, Tricard)

Ricard, je t’ai fait venir car on me dit que les affaires de la France vont mal.

Majesté, elles vont bien, cependant j’ai perdu deux points  dans l’opinion. C’est moins que vous qui en avez perdu quatre mais, c’est un indice.

C’est de la France dont je te parle, pas de ta cote d’affection. Mais tu me dis avoir perdu 2 points c’est effectivement inquiétant !

Il faut relativiser, et vous quatre.

Je sais, mais tout de même. Je me demande si ce n’est pas pour toi la mort du déclin. Que dit ta cartomancienne ?

Elle m’annonce effectivement d’assez mauvaises choses pour les jours à venir.

Je crois qu’elle a raison et que le sort semble avoir tourné. D’ailleurs j’ai une très mauvaise nouvelle à t’annoncer. Je vais être obligé de me séparer de toi

Mais pourquoi ? Je suis encore très populaire.

Oui,  mais ta cote va décliner et je ne veux pas être placé en point de mire de l’opinion. Tu ne me sers plus à rien, il me faut donc un autre Premier ministre.

Mais vous n’avez pas le droit !

J’ai tous les droits. Par ailleurs, je ne veux surtout pas contrarier les cartes. La diseuse de bonne aventure a vu juste. Tu entres dans une période trouble, dans une période d’obscurité, de doute. C’est bien ce que a dit à cartomancienne ?

Oui et comment le savez-vous ?

Tu sais car j’ai une longue expérience des hommes et derrière ta compétence j’ai décelé ta fragilité, des interrogations métaphysiques. On ne peut confier la France un premier ministre aussi fragile.

Majesté, mais vous tuez ma carrière politique. Si vous me congédiez, je serais marqué à vie et je ne pourrai jamais prétendre vous remplacer un jour.

C’est aussi pour cela que je me sépare de toi. Pour que tu n’es jamais l’occasion de prendre ma place. Tu n’en as pas l’envergure.

Majesté,  ce n’est pas possible vous savez bien qu’en dehors de moi il n’y a aucun  utopiste qui ait la moindre chance de devenir roi après vous. C’est un véritable suicide pour tous les utopistes.

Et alors peu importe  porte les utopistes, je les laisse avec leur utopie intacte, je n’y ai pas touché. Qu’ils méditent sur leurs fantasmes politiques. Ce qui compte, c’est que moi François j’ai réussi à marquer mon temps, inscrire définitivement mon nom dans la grande histoire, celle de la France, de l’Europe, du monde. Je veux avoir été le premier roi de mon époque, celui qui a le plus rayonné. Je veux qu’à jamais mon peuple se souvienne de la lumière, de ma gloire et de ma puissance. Tricard tu n’es qu’un avatar de l’histoire, tu viens de l’obscurité et tu y retournes. La lumière n’est donnée qu’aux grands, qu’aux très grands, le reste est insignifiant, dérisoire et toi Tricard je te renvoie à ce monde dérisoire.

Majesté ….

Ah non ne pleure pas c’est quelque chose que je n’admets pas. D’ailleurs moi je ne me souviens pas avoir pleuré une seule fois et pourquoi pleurer ? Pleurer, c’est regretter le passé et moi je n’ai rien regretté. Je ne pense qu’à l’avenir, à mon futur dans l’histoire. Allez,  mouche toi, garde ce mouchoir en souvenir, c’est mon cadeau d’adieu.

(Nouvelle scène)

Patali comment vont les affaires depuis la nomination de mon premier ministre,  Mademoiselle de Beaucresson.

Majesté, elles vont de mal en pis, le trésor est à sec, l’économie en panne et l’opinion de plus en plus défavorable. Le peuple dit que la Beaucresson est une courtisane, une incompétente et une bavarde.

Le peuple est ingrat

(Entrée de Beaucresson)

Majesté, majesté, c’est affreux le peuple demande ma démission, vos courtisans me dénigrent, les utopistes me haïssent et me traitent de parvenue.

Quoi déjà mais tu viens à peine d’arriver !

Je sais bien mais c’est ainsi. On dit que je suis incapable de faire face aux événements, que c’est  couchée que je rends les meilleurs services à la France. C’est impossible, ces calomnies sont injustes. Il faut les faire taire.

Oui,  Patali,  il faut faire taire ces calomnies.

Je crains majesté qu’il ne soit trop tard d’autant que Ricard que vous avez éliminé ne cesse d’agir dans la coulisse avec les utopistes déçus pour démolir votre image royale

Ah celui-là je ne suis pas seulement un meurtre politique que j’aurais dû commettre mais un meurtre tout court. Dis-moi, Patali, la situation n’est quand même pas aussi désespérée.

Si, majesté ;  depuis la nomination de Beaucresson, tout s’accélère. Je crains que votre royauté se termine mal.

À ce point, mais n’y a-t-il pas des choses à sauver ?

Hélas je dois être franc avec vous je pense qu’il n’y a plus rien.

J’ai bien encore quelques partisans ?

Je ne sais pas majesté.

Ce n’est pas possible après tout ce que j’ai fait pour eux, avec tous les privilèges dont je les ai comblées.

En fait vos courtisans se détournent  en prévision de la nomination éventuelle d’un nouveau roi

Je ne peux pas croire qu’il met tous abandonnés. Patali, va voir, je suis sur que j’ai encore de nombreux fidèles dans ma propre cours, rassemble-les

(Patali sort)

Et,  toi Beaucresson,  y-a-t-il encore quelques courtisans pout te soutenir ?

 

Majesté, non, personne ma cote d’affection et de -20.

Moins 20 mais comment cela est-il possible.   Mais qu’as-tu fait pour en arriver là ?

Rien justement mais chaque fois que je prononce une parole je me fais huer.

Alors tais-toi.

Mais quand je n’ai rien à dire et je perds des soutiens alors que je ne sais plus…..

(Retour de patali)

À Pa Ali alors tu as rassemblé mes fidèles ?

Majesté, j’en ai je n’en ai pas trouvé un

Hein ?

Enfin si ainsi un mais qui ne peut avouer sa fidélité sans se mettre en danger

(Entrée de langue de Blois)

Majesté, monseigneur, maitre.

Mon cher Ministre, je savais que je pouvais compter sur toi.

Votre ministre ?

Mais cet homme est un intrigant.

Mais c’est mon   ministre des réjouissances. Allez,  au point où  nous en sommes,  tu peux te démasquer. Tout va mal, le peuple ne m’aime pas, les utopistes me rejettent même les  courtisans ont disparu.

Sauf moi, majesté, sauf moi.

La situation est vraiment délicate .Patali, j’entends encore des cris nr serait-ce  pas encore l’une de ces manifestations ?

Oui, majesté, ils ont l’air très en colère.

Beaucresson, il faut leur parler et tenter de les calmer.

Majesté, je ne crois pas que Mademoiselle Beaucresson soit très bien placée pour cette tâche.

Et pourquoi ?

Parce qu’ils veulent aussi sa tête.

Pas une aussi jolie tête, d’un premier ministre ordinaire, oui, mais pas celle-là.

Pourtant majesté ils ne céderont pas et tout y passera y compris  votre couronne.

Dans ces conditions qu’on leur livre Beaucresson.

Majesté, vous n’allez pas me jeter au peuple, ils vont m’insulter, m’arracher mes vêtements.

Tu rien à craindre,  ta nullité et ton meilleure argument. Allez,  d. Allez. Dehors !

Majesté vous venez encore de perdre un Premier ministre.

J’en trouverai bien  un autre.

À part moi je ne vois pas.

Mais…ils crient toujours, que veulent-ils encore ?

Ils veulent tout, désormais, vos courtisans, votre couronne et vous-même.

Mais cette révolte est illégale.

Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution

Alors nous sommes perdus ?

Je le crains, majesté ;

.Qu’on leur donne ce qu’ils veulent, toi, le trésor, mon ministre des réjouissances mais je veux garder ma couronne.

Majesté, Mgr, mon maître, je veux mourir avec vous.

Oui mais moi je n’ai nullement l’intention de mourir. Allez Patali à toi de se sacrifier.

Majesté, par moi, pas  un intellectuel.

Et pourquoi pas ?

Parce que je suis la pensée et qu’on ne tue pas ces choses là

Alors tu n’as rien à craindre cher conseiller.

L’histoire sera très sévère avec vous, on ne sacrifie pas ainsi la pensée, la morale et la rigueur.

Oh moi,  tu sais la morale et la rigueur.  Je me suis passé de ces pesanteurs là alors l’histoire s’en passera aussi. Ce n’est pas cela que je demande à l’histoire de retenir de mois. Allez qu’on en finisse

Non

Que ces intellectuels sont poltrons bon j’espère que ce sacrifice va les apaiser un peu.

Majesté, Mgr, mon maître, vous venez de perdre un premier ministre potentiel ;

C’est pourtant vrai, il m’en faut un autre. Mais qui.

Le peuple veut un homme à son image.

A son image ?

Oui un homme  modeste,  bref un honnête homme.

Un honnête homme mais allons nous le trouver ? C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin. :

Il y a bien parmi les qu’un qui ressemble aux gens du peuple on l’appelle homme au béret.

C’est un homme intègre

Intègre, oui, mais il n’a aucune manière, aucune élégance, c’est un rustre.

S’il est intègre, c’est ce qu’il faut. Va me chercher cet homme.

(Entrée de Brindevoix)

Voici, Brindevoix, mais je n’ai pas pu le persuader d’enlever son béret. .

Très bien qu’il le garde. Par contre il faudra qu’on le rende présentable. D’abord Brindevoix, sache que je t’ai choisi comme Premier ministre.

Je suis au service du peuple.

Bien sûr mais ici le peuple,  c’est moi. Voyons il faudra que tu changes de tenue. Ou as-tu trouvé ce déguisement ;

C’est le costume de mon père, je l’ai  fait un peu rectifier par un tailleur.

Un tailleur tu es sûr ? Et ces chaussettes on ne peut quand même pas garder ses chaussettes dans ta fonction.

Majesté ne vous inquiétez  pas, j’en ai une deuxième paire à la maison. Quand celles-ci sont sales, je mets les autres.

Tu n’as que deux paires de chaussettes ?

Oui, majesté et comme disait ma grand-mère  un sou est un sou et quand on a un sou on ne peut en dépenser deux.

Evidement mais tout de même. Bon, voyons si tu connais un peu la gestion des finances. Comment penses-tu gérer cette affaire

Ma doctrine est simple : un sou est un sou et quand on a un sou on ne peut en dépenser deux.

Mais c’est un principe pour les pauvres, pas pour les riches encore moins pour les finances publiques.

Moi je dis qu’un sou est un sou et quand on a un sou on ne peut en dépenser deux

Mais tu me l’as déjà dit. Encore une fois il s’agit du trésor royal.

Pour le trésor royal, comme pour moi, un sou à la même valeur dans les deux cas.

Brindevoix, tu m’agaces avec  ta morale.

C’est de l’arithmétique et du bon sens. Il faut comprendre qu’un sou est un sou et quand on a un sou……

Oui j’ai compris on ne peut en dépenser deux !

Majesté, Mgr, mon, maître je vous avais prévenu, c’est un véritable homme du peuple, un honnête homme.

Je m’en étais rendu compte. Dieu m’a protégé des hommes honnêtes toute  ma vie et je lui en sais gré. Alors maintenant Brindevoix, il faut que tu prennes la mesure de la complexité de la tache d’un  premier ministre. C’est complexe la politique.

Moi majesté la politique est simple. Je la résume dans une seule phrase : un sou est un sou et quand on a un sous…

….On  on ne peut un ces deux ! J’ai compris.

Ah je vois que votre majesté adhère à mes principes de gestion.

Mais non, mais si. Enfin ce n’est pas le propos.  Ce que je te demande c’est ce que tu feras comme premier ministre quels sont tes priorités

J’irai compter les sous du trésor car quand on a un sou on ne peut en dépenser deux.

.

Langue de Blois libère moi vite de ce personnage.  Mon seuil de tolérance est atteint. Je sens que je suis prêt à éclater.

(Brindevoix sort)

Langue de Blois ou as-tu trouvé un pareil spécimen.

Je vous l’avais dit, mon maître. Parmi les gens du peuple.

Mais ces gens sont affreux.

C’est le peuple

Oui, c’est bien ce que je te dis ces gens sont désuets et ennuyeux

Majesté, Mgr, mon maître les gens sont assurément ennuyeux mais ils ont eu  la grande sagesse de choisir un roi comme vous.

N’empêche, je ne pensais pas qu’on puisse être ennuyeux à ce point. Penses-tu vraiment que ce Brindevoix saura  apaiser cette foule de mécontents.

Je ne  puis le dire. Je sui comme vous je connais peu les gens du peuple.

Ecoute, je vais te confier uen mission délicate. . Remet tons masque et va me surveiller un peu mon Premier ministre.

(Nouvelle scène Français, Langue de Blois))

Alors,  Langue de bois que dit-on de mon Premier ministre

Du bien, mon maître

Mais encore ?

On dit que ce   premier ministre est honnête, scrupuleux et qu’il gère les affaires du royaume et surtout les finances comme sa propre bourse.

Je ne comprends pas. Jusqu’à maintenant mes premiers ministres ont plutôt été détestés. Comment s’y prend-t-il ?

Il compte.

Il compte ?

Oui il compte recompte les sous du trésor.

. Il a bien quelques travaux ambition secrètes

Majesté, Mgr, mon maître il dit  qu’il est au service du peuple, et qui essaye de faire ce qu’il dit.

Mais ce n’est point de la politique cela. Et le  peuple l’aime ?

Oui il augmente les impôts mais contrôle les dépenses. Il dit qu’un sou est un sou….

Arrête de me servir de philosophie. Enfin si le mécontentement s’est apaisé c’est l’essentiel pour l’instant.

Justement pas tout à fait.

Tu dis que son image est bonne

La sienne oui mais le peuple gronde toujours.

Majesté, Mgr,  mon maître puisque vous avez condamné différents premiers ministres j’aimerais jouer ce rôle même officieusement.

Puisque tu le veux, soit donc Premier ministre mais cette mission est dangereuse,  tu as déjà pu le constater.

Le danger n’est rien comparé à l’ivresse du pouvoir. Je veux ce parfum là.

Alors va à la fenêtre ; vois ce  qu’ils réclament.  Repère un meneur. Ensuite amène- le ici.

(Entrée du meneur masqué)

 

Mais toi aussi tu es masqué ; Qui es-tu ?

Je ne peux dire mon nom

Assieds-toi nous allons parler tranquillement je suis toujours attentifs aux revendications de mes sujets. . Quelle est ta requête

Ce n’est pas de requête dont il s’agit mais  de justice et d’utopie.

Ha, la décidément cette voie ne m’est pas inconnue. Bon j’entends bien mais que veux-tu ?

Je ne veux rien,  c’est le peuple qui réclame justice. On se plaint de tes anciennes alliances,  de tes compromissions. Des courtisans qui ont pillé le trésor. On se plaint que tu n’aies pas appliqué l’utopie.

Mais je n’étais pas au courant de tout cela, en m’a tenu dans l’ignorance la plus totale.

Pourtant tes conseillers, des ministres t’ont bien informé du mécontentement grandissant.

Mais jamais, au grand jamais. Ils me sont complètement tenu à l’écart et aujourd’hui je suis complètement surpris et même scandalisé de ce que tu me dis. Comment a–on pu me tromper à ce point ?

 

Tu mens !

Mais j’en serais bien incapable et ce n’est pas mon ministre des réjouissances qui dira le contraire.

Certes, majesté,  vous êtes la pureté même

Toi tais toi,  cette fois le peuple aura ta tête

Mon dieu !

Cette fois François tu vas payer tes crimes. .

Mais Je connais le son de cette voir mais qui cela peut-il être ? Écoute, je vais te montrer ma bonne foi. Si tu es masqué c’est tu as quelque faute à te reprocher. Alors  tu retires ton masque et je te promets de t’accorder mon pardon.

Tu en es sur ?

Puisque je te le dis.

(Il retire son masque)

Ah tricard. Je suis perdu. J’ai compris. Mais je ne partirai pas comme cela. Je vais montrer à mon peuple ma grandeur. Je vais dénoncer toutes les injustices qu’on a commises en mon nom. Je vais dire qu’on m’a empêché de mettre en œuvre l’utopie. Je veux que la vérité se sache. Je veux enfin que le peuple connaisse la vraie démocratie. J’ai trop souffert pendant toute cette période de ces petits arrangements de cours, de ses petites affaires. On m’a tenu à l’écart de mon peuple. Certes, j’ai pu commettre quelques fautes par ignorance mais jamais je n’ai eu l’intention de laisser les intérêts légitimes de mes sujets. Je les aime trop pour cela. On s’est servi de moi pour satisfaire les ambitions de petits personnages. Oui, je veux que mon royaume connaisse une démocratie nouvelle, une nouvelle ère doit s’ouvrir. Ce sera mon Grand message, un message d’avenir, un message pour l’histoire.

Vous n’avez jamais cru à la démocratie ce sont mes idées.

Tais- toi te je pars mais j’ai rendez-vous avec l’histoire. Mon règne se termine se termine mais l’histoire commence. Patali il faudra m’écrire tout cela.

Majesté, vous l’avez jeté à la foule !

Ah oui, c’est vrai. Et bien j’écrirai  moi-même ma propre histoire.

Fin

 

 

7
mar 2016
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L’envol des chevaux

 

Les jambes emmêlées des chevaux qui  s’envolent

Tracent des courbes bleues dans le ciel enflammé

Les ailes se déploient  dans un dernier envol

Pour traverser les  flammes de l’azur embrasé

 

Leurs voiles emplumées se gonflent sous le vent

Du désir qui les pousse vers les cimes taboues

Et leur propre plumage devient incandescent

Quand il te tutoie l’enfer des sommets qui rendent fous

 

Brusquement un grand cri, une plainte déchirante

Pendant quelques secondes ou des millions d’années

Rien n’existe, tout est mort, plus de temps qui les hante

 Un monde en suspension, sans présent, ni passé

 

 

Mais soudain terrassés, leurs voiles se détachent

Brûlées dans le grand feu des pulsions qui  dévorent

Les chevaux délirants se fouettent et se cravachent

Et se roulent en hurlant dans les vagues sang et or

 

Mais les corps calcinés des chevaux exténués

S’affalent sur le sol, corps de plomb en survie

Encore deux ou trois spasmes, le souvenir ailé

De cet envol funeste où tout se sacrifie.

7
fév 2016
Posté dans Non classé par gbessay à 12:55 | Pas de réponses »

 

 

Etranges oraisons

Ce sont d’étranges oraisons

Qui naissent des amours perdues

Ce sont d’étranges oraisons

Qui montent de serments déchus

 

Musique d’âme imperceptible

Plainte étranglée qui se souvient

Notes amères inaccessibles

Qu’un souvenir brisé retient

 

L’adagio sublime des regrets

Qui court sur l’archet de remords

Mélodie qui suinte en secret

Des puits sans fond des passés morts

 

Une symphonie d’intimité

Qui revient un jour de l’oubli

Comme un écho d’espoir fauché

Blé vert coupé avant l’été

 

Pourtant cette plainte inaudible

Résonne en moi comme un tambour

Son de douleurs intraduisibles

Cris étouffés bruyants mais sourds

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6
fév 2016
Posté dans Non classé par gbessay à 1:37 | Pas de réponses »

 

Jardin d’hier

Le grand jardin n’a plus le charme d’autrefois

Les allées sont plus tristes et les teintes moins vives

Je ne retrouve pas les senteurs des sous-bois

Les fleurs de fin d’été sont un peu maladives

 

Cependant j’ai aimé cet endroit merveilleux

Sous la lumière chantaient  les massifs colorés

Le bonheur des oiseaux était très contagieux

Les amoureux marchaient les mains entrelacées

 

Les oiseaux se sont tus, les passants sont partis

Ne reste qu’un banc vide où nous étions assis

 

 

Pourtant dans ce décor vraiment rien n’a changé

Si ce n’est cette absence qui ternit les couleurs

Hier j’étais heureux, hier j’étais aimé

Aujourd’hui, je suis seul, tragique promeneur

 

Je me souviens encore des tendres promenades

Mon bras sur tes épaules et ta main dans ma main

J’accrochais à ton cou comme à la dérobade

Des perles de baisers, roses  sur leur écrin refrain

 

Les oiseaux se sont tus, les passants sont partis

Ne reste qu’un banc vide où nous étions assis

2
sept 2015
Posté dans Non classé par gbessay à 5:23 | Pas de réponses »

 

audio:http://chansontroisiemeage.h.c.f.unblog.fr/files/2013/01/18-lesprit-qui-sechappe.mp3|loop=yes]

l’esprit qui s’échappe

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Sur les routes ignorées de l’esprit qui s’échappe

Cheminent des attelages tirés par des vautours

Des moines encordés qui voyagent en grappes

Et des filles de joie qui retrouvent l’ amour

 

Les bords de cette route sont couverts de lauriers

Pour célébrer les princes et tous les rois déchus

Et les trompettes sonnent quand passe un destrier

Qui revient des combats de la guerre perdue

 

Ici, tout est désordre, ici tout est tumulte

Les valeurs routinières ont toutes été brulées

Dans un grand feu verdâtre qui célèbre le culte

De la vierge maudite qui m’a ensorcelé

 

Tout au bord du chemin, les arbres me saluent

Ils me disent des mots que le vent sait traduire

Un saule plus timide me souhaite la bienvenue

En inclinant la tête il défait ses cheveux

 

Les nuages en bosquets sont recouverts de gouttes

Fleurs blanchies en boutons qui fleurissent l’hiver

Fragiles marguerites brutalement dissoutes

Quand le soleil transperce le grand lac outremer

 

Sur ma route secrète qui conduit aux étoiles

Je tutoie les grands aigles par-dessus les montagnes

Le char de ma démence a sorti la grand voile

Je quitte enfin le port qui me servait de bagne

2
sept 2015
Posté dans Non classé par gbessay à 5:11 | Pas de réponses »

 

 

Parfum de nos 20 ans

 

 

À chaque année, chaque saison

Apparaissent des fleurs nouvelles

Dont la beauté sort des bourgeons

Pareilles  à des demoiselles

 

Des jeunes filles, de jeunes fleurs

A l’éclat presque indécent

Filles de printemps, pleine d’impudeur

Au charme trop insolent

 

L’effluve de nos 20 ans

Renait  à chaque printemps

 

 

Des beautés qu’on croit reconnaître

Parfum déjà respiré

Des langueurs qu’on dirait renaître

Impression presqu’ oubliée

 

Mais chaque fois tout recommence

On croit revivre le passé

Il faut parfois se faire violence

Refuser d’être piégé

 

L’effluve de nos 20 ans

Renait  à chaque printemps

 

25
août 2015
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Que reste-t–il de nos vingt ans

Que reste-t- il de nos vingt ans

Quelques images, quelques prénoms

Mais des sentiments bien vivants

Qui refusent hibernation

 

Les yeux ne vieillissent jamais

Quand les corps acceptent l’outrage

Le regard reste toujours frais

Quand l’homme s’enfonce dans son âge

 

La jeunesse, c’était hier

L’envie d’aimer et de vieillir

Maturité bien éphémère

Les heures ne peuvent se retenir

 

Un matin, on a soixante ans

L’impression que l’horloge avance

On voudrait encore être enfant

Jouer au cerceau, à la balance

 

Mais la pendule est intraitable

Il faut accepter d’être vieux

Et faire semblant d’être raisonnable

Renoncer, devenir vertueux

 

L’esprit, le corps en harmonie

On oublie qu’on fut un gamin

Mais souvent le regard trahit

Les pulsions du vieux libertin

 

Que reste-t-il de nos vingt ans

Sinon l’envie d’y retourner

Il fallait y penser avant

Le temps ne peut se remonter

24
août 2015
Posté dans Non classé par gbessay à 7:40 | Pas de réponses »

 

 

Musique intime

Une corde qui tremble sous  l’archet qui  l’ effleure

Une larme qui coule d’un regard qui se donne

L’âme qui se déploie pour son premier bonheur

Une plainte secrète et pourtant qui résonne

 

Et l’impression d’entendre pour la première fois

L’écho d’une sonate,  le champ feutré du vent

Dans les feuilles qui frémissent et chuchotent à mi-voix

Des mots intraduisibles, langage de sentiment

 

Un violon qui gémit, une main qui se tend

Un regard qui dit plus que les mots inutiles

La corde qui soupire quand l’archet la reprend

Symphonie délicate d’une ivresse fragile.

 

Les musiques de l’âme ne peuvent se décrire

Elles se cachent partout où l’on peut s’émouvoir

Dans le cœur d’une rose qui soudain se déchire

Ou dans les yeux humides de l’homme au désespoir

 

Une fleur en bouton, un parfum de promesses

Un ruisseau qui murmure, un enfant qui sourit

Des notes qui s’envolent d’un piano qu’on caresse

L’espérance qui renaît dans une nouvelle vie

 

Un violon qui gémit, une main qui se tend

Un regard qui dit plus que les mots inutiles

La corde qui soupire quand l’archet la reprend

Symphonie délicate d’une ivresse fragile.

23
août 2015
Posté dans Non classé par gbessay à 1:19 | Pas de réponses »

 

Brèves de comptoir 

 

Avant de prendre le sésame
Aller, sans espoir de retour
Je ferai d’abord un séjour
Dans mon bistrot  docteur des âmes.

Son bar est le tendre repaire
Des poètes de la flageole,
Le phalanstère des paroles,
Mastroquet universitaire.

En attendant que la faucille 
Vienne me faire sa  risette,
Patron, remet la mominette,
Je sens ma glotte qui vacille

Nul besoin pour faire un devoir
D’Internet ou de dictionnaire
Il faut juste, savoir se taire
Et tendre l’oreille au comptoir.

Les vérités les plus sincères,
Sans retenues, sont énoncées
Qu’elles soient dites et prononcées
Par le clodo ou le notaire

Egalité  et liberté
Sont en l’endroit, les seuls critères
Le rang  social, on le tolère
D’autant qu’il  n’est pas invité

C’est  dans ces cafés de quartier
Qu’en déposant sur le comptoir
Mes peines, mes pleurs et mes espoirs
La psychiatrie, j’ai  évité

 

Paroles de S.Bessay

Musique de G.Bessay

 

21
août 2015
Posté dans Non classé par gbessay à 6:39 | Pas de réponses »

 

 

 

 

J’aurais aimé vous dire pourquoi

Un jour brusquement il m’a pris

De vous quitter pour un endroit

Où très loin de vous je m’ennuie

 

Je n’avais aucune raison

De trahir un si bel amour

Mais comme poussé par un démon

J’ai terrassé mes plus beaux jours

 

L’amour figé n’est qu’une statue

Pour décorer les cimetières

Des sentiments qu’on prostitue

Pour que demain soit comme hier.

 

Quand le bonheur s’approche trop près

Soudain la peur me paralyse

Que pourrait-il être espéré

Quand l’euphorie vous terrorise

 

J’ai besoin de l’incertitude

Du doute qui brûle les passions

J’ai besoin de mes inquiétudes

D’espoir et de désillusion

 

L’amour figé n’est qu’une statue

Pour décorer les cimetières

Des sentiments qu’on prostitue

Pour que demain soit comme hier.

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